Pour attirer les saisonniers
Ils font comme dans les autres secteurs de l'agriculture. Pour faire face à leurs pics d'activité, les entrepreneurs des territoires ont recours à de la main-d'œuvre saisonnière. Seulement voilà, ils peinent à recruter. Souvent considéré comme mal rémunéré, sans avenir, soumis à des conditions de travail pénibles et entraînant des modes de vie précaire, le travail saisonnier n'a pas le vent en poupe. Les entrepreneurs des territoires ont profité de leur congrès national, organisé à Grenoble du 3 au 5 mars, pour s'interroger sur les moyens à mettre en œuvre pour rendre ces métiers plus attractifs.
Fidéliser les salariés
« Les lois sont inadaptées, car elles ont une portée nationale, alors que tous les contextes sont différents. Il faudrait des lois qui tracent les grandes lignes, mais avec des adaptations, car dans le secteur saisonnier, tout est soumis à des dérogations. Il faut construire des choses », estime Daniel Jacquier, ex-secrétaire de l'UD FO Savoie, Haute-Savoie, pluri-actif et agriculteur. Et ce dans différents domaines : en matière de logement, il pourrait être intéressant de créer des lieux d'habitation, et, pour les rentabiliser, les partager, entre les différents saisonniers qui se succèdent (vendangeurs, ceux qui travaillent en station...). En matière de sécurité sociale, il faudrait créer des caisses pivots qui permettent à chacun d'être en relation avec une seule caisse, ce qui serait plus simple et leur éviterait les délais de carence, qui en l'état actuel, font qu'ils n'ont droit à rien étant donné le morcellement de leurs activités. « Ces pistes pourraient permettre une reconnaissance du travail saisonnier et une fidélisation des salariés », considère Daniel Jacquier. « Et si quelques saisonniers sont itinérants, au bout de quelques années, certains aspirent à s'installer. Il faudrait les former à être pluri-actifs pour qu'ils enchaînent les différents travaux saisonniers existant dans un territoire ». Et en la matière, il serait opportun de profiter des périodes sans contrat, de façon à ce qu'il n'y ait plus de période creuse et qu'ils gagnent en compétence et en polyvalence.
Ouvrir des portes
La création de passerelles entre différentes entreprises et même entre différents secteurs engendrerait aussi des bénéfices partagés. Comme le font les groupements d'employeurs qui allient et partagent des combinaisons d'activités et de compétences. Comme l'a fait une Maison familiale et rurale des Deux-Sèvres, Sèvreurope, spécialisée en polyculture-élevage et en machinisme agricole, qui organise des stages pour ses étudiants dans trois stations pyrénéennes pour leur faire découvrir le nouvel horizon qu'est le damage. « Nous avons des jeunes passionnés, mordus, qui ont une sensibilité hydraulique développée et recherchée. C'est un plus. Il faut leur ouvrir des portes, les encourager à vivre d'autres expériences », s'enthousiame Simon Dubin, agriculteur et initiateur de cette formation spécialisée à la MFR de Sèvreurope.
Faire toucher du doigt les métiers
Et comme, selon Daniel Jacquier, « ce n'est pas le travail qui manque. La difficulté est de mettre les bonnes personnes aux bons endroits », il faut que les prescripteurs aient une meilleure connaissance des métiers. Il faut donc les leur faire découvrir. C'est ce qu'a fait Erik Leleu, directeur des ressources humaines de Cosea, sur le projet de ligne à grande vitesse Tours-Bordeaux, qui, lorsqu'il a eu besoin de 2 000 personnes de différents corps de métier, a emmené les prescripteurs sur des chantiers pour les leur faire toucher du doigt. Une initiative à reproduire.