Accès au contenu
Actu vue par

« Pour être efficace, il faut organiser des battues »

Vice-président et responsable du groupe loup de la Fédération des chasseurs de l'Isère, Alain Siaud suit avec inquiétude la progression des attaques dans le département et souhaite plus de moyens pour lutter contre le prédateur.
« Pour être efficace, il faut organiser des battues »

Qu'est-ce qui vous a conduit à vous intéresser au loup, en tant que chasseur ?

Je suis fils d'agriculteur et vis dans un territoire où les dégâts provoqués par le loup sont en augmentation constante. En tant qu'élu dans ma commune et représentant des chasseurs dans le secteur Valbonnais-Matheysine, je constate que le loup est en train de détruire la faune sauvage. Mais je suis aussi en relation avec les agriculteurs et les transhumants qui subissent une pression plus forte chaque année.

Quelle lecture faites-vous de la hausse du nombre d'attaques ces dernières semaines ?

C'était prévisible : ça augmente depuis des années. Je ne suis pas très surpris. C'est dans la suite logique des choses : l'expansion du loup est due au fait qu'il n'a aucun prédateur.

Sauf l'homme, et donc les chasseurs...

En effet, mais il faut avoir à l'esprit que notre rôle est à la fois très simple et très compliqué. Les agriculteurs, s'ils ne sont pas chasseurs eux-mêmes, peuvent légalement mandater un chasseur pour mettre en œuvre les tirs de défense simples qu'ils ont obtenus par arrêté préfectoral. Le problème avec le loup, c'est de l'atteindre. Nous avons un groupe de jeunes chasseurs dans l'Oisans qui s'y essaie depuis trois semaines. Ils sont en poste toutes les nuits auprès des troupeaux, mais n'ont toujours pas réussi à l'avoir.

Pour quelle raison ?

Parce que le loup est rusé, mais aussi parce que nous avons un problème d'équipement. Il nous faudrait des instruments de vision nocturne. Ça existe sur le marché, mais nous n'avons pas le droit de les utiliser. Nous espérons que ça change prochainement en raison de la pression exercée par le loup. C'est dramatique pour le monde agricole, qui perd chaque année des milliers d'animaux, mais aussi pour la faune sauvage. Dans certains secteurs, on ne voit plus une seule bête sauvage. Pour le seul massif du Vercors, c'est plus de 100 animaux sauvages retrouvés morts, sans compter ceux que l'on ne voit pas.

Comment les chasseurs sont-ils formés pour tirer des loups ?

Pour les tirs de défense simples, il n'y a pas besoin de formation spécifique. En revanche, il en faut une pour participer aux opérations de régulation menées dans le cadre du plan d'actions national sur le loup. Cette formation technique et réglementaire est dispensée par l'Office français de la biodiversité (OFB), l'ex-ONCFS qui regroupe depuis le mois de janvier l’Agence française pour la biodiversité et l’Office national de la chasse et de la faune sauvage. La FDCI met des salles à disposition et se charge de prévenir les chasseurs des sessions. Dans le département, nous avons ainsi contribué à former 1 200 personnes.

Quel est le profil des chasseurs qui pratiquent les tirs de défense ?

Ce sont surtout des jeunes et des chasseurs de montagne. Car pour passer une vingtaine de nuits près d'un troupeau à attendre que le loup attaque, il faut être en forme. Surtout quand on enchaîne sur une journée de boulot. Sur les 1 200 chasseurs formés, il n'y a que 200 ou 300 qui y vont régulièrement. Souvent par amitié, parce qu'ils connaissent l'éleveur qui subit les attaques... Il faut généralement être deux, pas plus, pour rester discret, mais aussi pour s'assurer qu'il y en a toujours un aux aguets. Il n'y a pas de technique particulière, il faut juste savoir tirer dans la pénombre. Mais pour être vraiment efficace, il faut organiser des battues. Il faudrait également autoriser le tir de rencontre. Personnellement, j'ai croisé le loup à plusieurs reprises. Mais je n'ai jamais pu le tirer, car je n'étais pas autorisé à le faire.

Il semblerait que des chasseurs refusent de participer à certaines opérations par crainte des représailles de la part des « pro-loups »...

C'est faux. Les chasseurs qui mettent en œuvre les tirs, à la demande d'un éleveur ou lors d'une action de régulation, bénéficient d'un anonymat complet, tout comme les « officiels ». Leur nom n'apparaît sur aucun document. En revanche, la limite que nous rencontrons, et le regret que nous avons, c'est ce n'être pas équipés correctement. Il faut savoir si on veut protéger le loup ou le réguler.

Propos recueillis par Marianne Boilève