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Paroles de JA

Pour la simplification administrative

A la veille des élections législatives, les Jeunes agriculteurs font part de préoccupations. Au programme : PAC, simplification administrative et concurrence internationale.
Pour la simplification administrative

Pour Jérémy Jallat, éleveur en bovins lait bio dans le Vercors, il faut avant tout « décomplexifier le système français, en particulier au niveau de la PAC et surtout, payer en temps et en heure les exploitants ». Il insiste sur la simplification des normes et souhaite que les députés « répondent à nos attentes ». Cela passe par l'octroi de moyens supplémentaires aux DDPP (1) par exemple, afin d'intensifier « les contrôles sur les produits transformés. Nous avons remarqué, lors des actions JA en grandes surfaces, qu'il n'y avait pas de moyens pour constater sur place les infractions, alors qu'il faudrait que des procès verbaux soient dressés ».

Jérémy Jallat pointe aussi du doigt le système administratif français et ses freins. « J'ai beaucoup discuté avec le député européen Michel Dantin. Quand il va à l'Europe, il a honte d'être français à cause de la mise en application de la PAC, de son absence d'efficacité et parce que les fonds restent bloqués au niveau de l'administration. »

Retards de paiement

Alexandre Millon, éleveur bovins lait et viande à La Bâtie-Divisin, insiste également sur ce point : « Il faut que les députés fassent remonter les informations au niveau de l'Europe. Nous avons beaucoup de retards de paiement et nous ne savons pas quand nous serons payés. »
La préoccupation est largement partagée par Pierre-Jean Dye, éleveur et nuciculteur à Saint-Paul-d'Izeaux. « Deux ans de retard pour le paiement de la PAC, ce n'est pas normal. On contrôle des gens qui n'ont pas été payés et qui se retrouvent dans des situations difficiles », dénonce-t-il.
Autre combat qui inquiète les JA, c'est le poids des groupes de pression et l'écoute dont ils font l'objet. « Il faudrait que le gouvernement s'empare du dossier. On a l'impression, au regard de certains groupes, de faire de la merde et d'empoisonner le monde, regrette Jérémy Jallat. Il y a une idéologie derrière tout cela, portée par des gens qui ne connaissent rien à notre métier. Ce thème-là est porteur d'enjeux économiques. »
Le loup s'invite aussi dans les législatives. Jérémy Jallat pense qu'il est temps « de faire évoluer la convention de Berne et de procéder à des études génétiques pour chasser les hybrides. Et enfin, il faut pouvoir appliquer les prélèvements autorisés ».

Alexandre Million s'inquiète également de l'aboutissement des négociations sur les accords internationaux régissant les échanges de matières premières. « Nous ne savons pas comment cela va se passer pour la viande, interroge-t-il. Il y a beaucoup de viande au niveau national, alors pourquoi en faire venir d'ailleurs. Cela risque d'inonder les marchés et si l'on prend l'exemple de la viande américaine, produite aux hormones, ce ne sont pas les mêmes normes. Le problème se pose déjà au niveau européen où il n'y a pas d'égalité entre les productions face aux normes. Ce serait déjà une grande avancée si l'on parvenait à établir un lien entre les exigences de l'Europe et le niveau national. » L'égalité de traitement est aussi un sujet dont Pierre-Jean Dye aimerait que les députés s'emparent. Salaires, protection sociale : les disparités européennes sont encore trop grandes pour parler de concurrence loyale.

Rendre des comptes

Pierre-Jean Dye renvoie à la question « de la moralisation de la vie politique. En agriculture, nous sommes soumis aux normes, à la PAC et aux contraintes administratives pour lesquelles nous sommes très contrôlés. On nous demande de rendre des comptes et c'est normal car c'est de l'argent public, mais nous aimerions que les politiques fassent de même ».
Il propose aussi de « revoir le système économique. Nous sommes dans une impasse, parce que les échanges sont régis par le monde de la finance. Les produits agricoles ne valent rien car les intermédiaires se sont multipliés. Le blé est vendu trois ou quatre fois avant qu'il ne soit moissonné ». Il ajoute : « Et il n'y a pas que l'agriculture, qui souffre, les industries aussi ferment. Nous perdons notre tissu économique, tout ce qui fait le PIB d'un pays, pour créer une société de services. Mais des entrepreneurs, des industriels, des commerçants, des artisans et des agriculteurs, il en faut encore ! »

Isabelle Doucet

(1) Direction départementale de la protection des populations