Pour le respect du travail de la terre
« On parle aujourd'hui de distances de traitement, mais le grand public n'en est pas encore à ce niveau-là. Il en est au stade où la poussière dérange, même quand il ne s'agit que de terre lorsqu'on passe la herse », explique Yannick Bourdat, exploitant à Marcilloles dans la Bièvre. « Le problème des urbains vient du simple fait qu'ils ne comprennent pas que l'on travaille la terre, c'est pourtant le champ qui nourrit le monde. » Bordures de rivières et maintenant les ZNT : « à 150 m, c'était le pire qui nous attendait », s'exclame l'éleveur. « Il faut que le grand public se pose réellement la question de ce qu'il veut trouver demain dans son magasin. Il y a sûrement eu des abus, des gens qui traitaient par vent du sud ou dans des parcelles au milieu de lotissements. Une aberration. Mais les traitements de nuit, nous avons appris à les faire, on a suivi des stages écophyto. On est prêt à faire des efforts à cinq mètres. Mais si on laisse dans la plaine ces zones cinq mètres sans couvert végétal, on risque de voir se développer l'ambroisie qui est un véritable fléau. On a beau la broyer, après, elle revient. Il faut que les gens comprennent que ne sommes pas là pour tuer quiconque. Mais il n'y a pas de solution miracle. » L'agriculteur se livre aussi à un rapide calcul économique en rappelant que les exploitants sont en grande partie locataires des terres qu'ils exploitent et à ce titre sont redevables d'un fermage. Des bandes de 150 mètres, c'est environ 2 hectares de cultures en moins en ce qui le concerne. « Si on ne récolte rien, qui paye le propriétaire ? », interroge-t-il.
Démoustiquer, dépuceronner, dépunaiser
Eleveur de vaches allaitantes, Yannick Bourdat pratique la vente directe et échange souvent avec ses clients. « Il y a un phénomène de mauvaise information », constate-t-il. Il raconte une anecdote qu'il a vécue cet été. « J'ai été moi-même concerné par le problème des punaises qui ont envahi ma maison. Un voisin m'a laissé un message en me demandant si je pouvais aller chercher de l'insecticide à la coopérative pour traiter le champ d'à-côté ! Il faut rester zen. J'ai expliqué que ce n'était pas possible et tout est rentré dans l'ordre. Il a compris que les punaises, je n'y connaissais rien, cela fait partie de nature, du changement climatique. Pour autant, j'ai déchaumé le lendemain dès 7 heures du matin et j'ai prouvé que je pouvais faire des efforts. Le voisin a apprécié. »
Pour l'agriculteur, on en est au balbutiemment de la communication auprès du grand public. « Il est difficile de faire comprendre que le colza que nous cultivons, c'est leur bouteille d'huile, le blé, c'est leur pain. » Il poursuit : « Nous sommes dans un changement de pratiques, je fait partie d'un groupe Dephy. Je vais planter du blé dans un mois. Si la parcelle a des mauvaises herbes, je déchaume plutôt que de passer du glyphosate. » Dès qu'il en a l'occasion, Yannick Bourdat va au contact des non agriculteurs. « Il y a quelques mois, j'étais en train de traiter les blés en fin d'après-midi lorsque j'ai arrêté le pulvé pour laisser passer un promeneur sur un chemin de campagne. Je suis descendu du tracteur pour lui expliquer ce qu'était la rouille sur les blés et pourquoi je passais un produit phyto. Parce que si on laisse tout aller, si on n'explique pas, le chemin du promeneur sera aussi en ZNT. »
Enfin, il revient sur les opérations de démoustication qui se sont récemment déroulées dans le Rhône, la Drôme et à Grenoble. Vu que le produit qui a été utilisé, la deltaméthrine, est le même qu'en agriculture, mais avec un degré d'acceptabilité bien supérieur, il lui est venue une idée sémantique : démoustiquer, c'est moins anxiogène que traiter. « Finalement, lorsque je traiterai le colza, je vais dépuceronner et puis l'an prochain, je dépunaiserai ! ». Ca passera sûrement mieux auprès du grand public.
Mais Yannick Bourdat se pose des questions face à l'absurdité de certaines situations. « Quand plus rien ne pourra rentrer en France et qu'il n'y aura plus rien à manger, comment ferons-nous ? » Pour autant, il reconnaît : « Je n'ai rien contre les associations de protection de l'environnement, car si elles n'avaient pas été là, on aurait continué à produire comme avant. Le gros problème, c'est qu'on en fait beaucoup plus pour elles. » Il observe avec une pointe d'espoir son fils qui, éleve au Legta de La Côte-Saint-André, s'est mis à tourner des vidéos, courtes et percutantes, où ils décrypte le métier d'agriculteur. Et ça parle au grand public !