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Pour limiter les GES, augmenter la productivité

L'agriculture est régulièrement pointée du doigt pour ces émissions de gaz à effet de serre. Sur une exploitation, il est difficile de savoir quelle tâche est la plus émettrice. Isère Conseil Elevage a donc réuni des éleveurs laitiers pour présenter quelques solutions.
Pour limiter les GES, augmenter la productivité

« Si vous ne vous préoccupez de vos émissions de Gaz à effet de serre (GES) que pour répondre aux exigences, cela n'a pas d'intérêt ». Anne Blondel, encadrante technique chez Acsel conseil élevage, est venue informer les éleveurs laitiers sur leurs émissions de GES à la Maison des agriculteurs de la Tour du Pin, le 8 décembre dernier. « Il faut anticiper les mesures nationales et européennes plutôt que les subir », ajoute-t-elle. Pilote régional du projet Carbon Diary, elle est également venue présenter les premiers résultats de ce programme national visant à mieux mesurer et limiter les GES dans les exploitations.

Le secteur agricole est le troisième plus gros émetteur en France, avec 19% de GES produits, les transports étant premiers avec 27% des émissions et l'industrie seconde avec 21% des émissions. « On va chercher toujours les mêmes... », déplore un agriculteur dans la salle. « Des actions sont entreprises dans tous les secteurs. Il ne faut pas se focaliser sur les GES mais si vous modifiez certaines pratiques, vous améliorez l'économie de votre exploitation », répond Anne Blondel. En agriculture, 65% des GES viennent des élevages bovins dont la moitié provient de l'élevage laitier. Ce dernier représente 6,2% des émissions de GES totales au niveau national.

Méthane et protoxyde d'azote

Si l'agriculture est pointée du doigt, ce n'est pas uniquement pour le dioxyde de carbone. C'est tout d'abord pour le méthane, produit de la rumination des vaches, qui représente 50% des émissions d'une exploitation. Il se révèle être 25 fois plus polluant que le CO2 mais il ne reste dans l'atmosphère « que » 12 ans contrairement au CO2 que l'on conserve 100 ans. « On peut difficilement empêcher une vache de roter, explique avec humour Anne Blondel, elle a besoin de digérer » En revanche, il faudrait améliorer la productivité des vaches pour diminuer l'émission de méthane, selon la conseillère. Une idée loin d'être instinctive au premier abord ! « Vous avez tendance à réformer des vaches par principe ou pour obtenir une prime cellule. Vous avez des animaux jeunes mais vous en avez besoin de plus pour la même production. Des vaches plus vieilles produisent plus de lait et vous avez donc moins d'animaux à vous occuper. Moins de vaches, moins de GES », conclut-elle. Elle propose aussi de limiter les jours improductifs et de jouer sur l'âge du premier vêlage. Un argumentaire qui a vite fait parler les agriculteurs présents dans la salle « Certaines réformes sont subies aussi ! », commente l'un d'entre eux, « Mais c'est vrai que plus tu prends de génisses, plus ça coûte cher », lui répond un autre. Autre ennemi volatil, le protoxyde d'azote : il est dégagé lors du cycle des nitrates apporté par les intrants azotés ou encore durant la gestion du fumier et du lisier, ce dernier pôle représentant 18% des émissions de l'exploitation. Là encore, plusieurs conseils. Pour les intrants, « éviter de mettre trop d'azote, ne suivez pas la recommandation qui est trop élevée, observez plutôt votre terre et votre production afin d'ajuster. »

Mesurer ses émissions avec précision 

Concernant le fameux dioxyde de carbone, il est principalement dû au carburant et au travail du sol. Retourner la terre provoque nécessairement le rejet des gaz capturés dans le sol. Aucune étude n'a pour l'instant évalué si une technique de labour est moins émettrice qu'une autre. En revanche, le principal avantage de l'élevage ruminant est que les prairies stockent aussi du CO2. C'est d'ailleurs la seule profession qui a possibilité de stocker du carbone ! La compensation carbone moyenne est de 11%. Anne Blondel conseille ainsi de travailler sur les rotations de parcelles afin d'optimiser cette fonction du sol. Connaître les leviers d'action, c'est déjà un premier pas. Le mieux est de savoir, en chiffres, les émissions exactes de son exploitation. Le programme Life Carbon Dairy dont Anne Blondel est le pilote régional, a donc été mis en place pour évaluer chacun des postes d'émission d'une exploitation. Sur la base du volontariat, des élevages de six régions de France y participent actuellement. « C'est un diagnostic difficile car tout est compté : rations, parcelles, fertilisation, nombre d'animaux... Les agriculteurs ne notent pas forcément toutes ces informations au quotidien », explique Jean-Philippe Goron, chargé de mission chez Isère conseil élevage. A la clé, trois chiffres concrets dans une exploitation : sa performance nourricière, le stockage de carbone par an ainsi que l'impact sur la biodiversité. Un outil de communication en plus pour la profession.

Virginie Montmartin