Pourvu qu'il y ait du monde
« Je ne suis pas rassasié », lance Teddy Riner, judoka champion du monde à l'âge de 18 ans qui, à 30 ans, invaincu depuis 2010, défend toujours son titre. Coprésident de Paris 2024, il répète à l'envi que « le sport c'est ce qui a fait l'homme que je suis aujourd'hui ». Aussi, entre deux entrainements, voire quelques glisses à la station des 7 Laux, donne-t-il volontiers de son temps pour la promotion de grands événements, au-delà même du cadre sportif. Le colosse a des valeurs, à commencer par celle du partage, une constante que l'on retrouve chez tous les grands organisateurs de manifestations réunis par le Crédit agricole sud Rhône Alpes, dans le cadre de ses Rencontres 2019, placées sous le parainnage du judoka.
Beaucroissant, la pionnière
L'Isère est sans doute pionnière dans l'organisation de grandes manifestations, avec la foire de Beaucroissant qui fête cette année son 800e anniversaire et attire des centaines de milliers de visiteurs. Des JO de 1986 à la Coupe du Monde de foot féminin de 2019, la région déroule aussi un savoir-faire certain dans le domaine sportif, qu'elle a su décliner au niveau culturel et économique.
Tour à tour, les partenaires du Crédit agricole ont tenté d'analyser les clés du succés d'un événement, de sa création à sa fréquentation, jusqu'à ses retombées économiques.
Pierre Chaix, enseignant chercheur à l'UGA et spécialiste de l'économie du sport, présente les chiffres relatifs au marché du sport. Il pèse 38 millions d'euros en France, emploie 275 000 salariés et compte 17 millions de licenciés. La population et les collectivités sont les principaux pourvoyeurs de ce budget. La culture compte quant à elle 7 millions de festivaliers en France, fréquentant quelque 4 000 festivals, dont les cinq premiers attirent plus de 200 000 spectateurs. Jazz à Vienne fait partie de ces poids lourds.
Professionnels et bénévoles
Créer un événement nécessite bien plus qu'une grosse motivation. L'universitaire prend en exemple les JO de Grenoble en 68 dans toute leur dimension politique et de prestige, au cœur des Trente glorieuses apportant à la ville une véritable révolution dans ses infrastructures et à la population un engouement pour les sports d'hiver. Rebelote à Albertville en 92, dans un contexte où l'économie est plus contrainte. Là aussi les grandes gagnantes sont les infrastructures et notamment le désenclavement de la Tarentaise. C'est sans doute cela « faire territoire ensemble », comme le dit Jean-Pierre Gaillard, le président du Crédit agricole sud Rhône Alpes. La banque est engagée dans ces événements « vecteurs d'animation, de rayonnement et de retombées économiques ».
« Un des grands facteurs de la réussite d'un événément est le professionnalisme », déclare Anne-Marie Baeznaer, directrice des sites lyonnais GL Events, leader mondial de l'événementiel et organisateur du Sirrha (Salon international de la gastronomie). L'autre levier est de savoir s'entourer des acteurs locaux... et d'une floppée de bénévoles. C'est surtout le cas lors des événéments sportifs : les JO mobilisent environ 25 000 bénévoles, mais à l'échelle iséroise, le Festival Berlioz et Jazz à Vienne comptent sur 150 à 200 bonnes volontés.
Indispensables partenaires
Sans le mécénat culturel, le festival Aluna, dans le Sud Ardèche, n'aurait sûrement pas connu le même développement. Son président fondateur, Jean Boucher, l'a créé en 2006 après avoir acquis le camping qui sert de site au festival. L'objectif était d'attirer un public hors saison. Aujourd'hui, ce sont 40 à 50 000 festivaliers qui font bien plus que de voir des concerts, mais profitent des gorges de l'Ardèche, de la grotte Chauvet et assurent une activité à la quarantaine de campings partenaires. La condition : avoir des têtes d'affiches. Car le spectacle vivant marche bien. « La fréquentation croit de 10% en France et la musique observe la plus forte augmentation », déclare Rémi Perrier, producteur de spectacle et président de Musilac à Aix-les-Bains. Une jeune sur deux assite à un spectacle et un Français sur trois. Ils y vont pour se changer les idées, pour partager un moment avec leurs amis, leur famille, partager une émotion avec un artiste.
Le festival Berlioz, qui se déroule fin août à La Côte-Saint-André en Isère, s'assure aussi du soutien indéfectible de la fondation Vicat et du Club Benvenuto qui rassemble les entreprises mécènes. Le club de rugby grenoblois FCG a également bâti son modèle économique sur le partenariat des entreprises, devenant un modèle pour les clubs de Top14.
