Pour le retour de la valeur dans les exploitations
Vous êtes président de la chambre d'agriculture de l'Isère depuis 2013 et vous avez souhaité vous représenter. Quelle est votre feuille de route ?
Il y a six ans, nous nous sommes engagés à ramener la chambre d'agriculture à l'équilibre financier tout en privilégiant notre présence sur le terrain. Nous avons mené cette restructuration sans réduire le volet opérationnel. Si j'ai souhaité me représenter, c'est pour faire aboutir les dossiers en cours. Il s'agit notamment de celui des circuits courts et des points de vente collectifs. L'Isère est aujourd'hui le premier département français en nombre de magasins de producteurs.
Mais vous désirez aller plus loin...
Nous avons besoin d'accompagner les autres agriculteurs dans le recherche de plus-value. L'engagement du Département de l'Isère est fondamental et l'originalité de la démarche est de travailler aussi avec les artisans et les commerçants. C'est un gradian en plus, qui peut intéresser une partie des autres productions. La piste de la segmentation des filières peut favoriser un retour de valeur aux autres agriculteurs. Cette démarche interconsulaire est pionnière. Elle s'appuie sur trois critères : l'équité dans la répartition des marges, l'origine des produits et la qualité. Elle ne s'oppose pas aux produits sous signe de qualité, mais est complémentaire.
Et les lignes commencent à bouger en Isère ?
Même la GMS se pose des questions. C'est aussi le cas d'acteurs comme les producteurs de fruits et de viande, qui ont des productions importantes et qui s'interrogent. La marque Is(h)ere représente aujourd'hui plus de 300 produits labellisés.
Quels sont les autres grands dossiers en cours ?
Celui de la transmission, de l'installation et du renouvellement des chefs d'exploitations est capital. La chambre d'agriculture accompagne tous les projets. Il n'y a pas de grille de sélection. Qu'ils soient en reconversion professionnelle, issus de Pôle emploi ou qu'ils aient suivi un parcours traditionnel, tous les porteurs de projets sont accompagnés. Nous voulons commencer à travailler avec les futurs cédants encore plus tôt, c'est-à-dire cinq ans avant la cessation d'activité, en leur proposant des formations, des mises en relation, un accompagnement, des solutions de salariat partiel ou total. Il faut se donner du temps pour rendre la reprise possible. Nous travaillons avec les Savoie sur le dispositif Fast (1) qui est un accompagnement plus précoce avec une possibilité de plus-value pour le cédant, mais aussi sur la mise en place d'outils favorisant la transmission comme les GFA ou les GFR (2).
Il a aussi été beaucoup question d'évolution des pratiques agricoles ?
Le volet des techniques alternatives est à associer à celui du développement économique des exploitations. La question agroenvironnementale se conjugue avec le volet aménagement et économique. Par exemple le sujet de l'eau et de l'irrigation est abordé comme un outil de développement économique. Les techniques alternatives s'inscrivent dans l'évolution des productions, mais il faut aller plus loin. Nous avons ainsi réussi à rassembler autour de ces enjeux des centaines de personnes à Thodure, mais aussi dans les rencontres Cuma ou Tech&Bio, en juin dernier.
Sur quels leviers vous appuyez-vous ?
Il faut d'abord s'appuyer sur la formation, qui doit être au cœur de tout développement agricole. La formation initiale ou la formation continue doivent être au service de l'agriculture.
Il y a aussi beaucoup d'enjeux autour du foncier ?
La chambre d'agriculture œuvre pour la défense des intérêts agricoles dans tous les dossiers fonciers. Nous avons commencé, durant cette mandature, à travailler en relation étroite avec les intercommunalités. Nous souhaitons être encore plus présents et pour cela, désigner un référent agricole dans chaque intercommunalité qui assure le lien entre la collectivité, la chambre d'agriculture et les organisations profesionnelles. Son rôle sera de défendre le positionnement du monde agricole sur les dossiers d'aménagement en faisant valoir les particularités, les contraintes et les avantages d'un développement de l'agriculture.
Quel regard portez-vous sur ces six ans de mandature ?
Il y a eu trois périodes. A commencer par la restructuration de la maison. Puis nous avons dû mettre en œuvre un accompagnement face à une crise agricole sans précédent et multiforme. Et nous avons enfin pu parler de développement agricole et de retour de valeur dans les exploitations. C'est passionnant d'être président de chambre d'agriculture par la richesse des contacts et des relations avec différentes structures. Les projets sont lancés. Il faut aller à leur aboutissement pour que l'agriculture retrouve sa place dans l'économie du territoire et compte dans le devenir des campagnes et des zones périurbaines. De la montagne à la vallée du Rhône, il y a de la richesse à développer partout.
Propos recueillis par Isabelle Doucet
(1) Fonds d'accompagnement à la succession et à la transmission
(2) Groupement foncier agricole et groupement foncier rural