Plus de protéines avec le méteil
C'est reparti pour le réseau des fermes Dephy (1). La chambre d'agriculture de l'Isère et l'Adabio poursuivent le travail engagé depuis 2011 avec les polyculteurs éleveurs des Terres froides et de la Bièvre.
L'objectif est le développement de systèmes économes en produits phytosanitaires. Cela passe notamment par l'implantation de méteil, culture à faibles intrants, utile au troupeau en particulier pour sa richesse en protéines. Des expérimentations menées avec le PEP bovins lait, Isère conseil élevage et la chambre d'agriculture de la Drôme portent sur la comparaison de mélanges composés de féverole (diva), pois protéagineux (enduro), vesce commune (barvicos, gravesa), vesce velue (amoreiras) et pois fourragers (assas, rif, arkta).
Au mois d'avril, la visite du Gaec du Terron, à Saint-Agnin-sur-Bion, a permis de faire le point sur des essais de méteils protéiques et précoces.
Jean-Pierre Manteaux, conseiller à la chambre d'agriculture de la Drôme, recommande avant tout aux agriculteurs de bien connaître la composition de leurs mélanges. « Ce n'est pas parce qu'il s'agit d'un mélange qu'il faut être moins attentif que lorsqu'on travaille une culture pure », prévient-il. En effet, sur le terrain, les résultats ne sont pas tout à fait les mêmes. « Il faut savoir ce qu'on a mis en kg/ha, en variétés car ce ne sont pas les mêmes rendements, et que les cultures ne se comportent pas de la même manière chez tout le monde. Il faut aussi savoir repérer les variétés intéressantes », rappelle-t-il.
Rendements
Le premier mélange, PEP précoce, est constitué de 60 kg de triticale, 20 kg de blé, 50 kg d'avoine, 30 kg de pois fourrager, 10 kg de vesce commune et 10 kg de vesce velue. La vesce velue n'est à utiliser que dans une logique de coupe précoce. Elle résiste bien au froid, mais ses longues tiges rampantes la rendent impossible à ensiler. Peu de céréales et peu de légumineuse dans ce mélange, donc une MAT faible (matière azotée totale). « En revanche, précise Jean-Pierre Manteaux, c'est un mélange passe partout en rendement », (18,1 tonnes de matière brute (T MB)/ ha observées en coupe précoce à 65 cm de hauteur). Récolter début mai permet de jouer sur la MAT.
Le mélange des Dombes est composé de 20 kg d'avoine, 40 kg de pois fourragers, de 20 kg de vesce commune et de 60 kg de féverole. Il est testé dans l'Ain depuis trois ans. C'est celui qui présente un des rendements les plus faibles (17 T MB/ha), « mais tout se joue dans les 15 derniers jours », ajoute le spécialiste.
Le mélange lyonnais se compose de 20 kg d'avoine, de 60 kg de pois fourrager (la plus forte proportion), de 10 kg de vesce commune, 10 kg de vesce velue et 50 kg de féverole. Il est proche du mélange précédent, tout se joue sur les variétés (gravesa et amoreiras pour la vesce).
La Reine Mathilde est un mélange issu de la recherche normande. 110 kg de féverole (diva) et 110 kg de pois protéagineux (enduro), il présente un rendement de 17,6 T MB/ha à 58 cm de hauteur. Il est aussi expérimenté au lycée agricole du Valentin avec de grosses différences dans les résultats.
Enfin, le mélange hybride Tritimix est composé de 48 kg de triticale, 8,4 kg de vesce velue, 12 kg de RGI, 3,2 kg de trèfle vésicule et 8,4 kg de trèfle de perse, ce qui en fait un mélange sous couvert. « Le trèfle monte comme la luzerne », observe Jean-Pierre Manteaux. L'intérêt de la coupe précoce sur ce type de mélange est qu'il offre un petit rendement de 12,3 T MB/ha sur la première coupe, tout en permettant la repousse pour une deuxième coupe. A suivre.
