Plus de bien-être animal dans les élevages et les abattoirs
Personne n'aurait imaginé ce débat il y a quelques décennies. La viande faisait partie des aliments couramment consommés et personne ne se posait de question à son sujet. Mais, aujourd'hui, la consommation de produits carnés, en lien avec la condition animale, fait l'objet d'un débat qui occupe une place croissante sur la scène médiatique et dans les esprits. « C'est une évolution de société, conséquence d'un lien de moins en moins étroit entre les consommateurs et le monde agricole », explique Sébastien Poncet, éleveur bovin à La Bâtie-Montgascon et président des Jeunes agriculteurs de l'Isère. Les pratiques en matière d'élevage et d'abattage sont devenues méconnues et les révélations concernant plusieurs scandales sanitaires ont entraîné la suspicion du grand public. La diffusion de vidéos, réalisées par des associations de protection des animaux et largement relayées par les médias ces dernières années, ont encore amplifié les craintes.
Prise de conscience accrue
En termes de transparence, il est important que les problèmes sanitaires et les actes de maltraitance soient dénoncés. L'ensemble des acteurs concernés le reconnaît. « Quand il y a des dysfonctionnements, bien sûr qu'ils doivent être sanctionnés », s'exclame Christian Oddos, éleveur porcin à Lalley, dans le sud-Isère et administrateur de Pôle viande coopératif (PVC), la coopérative gestionnaire de l’abattoir de Grenoble. De la même façon, Frédéric Freund, directeur de l'OABA (Œuvre d'assistance aux bêtes d'abattoirs), approuve les actions qui attirent l'attention du grand public sur les manquements. « Depuis la création de l'OABA, il y a eu une évolution réglementaire importante et, encore dernièrement, la création de la commission d'enquête sur les conditions d'abattage des animaux de boucherie dans les abattoirs a permis la mise en place de mesures correctives qui étaient nécessaires. Car même si les abattoirs étaient sous la surveillance de responsables de protection animale et des services de l'Etat, des problèmes subsistaient ». Notamment, parce que, jusqu'à présent, les contrôles réalisés concernaient davantage les domaines de l'hygiène et du sanitaire que celui de la protection animale. Cependant, depuis quelques années, le bien-être des bêtes fait l'objet d'une prise de conscience accrue et la législation – française et européenne – a largement évolué, pour qu'il soit mieux intégré dans les élevages et les abattoirs.
« Un élément de valeur »
De nombreux efforts en la matière ont donc été réalisés de façon à ce que les règles soient respectées. « Aujourd'hui, tout est fait pour que l'animal arrive en tuerie dans les meilleures conditions possibles », assure Christian Oddos, qui regrette que certaines associations – particulièrement extrémistes - arrivent à jeter le discrédit sur l'ensemble d'une filière, qui a pourtant fait évoluer ses pratiques. Une démarche qui fut loin d'être facile ; certains éleveurs considérant qu'on accorde une trop grande importance aux conditions des animaux sans qu'on se préoccupe des leurs, alors qu'ils subissent de plein fouet la crise. Mais, pour Frédéric Freund, « le bien-être animal ne doit pas être dissocié de celui des éleveurs. Les deux sont étroitement liés. L'un ne va pas sans l'autre. Il faut une nouvelle approche en la matière, car jusqu'à maintenant, l'amont a trop considéré le bien-être animal comme une contrainte et l'aval, comme un élément de marketing. Cela doit devenir un élément de valeur. Le bien-être animal est une nécessité qui répond aux nouvelles attentes du grand public », soutient-il. Mais il prévient : « les consommateurs aussi devront prendre leurs responsabilités et accepter de payer plus chers ces produits qui sont meilleurs pour la santé, l'environnement et la protection animale. Ils doivent aussi faire les efforts nécessaires. Tout le monde doit s'investir. C'est ce qui est fait actuellement avec les Etats généraux de l'alimentation. Cette démarche qui rassemble tous les acteurs concernés est intéressante et ambitieuse. J'espère simplement que la montagne n'accouchera pas d'une souris ».
Isabelle Brenguier
Une formation pratique au métier d'abatteur
Ni l'association de ces deux parties, ni le travail qu'ils réalisent ensemble, ne sonnaient comme une évidence. Et pourtant. L'OABA (Œuvre d'assistance aux bêtes d'abattoirs) et l'abattoir de Grenoble, accompagné de la Fneap, la Fédération nationale des exploitants d'abattoirs prestataires de services, se sont rapprochés pour élaborer ensemble une formation pratique au métier d'abatteur. « Car s'il existe une formation théorique obligatoire (un certificat de compétence en matière de protection animale), il n'existe pas d'école spécifique d'abattage et c'est souvent une expertise de terrain qui permet d'exercer le métier, explique Eric Rochas, éleveur bovin à Méaudre, et président du Pôle viande coopératif (PVC), la coopérative gestionnaire de l’abattoir de Grenoble. Au niveau de l'abattoir, nous voulions sortir des sentiers battus et aller plus loin. La rencontre avec l'OABA nous a permis de mettre en place une approche tripartite, où chacun amène ses compétences, qui en matière d'abattage, qui en matière de prise en compte du bien-être animal. Loin d'être en opposition, nous sommes plutôt dans la complémentarité ».Le contenu de la formation est sur le point d'être finalisé, de façon à ce qu'elle soit testée à l'abattoir de Grenoble, en conditions réelles d'abattage, au cours de l'automne. « Elle concerne les domaines de la manipulation des animaux, de leur étourdissement, et de l'utilisation du matériel de mise à mort », souligne Frédéric Freund, directeur de l'OABA. Elle n'a pas vocation à devenir obligatoire mais pourrait être reprise par les établissements qui le souhaitent.Des améliorationsEric Rochas estime que d'importants progrès ont été faits en matière de protection animale. Il pense qu' « en suivant les règles et les process, il n'y a pas de raisons que les choses se passent mal ». Mais il reconnaît aussi qu' « on peut toujours faire mieux ». D'où la création de cette formation, mais aussi la réalisation de travaux dans les amenées de l'abattoir (entre la bouverie et le poste d'abattage), de façon à ce que l'animal soit le moins contrarié possible. « Ces projets ne datent pas d'aujourd'hui. Nous n'avons pas attendu que l'abattoir fasse l'objet de manifestations pour conduire des améliorations », conclut-il.IB