"Pour vendre aujourd'hui, il faut être nickel sur le plan sanitaire"
La FCO en septembre, la grippe aviaire aujourd'hui. Les éleveurs sont mis à rude épreuve depuis quelques temps...
C'est peu de le dire ! Entre la baisse des cours, la sécheresse de cet été, la FCO, la grippe aviaire et la presse qui communique sur les dangers de la viande, j'ai l'impression que l'élevage est maudit en ce moment ! Pour ce qui est de la FCO, l'Isère est sous surveillance, mais nous n'avons pas eu de cas repéré. Cela étant, l'inquiétude n'est pas pour maintenant. Nous avons réservé des doses de vaccins, notamment pour les béliers, mais on ne connaît rien de l'évolution de la maladie. Pour en avoir discuté avec plusieurs vétérinaires, dont celle du GDS, la grosse inquiétude est plutôt pour le printemps. La grippe aviaire, comme la FCO, est une maladie de catégorie I, donc gérée par l'Etat (1). Mais le virus est hautement pathogène. Certes, il ne touche que l'élevage avicole et n'est présent ni dans le département, ni dans la région. Mais à l'approche des fêtes, cela pourrait avoir tout de même un impact pour les éleveurs.
Où en est-on du sanitaire au niveau départemental et régional ?
Nous avons aujourd'hui deux dossiers importants : la BVD et la besnoitiose. Pour la première, nous pensions parvenir à une obligation de prophylaxie. Nous avons progressivement mis des moyens en place, comme le kit intro, le kit alpage ou la troisième boucle, mais rien ne peut être rendu obligatoire tant que l'arrêté préfectoral n'est pas sorti au niveau régional. Or la fusion des régions a un peu mis un frein à cette dynamique. Quant à la besnoitiose, c'est une lutte compliquée. La maladie se développe. Pour limiter sa propagation, il faut faire de la prévention en repérant les animaux contaminés. Nous avons commencé avec les alpages qui le voulaient bien, en réalisant une prise de sang à la descente. Pour cela, nous avons reçu une aide importante du Département, qui est conscient des grosses pertes économiques que cette maladie peut générer.
Et pour l'IBR ?
Certains affirment que c'est une maladie « commerciale ». Il n'empêche : l'IBR a des conséquences immédiates dès qu'on veut vendre. Pour vendre aujourd'hui, il faut être nickel sur le plan sanitaire. La moindre faille sanitaire fait dégringoler les prix ou pousse l'acheteur à aller voir ailleurs. Le sanitaire, c'est un capital. Peut-être même plus que le tracteur, car il ne vieillit pas. Ça représente une vraie valeur : c'est la reconnaissance de la qualité de votre travail et ça vous donne accès au marché. Moi, je ne travaille pas pour entretenir la nature : j'élève des bêtes pour les vendre.
Vous venez de faire allusion à la fusion des régions. Quelles conséquences aura le mariage du GDS Rhône-Alpes avec celui de l'Auvergne ?
Les présidents vont se rencontrer le 16 décembre. La réorganisation demandera du temps. Le problème de cette fusion, c'est qu'en matière de bovin par exemple, l'Isère est un nain par rapport au Puy-de-Dôme ou à l'Allier. Pour orienter les politiques, ce ne sera pas simple. En Rhône-Alpes, nous étions dans une dynamique régionale qui ne me semblait pas mal et, tout d'un coup, il faut tout reprendre. La région double de surface, le nombre de bovins est multiplié par trois, le pôle agricole part à Clermont... Qu'est-ce qu'on va devenir, nous, là-dedans ? A mon avis, ça ne va pas accélérer les choses. Il faudra sans doute inventer une nouvelle forme de gouvernance et séparer les niveaux de travail : la partie stratégie pourrait être régionale, mais la partie terrain doit rester départementale. Surtout qu'il y a de plus en plus de travail et de plus en plus de maladies. Notre présence quotidienne sur le terrain, au plus près des éleveurs, est fondamentale. Et ça, ce n'est pas une organisation régionale à Clermont qui le fera marcher !
Vous êtes depuis peu à la tête du GDS. Comment conciliiez-vous cette nouvelle responsabilité avec votre métier d'éleveur ?
C'est très lourd, beaucoup plus que ce que je ne croyais. J'ai une exploitation à gérer, je suis seul avec un salarié. Mais surtout, je me pose la question de la responsabilité professionnelle : c'est un vrai problème pour demain. Personnellement, je ne tiendrai pas ce rôle longtemps : dans six ans, je suis à la retraite. Mais je suis effaré du peu d'engagement des jeunes dans leur structure. C'est inquiétant. Mais s'inquiéter ne sert à rien. Pour ce qui concerne le GDS, le bureau, le conseil d'administration et le président veilleront à préserver la philosophie et la morale du GDS. Mais beaucoup de choses seront assurées par les cadres et les salariés, comme les assemblées générales de section par exemple. Et ceux qui ne sont pas contents, ils n'ont qu'à venir à ma place !
Propos recueillis par Marianne Boilève
FCO : vacciner ou pas ?
Pour qui le connaît, la position n'a rien d'étonnant : le président du GDS, Jean-Yves Bouchier, est partisan de la vaccination. Mais comme elle n'est pour le moment pas obligatoire, il laisse à chacun le soin d'opter pour la solution qui lui semble la plus pertinente : « La vaccination sera libre. L'agriculture est un métier de gens responsables : quand on veut s'informer, on va sur internet ou on cherche dans la littérature. Lors de la dernière campagne, il y a eu beaucoup de polémique. Beaucoup trop à mon goût. A l'époque, le GDS s'était positionné pour la vaccination obligatoire. Aujourd'hui, c'est à chaque adhérent de se déterminer. Mais nous communiquerons au début du printemps, au vu de l'évolution de la maladie. » Des pré-commandes de vaccins ont été faites. Le président Bouchier affirme que le GDS a été « prudent » concernant le nombre de doses résérvées, surtout pour les ovins, car les risques d'infertilité des bêliers sont importants.MB