Les ailes de saison
« Il faut être inventif, créatif », lance François Badjily, le directeur de l'office de tourisme de l'Alpe-d'Huez, soulignant la nécessité de se diversifier, notamment dans les lieux touristiques. « La dimension sport et tourisme est très liée en Rhône-Alpes », corrobore Pierre Chaix. Le créneau des ailes de saison est très prisé des organisateurs, à l'image du Tomorrow land, le festival électro international, qui s'est déroulé du 14 au 21 mars à l'Alpe d'Huez ou du High five festival « qui attire les millenials et leurs parents » en faisant « descendre la neige » début octobre à Annecy. Ces premières glisses ont été imaginées il y a dix ans par Gaylord Pedretti, à un moment de l'année « où tout le monde est dispo ». « Ce sont des événements qui cassent les codes, qui proposent une autre expérience », commente Pierre Chaix.
Rayonnement international
Si un événement a pour objectif de réunir des participants autour de valeurs communes et de renforcer la notoriété d'un territoire, il se doit forcément d'être générateur de retombées économiques. « Plus il y a de visiteurs étrangers et plus les retombées économiques sont fortes, car ce sont des gens qui viennent, qui restent et qui consomment », explique Pierre Chaix, à la veille de la Coupe de France de foot féminin. Grenoble accueillera quatre matches au mois de juin. Il n'y a déjà plus une chambre d'hôtel disponible et leur prix a flambé de 30%.
Le marché le plus juteux semble celui du tourisme d'affaires. En témoigne le directeur d'Alpexpo, François Heid. Les quatres structures du parc événementiel de Grenoble sont tirées par leur manifestation bisannuelle phare, le Mountain Planet, salon mondial de l'aménagement de la montagne dont l'impact économique sur le territoire est estimé à 22 millions d'euros. « La moitié des nuités du parc hôtelier isérois est liée au tourisme d'affaire », souligne François Heid. Le panier moyen quotidien d'un touriste d'affaires s'élève à 118 euros contre 84 euros pour un touriste de sports d'hiver. Mais les trailers, comme ceux de l'UT4M qui seront de retour dès 2020 entre Grenoble, Belledonne, le Vercors, la Chartreuse et l'Oisans, semble présenter une jolie manne avec un panier moyen de 300 euros par coureur et par édition, ainsi que l'affirme Sébastien Accarier, organisateur du trail.
Enfin, tendance lourde, « tous les événements affichent un impact environnemental le moins important possible, commente Pierre Chaix. La démarche écoresponsable est devenue un incontournable ». Le verdissement devient donc un atout événementiel. C'est précisément la vague sur laquelle Tech&Bio a surfé il y a 10 ans dans la Drôme.
Isabelle Doucet
Agriculture / Créé dans la Drôme il y a dix ans, le salon est la vitrine des innovations en agriculture biologique.Tech&Bio, une marque très enviée
« L'agriculture est face à des défis colossaux : alimentaires, climatiques, systémiques, sociétaux, explique Anne-Claire Vial, présidente du salon bisannuel Tech&Bio qui se déroule à Valence dans la Drôme. Il y a dix ans, nous avons imaginé un salon professionnel avec des techniques innovantes en agriculture durable. Son fonctionnement est celui d'un cluster, avec des chercheurs, des agriculteurs et des fabricants. » Sur 15 hectares, tous les matériels, les prototypes, les essais culturaux sont en démonstration. « Ce qui n'est pas le cas au salon de l'agriculture », insiste la présidente. Avec ses 350 exposants « choisis », ses démos, ses colloques et ses conférences, le salon attire 18 500 visiteurs au mois de septembre, dont 2 500 étudiants. Il doit sa réussite au thème choisi - l'innovation en agriculture biologique - ; à l'exhaustivité des filières abordées - « en moyenne vallée du Rhône, que ce soit en cultures ou en élevage, il est possible de tout faire et de tout montrer à cet endroit » - ; à ses infrastructures ; à la situation idéale de Bourg-les-Valence, sur l'A7, à proximité de la gare TGV et à une heure de l'aéroport de Lyon Saint-Exupéry. Si bien que la marque Tech&Bio, qui a été déposée, est déclinée dans d'autres régions, sur des formules plus légères d'un seul jour. « Les Allemands étaient prêts à acheter le concept », ajoute Anne-Claire Vial. Elle est surtout très fière d'annoncer que la manifestation a attiré l'attention de Bruxelles et accueillera les 17 et 18 septembre prochains la Conférence des ministres européens de l'Agriculture.ID