Accès au contenu
Elevage

Porc bio sous tous rapports

L’élevage porcin souffre encore d’une mauvaise image. La chambre d’agriculture de l’Isère a organisé une journée dédiée à la découverte d’un élevage porcin en agriculture biologique.
Porc bio sous tous rapports

Hugues Molly est naisseur et engraisseur de porcs plein air en agriculture biologique depuis 2003. Eleveur de 18 truies et d'une trentaine de bovins allaitants, il dispose d'une centaine d'hectares dont une faible part est labourable. « On achète tout à la récolte et on stocke. On réapprovisionne peu en cours de route », explique-t-il aux porteurs de projet venus visiter son exploitation à Saint-Baudille-de-la-Tour lors de la journée organisée par la chambre d'agriculture de l'Isère. L'éleveur a peaufiné une ration alimentaire « variée invariée », composée de son de blé, de triticale pois, de féverole, de soja, d'orge et d'avoine en plus de tourteaux de colza, lin et sésame. Cette alimentation reste inchangée tout au long de l'année. Quatre rations distinctes sont préparées : 14% de protéines pour les truites gestantes, 17% pour les porcs à l'engraissement, 19% pour les truies allaitantes et la dernière est à 17% de protéines pour les bovins. Mais depuis janvier 2019, l'éleveur dispose de 60 hectares supplémentaires, dont la majeure partie est labourable. Il va pouvoir se diriger vers son objectif : l'autonomie alimentaire.

Le commercial et la philosophie

Chaque truie, entourée de ses porcelets, est dans un parc enherbé dont les clôtures permettent aux porcelets de passer en dessous. « Après la castration des mâles, je ne sépare pas les mâles et les femelles. Ils se promènent et se connaissent tous avant de passer aux autres enclos pour l'engraissement », explique l'éleveur. Pour Hugues Molly, le système extensif, c'est une philosophie. « Je garde l'herbe car cela nourrit le sol, qui nourrit les plantes, qui nourrissent les animaux qui nourrissent l'homme et c'est ensuite à l'homme de s'occuper du sol ». Si l'équilibre biologique semble trouvé, l'équilibre financier compte aussi. « Le commercial structure la ferme », confirme l'éleveur.
Avec un atelier de transformation à Chambéry, Hugues Molly transforme quatre cochons par semaine et un bœuf tous les 15 jours. Plus de 95% de sa production est à destination des magasins Biocoop. « J'ai un contrat de dépôt-vente. Cela me permet de réaliser mon équilibre matière et de structurer ma production », explique-t-il. Mais les trajets réguliers vers l'atelier de transformation sont longs et l'éleveur souhaite construire son propre atelier à proximité de sa ferme. « Je pourrais augmenter ma production et la transformation. Cela me ferait également changer de bassin de production, allant plus vers les consommateurs de l'Est lyonnais », explique-t-il. Pour gérer ces différentes productions et la transformation, il travaille avec sa femme en Gaec depuis janvier 2019, et ils ont plusieurs salariés à temps partiel en fonction des activités.

Conversion bio

Clément Maltret, installé à Entre-deux-Guiers depuis juin 2017, a aussi choisi la filière du porc bio en plein air. Mais il fait l'engraissement en bâtiment. « Accepter les anciens bâtiments d'un élevage laitier était mon ticket d'entrée pour avoir du foncier », explique-t-il. « Moi aussi j'ai dit ok pour le hangar », confirme Hugues Molly. Ensuite, il faut trouver les porcelets. Les deux agriculteurs font partie d'un groupe d'éleveurs naisseurs-engraisseurs en bio afin de répondre aux demandes des éleveurs en cours d'installation. « La plupart sont déjà réservés », confirme Hugues Molly. Ensuite, il faut planifier le passage en bio. Le conseil est d'entamer les démarches le plus tôt possible. « C'est plus pratique de faire la première année de conversion durant les démarches administratives. Ainsi on s'installe directement durant l'année en C2 et on peut nourrir nos animaux avec nos cultures », explique Clément Maltret. Une fois que l'installation est faite, que le rythme d'exploitation est trouvé, les débouchés engagés... reste à gérer les voisins. « La solution que j'ai trouvé est de mettre les truies et les porcelets dehors car les enfants aiment bien les regarder et de garder les porcs à l'engraissement à l'intérieur ». A chacun ses compromis.

Virginie Montmartin

Biosécurité : Les porcins visés

En raison des risques de peste porcine africaine, des règles de biosécurité sont en cours de définition pour limiter le contact entre porcs et sangliers dans les exploitations.

Après l'arrivée de la biosécurité en 2016 en aviculture, c'est au tour de l'élevage porcin d'être concerné en raison des risques de peste porcine africaine. Certaines mesures sont semblables à l'aviculture comme le changement de tenue et de chaussures entre les différentes zones d'élevage ou encore la désinfection de la bétaillère et la gestion du quai de chargement. Mais tout comme la biosécurité avicole, à ses débuts, certaines mesures semblent peu adaptées aux petits élevages ou en système extensif. « Avant chaque chargement, je vais devoir désinfecter ma bétaillère alors que je transporte uniquement mes cochons... », explique Clément Maltret, éleveur porcin à Entre-deux-Guiers. « Avec leur sas de changement de tenue par enclos, je devrais en passer quatre ou cinq chaque matin ! », s'énerve Hugues Molly, éleveur porcin en bio plein air à Saint-Baudille-de-la-Tour. Pour Clément Maltret, « la feuille de route correspond à l'élevage industriel ».
Clôturer le sujet
C'est surtout la pose de clôtures en charge d'éviter le contact groin à groin entre porc et sanglier qui inquiète les éleveurs. « Il faut un grillage enterré avec un fil électrique, explique Hugues Molly, mais les fils électriques n'arrêtent pas les sangliers...». Clément Maltret, lui, s'était déjà équipé d'un système de grillage demandé contre la brucellose. « Mais on m'a dit que ce n'était pas le même grillage qu'il fallait contre la peste porcine ! ». Mais si un cas de peste porcine est trouvé dans l'exploitation, c'est l'ensemble du troupeau qui est abattu et indemnisé. Au lieu de poser du grillage sur l'ensemble de ces parcours plusieurs fois coupés par des routes communales, Hugues Molly envisage plutôt des passages canadiens. D'ici 2020, tout éleveur devra disposer d'un plan de biosécurité détaillant le fonctionnement de son exploitation. D'ici 2021, la pose des systèmes de protection tels que les clôtures devront être posés.
VM