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Energie

Plus de frein pour les plaquettes

La plateforme de production de bois énergie de Goncelin réunit les collectivités et les acteurs de la filière bois au profit de la transition énergétique.
Plus de frein pour les plaquettes

« Nous avons commencé à réfléchir à ce projet en 2005. La plateforme est entrée en production en 2013. Un même projet dans des pays anglo-saxons ne demanderait que 18 mois pour sa mise en œuvre », affirme Yannick Peillard, Pdg de Bois des Alpes, entreprise de travaux forestiers installée sur le pôle bois énergie du Grésivaudan à Goncelin. Il faut dire que le site dédié à la production de plaquettes, inauguré avec fastes la semaine dernière, réunit un très grand nombre d'acteurs et a dû éviter de nombreux écueils. Installée sur une ancienne friche industrielle, la plateforme de 9 hectares a bataillé des années durant pour surmonter des contraintes environnementales liées à la présence « de grenouilles, d'oiseaux, d'une zone humide et de la forêt alluviale », détaille le dirigeant d'entreprise. « Cela nous a un peu chagriné », insiste Francis Gimbert, le président de la communauté de commune du Pays du Grésivaudan, qui décrit une forêt qui a poussé pendant 10 ans sur un site industriel abandonné et interpelle le préfet pour « une interprétation facilitatrice du droit ». Et pourtant, tous soulignent l'exemplarité de ce projet, qui s'inscrit dans le cadre de la loi de transition énergétique votée en août dernier et au titre duquel 20% de subventions, sur un montant total de près de 7 millions d'euros, ont pu être débloquées.

2e réseau de chaleur en France

La Compagnie de chauffage intercommunale de l'agglomération grenobloise (CCIAG) est un des trois acteurs de la plateforme, chaque partenaire étant propriétaire d'une parcelle pour développer son activité (broyage, stockage, séchage etc.). Pour elle, les enjeux sont multiples. Il s'agit d'abord de faire bénéficier à ses usagers d'un taux réduit de TVA (à 5,5%) en augmentant la part d'énergies renouvelables de ses combustibles. C'est la raison pour laquelle, la chaufferie de la Villeneuve, à Grenoble, a été transformée en mode de combustion bois. « Mais pour augmenter cette part, il nous fallait sécuriser nos approvisionnements », explique Hervé Druart, le directeur de la Compagnie de chauffage. En effet, l'entreprise gère le deuxième réseau de chaleur de France en alimentant l'équivalent de 93 000 logements de la métropole grenobloise. Son virage vers les énergies renouvelables se traduit par la combustion de plus de 70 000 tonnes de bois recyclé dans ses deux sites de la Poterne et Villeneuve. Pour soutenir cette transition, l'entreprise se positionne en tant que « facilitateur industriel ».

Valoriser les bois

Bois des Alpes a investi trois millions d'euros dans le projet en regroupant ses activités sur le nouveau site de Goncelin. L'entreprise produit 70 000 tonnes de plaquettes par an. Ce nouvel outil lui permet de monter à 110 000 tonnes. Le prestataire de service dispose de deux gros broyeurs mobiles (650 000 euros d'investissement par engin) pour intervenir dans tout Rhône-Alpes. La plaquette forestière représente 15% de l'activité du groupe, mais connaît un fort développement, porté en grande partie par les besoins de la Compagnie de chauffage. « Mais la filière bois est en grande difficulté, explique le chef d'entreprise. Les professionnels ont du mal à trouver une rentabilité et à valoriser les bois. » Le bois énergie cherche encore son modèle économique. Pourtant, la ressource ne manque pas. Justement, la gestion et la collecte de la ressource bois, c'est le rôle du troisième acteur, la Coforêt. La coopérative des propriétaires de forêt privée est chargée de l'organisation amont de la filière. Elle a investi un million d'euros dans la plateforme de Goncelin, un outil indispensable pour trouver des débouchés au bois énergie et parvenir à structurer la filière, notamment en passant des contrats avec les autres opérateurs, privés ou publics.

Rive gauche

La plateforme n'aurait jamais vu le jour sans l'implication des collectivités. « Nous avons dû retrouver le mandataire du propriétaire des terrains aux Emirats arabes unis pour débloquer la zone d'activité », témoigne Françoise Midali, maire de Goncelin. La commune a investi 1,1 million d'euros dans l'opération qui comporte également la création d'un giratoire. Les bâtiments désaffectés avaient accueilli en derrière activité une entreprise de carrelage qui a fermé ses portes en 2001. La maire de Goncelin parle d'ailleurs « d'une rive gauche sinistrée qui perd ses entreprises et ses services publics ». L'équilibre des territoires, « la solidarité entre communes », comme le souligne Francis Gimbert, c'est l'affaire de la communauté de communes du Pays du Grésivaudan. La collectivité a déboursé pour sa part un million d'euros pour l'achat et l'aménagement du site, « parce qu'il n'y a pas que la microélectronique, mais aussi la sidérurgie et la filière bois ». Au total, la plateforme aura coûté 6,2 millions d'euros dont 1,5 million en subventions.

Isabelle Doucet

Bois des Alpes

Le groupe 7 Laux environnement compte deux entités, Bois des Alpes Services et TMTC, qui emploient 43 salariés pour un chiffre d'affaires de 8,5 millions d'euros. L'entreprise réalise tous types de travaux d'aménagement environnementaux et forestiers, de terrassement, de valorisation des terrains de montagne, de réouverture d'espaces. « En 2015, nous avons recruté quatre salariés grâce à l'activité de la plateforme bois, indique son Pdg, Yannick Peillard qui a créé l'entreprise en 1998. La montée en puissance de l'activité du pôle bois compense la baisse dans les autres secteurs, notamment la commande publique.

 

La Compagnie de chauffage sécurise ses approvisionnements

Dans le cadre de sa transition énergétique, l'entreprise grenobloise sécurise ses approvisionnements en prenant part aux projets structurants de la filière bois. Elle a ainsi investi 2,4 millions d'euros dans la plateforme de Goncelin et apporté son aide au sud du département à la petite plateforme de Saint-Michel-les-Portes, qui peinait à trouver un équilibre économique. « Nous devenons ainsi un acteur de toute la chaîne de valorisation du bois », précise le directeur Hervé Druart. En tant que délégataire de service public pour le chauffage urbain, il lance un appel aux collectivités territoriales : « Il y a du bois public qui pourrait aller au service public ». C'est ce qu'on appelle l'économie circulaire, de la ressource locale au client final. La Compagnie de chauffage voit l'avenir de la biomasse en grand puisqu'un projet de centrale, piloté par la Métro, d'une capacité de 100 000 tonnes de bois énergie devrait sortir de terre sur la Presqu'île en 2018.