Si les cinq mélange testés subissent peu la pression des adventices, la Reine Mathilde semble, en coupe très précoce, offrir le meilleur rapport rendement protéagineux (T MB/ha)/ propreté/couverture, d'après les observations du lycée du Valentin. Les mélanges Dombes et Lyonnais présentent aussi des résultats intéressants, avec un petit bémol du côté des adventices. Pep précoce et Tritimix sont intermédiaires.
Récolter avant le 15 mai
De façon générale, le spécialiste insiste pour que les agriculteurs sachent reconnaître les variétés. Ainsi, la féverole et ses grosses tiges servent de tuteur au mélange. « Ce sont des grosses graines, qui coûtent cher à l'hectare, mais il n'y en a pas besoin de beaucoup », note le spécialiste. L'avoine, quant à elle, perce au-dessus du couvert, en mai. Elle a aussi une fonction de tuteur. Sur les essais effectués, c'est la variété d'avoine suza qui a été choisie pour sa précocité.
La richesse protéique est surtout fournie par la vesce, le pois et la féverole.
« Le principe du méteil est de le ramasser avant la période sèche. Il sera semé entre octobre et novembre, voire un peu plus tard. De toute façon, il pousse peu durant l'hiver et rapidement au printemps. La récolte a lieu au mois de mai, avant les aléas climatiques », rappelle le conseiller de la chambre d'agriculture de la Drôme. Il préconise de semer à la même date que les céréales. La récolte précoce pourra être envisagée fin avril-début mai dans la Drôme et avant le 15 mai en Isère.
L'intérêt pour les éleveurs est d'ensiler le méteil en même temps que la luzerne.
Isabelle Doucet
Le Gaec du TerronAllongement, diversification des rotations et binage
Le Gaec compte trois associés, Nelly Bron, Christian et Sébastien Loup, producteurs de lait et de céréales dont les parcelles sont situées sur un périmètre de protection d'un captage prioritaire. Si bien que les agriculteurs ont mis en place des pratiques pour réduire l'utilisation de produits phytosanitaires. Il s'agit principalement de l'investissement dans une bineuse et du matériel pour désherber en localisé (désherbinage), ainsi que l'allongement et la diversification des rotations, notamment avec l'introduction de colza et de tournesol.L'exploitation compte un troupeau de 80 vaches laitières (production de 700 000 litres livrée à Soodial) et une SAU de 160 ha (25% engagés dans Dephy). La moitié sont des cultures de vente. En 2014, l'assolement se répartissait comme suit : prairie permanentes 43 ha, maïs ensilage 28 ha, prairies temporaires 9 ha, maïs grain 15 ha, triticale 13 ha, semences fourragères 13 ha, tournesol 8 ha, soja 8 ha, luzerne 13 ha, colza 4 ha et blé tendre d'hiver 6 ha.
Le nombre de familles cultivées a été augmenté et les périodes de semis diversifiées (fin d'été, automne, printemps précoce et printemps tardif) autour d'un ratio de deux cultures de printemps pour trois cultures d'hiver. Le tournesol est préféré en précédent de blé (plutôt que le maïs) et le colza passe bien avant le ray-grass qui profite des reliquats azotés. Si l'utilisation des produits phytosanitaires était déjà limitée (50% de la référence), les agriculteurs souhaitaient progresser dans la réduction des herbicides. Mais les cultures étant dominées par une forte proportion de maïs et des contrats de semence sur le triticale et le ray-grass, la solution est passée par l'appropriation des techniques de désherbinage. « Nous sommes situés sur une zone de captage, donc amenés à réduire nos intrants, explique Sébastien Loup. Nous ne sommes pas obligés de faire partie du réseau Déphy, mais c'est bien de participer à l'effort. Nous avons senti que le réseau pouvait nous aider et nous avions un intérêt personnel pour cette démarche. »
ID
(1) Action phare du plan Ecophyto 2, le réseau des fermes Déphy a été relancé en 2016. Le groupe polyculture-élevage regroupe 18 sites d'expérimentation en région, dont trois en Isère et trois dans la Drôme. Sur le méteil, beaucoup d'essais sont réalisés en lien avec le site expérimental du Valentin à Bourg-les-Valences.