Pour "Oser les mots"
Claire Pinet, psychologue à la MSA Alpes du Nord, est à l'origine de la création, en 2012, de la cellule de prévention du suicide des agriculteurs. « Nous accueillons toutes les souffrances exprimées par les agriculteurs », explique la praticienne, qui, une fois par mois se réunit avec le médecin du travail et un cadre social. « A trois, nous essayons, avec nos compétences et notre sensibilité de voir comment aider les personnes et quel maillage tisser autour d'elles ». Tout le monde peut déposer des alertes suicide auprès de cette cellule, à commencer par les professionnels des OPA au contact quotidien avec les chefs d'exploitation.
Pour aller plus loin, la MSA a proposé la formation « Oser les mots » en direction du plus grand nombre, « afin de sensibiliser à la crise suicidaire partout où l'on pouvait. » L'objectif est « que les gens puisent oser demander, prononcer les mots », explique la psychologue. Elle tient à écarter une idée reçue selon laquelle parler du suicide inciterait la personne concernée à passer à l'acte. « Bien au contraire, c'est comme une baudruche qui se dégonfle ! Il faut nommer le désir de mort ». Elle cite le psychiatre Boris Cyrulnik : « Le suicide n'a rien d'inéluctable : un rien peut le provoquer, un rien peut l'empêcher ». Elle ajoute : « Si une personne est distraite de son projet, elle peut passer à autre chose. » Nombreux sont les élus qui ont bénéficié de cette formation d'une demi-journée. Mais depuis 2019, d'autres ont approfondi la question pendant deux jours pour devenir des veilleurs « qui ont appris à répondre et à écouter, que l'on peut appeler ». Ainsi, certains éleveurs, déjà victimes de prédation, ont choisi d'apporter leur aide à ceux qui, après avoir subi leur première attaque de loup, se retrouvent en grande détresse. « La meilleure aide, c'est la présence. Elle sécurise l'autre », ajoute encore la psychologue.
Isabelle Doucet
Difficultés / L'élu de confiance est souvent le premier contact des personnes en difficulté.Le premier maillon
« Lorsque j'ai intégré le comité de pilotage du Sillon Dauphinois, j'ai trouvé que les élus de la MSA n'étaient pas assez impliqués dans le fonctionnement du dispositif, estime Dominique Bonnardon, horticulteur et élu délégué MSA. Avec le soutien du président de la chambre d'agriculture et de la MSA, nous avons décidé d'aller plus loin en créant le rôle d'élu de confiance. »Concrètement cette personne est le premier maillon sur le terrain pour identifier les agriculteurs en difficulté et faciliter les démarches. « Nous sommes organisés en binôme pour chaque territoire de la MSA », explique le délégué. Le président de territoire MSA, non salarié, est référent de secteur et intervient avec une personne proposée par la chambre d'agriculture. « Il y a des personnes que l'on ne connaît pas, qui n'osent pas faire la démarche », explique le référent.
Les élus de confiance ont suivi une formation dispensée par la MSA à travers des jeux de rôle. « Etre à l'écoute, trouver les mots, identifier le problème et dire qu'il y a des solutions » : avec ces outils-là les élus de confiance peuvent aller au premier contact qui est une étape importante en cas de crise. « Il existe des solutions », affirme Dominique Bonnardon. Le rôle du responsable est alors d'orienter l'exploitant en difficulté vers les bons interlocuteurs. « Des personnes s'en sortent et c'est ça qui donne envie de continuer », insiste le délégué.
ID