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Economie

PPAM, une production dans l'air du temps

La production française de plantes à parfum, aromatiques et médicinales française est très recherchée, notamment en bio. La chambre d'agriculture de l'Isère a récemment organisé une journée associant technique et visite sur le terrain à destination d'une quinzaine de porteurs de projet.
PPAM, une production dans l'air du temps

Dans un contexte favorable au développement durable, l'intérêt pour les plantes aromatiques et médicinales va croissant, surtout en bio. A l'image du développement de la filière : les marchés des plantes sèches, de la cosmétique, de l'aromathérapie et des compléments alimentaires étant en plein essor et l'origine France très recherchée, la production nationale a progressé de 40% entre 2010 et 2016. Avec 81 exploitations déclarant un atelier bio de production et de transformation de plantes à parfum, aromatiques ou médicinales (PPAM) et plus de 60 porteurs de projet recensés ces deux dernières années, l'Isère pourrait bien se trouver une voie aromatique, à l'image de la Drôme (1).

Activité complémentaire

En tout cas, la chambre d'agriculture y travaille. Le 13 juin dernier, Marie Mallet, conseillère en filières et circuits biologiques, a organisé une journée sur ce thème à Saint-Vérand. Parmi les participants, tous candidats à l'installation, des agriculteurs souhaitant développer une activité complémentaire, des double-actifs et des personnes en situation de reconversion professionnelle. La plupart ont déjà une idée bien précise en tête. Erik et son fils veulent planter du thym dans les inter-rangs de leurs arbres truffiers dans le Grésivaudan ; Claudine a un projet en permaculture du côté de Bougé-Chambalud ; Fabienne veut associer agriculture de montagne, cueillette sauvage et production de plantes aromatiques. Quant à Eric, il a quitté une carrière informatique pour s'installer il y a quelques mois en Savoie où, après une période test concluante, il va produire du safran. Certifié bio en mai dernier, il vient de planter 5 500 pieds de mélisse et va installer cet été 70 000 bulbes de safran, qu'il compte commercialiser auprès de la grande distribution locale, chez les restaurateurs et les industriels.

Les techniciens ont abordé les questions du foncier, des itinéraires techniques, des choix variétaux et des débouchés.

« Il existe deux grands types d'exploitation : les petites surfaces avec beaucoupd'espèces cultivées, où le travail est assez manuel et la production souvent complétée par de la cueillette sauvage, et les fermes plus mécanisées, qui s'étendent sur plusieurs hectares », résume Cédric Yvin, technicien de la chambre d'agriculture de la Drôme et référent régional pour les PPAM biologiques. Pour s'installer, l'important n'est pas seulement d'avoir de la surface, il faut aussi veiller au statut des terres (propriété ou fermage), à la texture et à la nature des sols (acides ou calcaires), au parcellaire (assolement et rotations) et à la taille des parcelles. « Si la ferme est diversifiée, 2 000 m2 de plantes peuvent suffire pour une personne seule qui n'envisage pas de faire de la transformation, précise Cédric Yvin. S'il y a distillation, il faut au moins monter à 2 hectares. »

De l'eau et du soleil

Pour le matériel, tout dépend du projet. Il faut au moins un bâtiment pour le stockage et éventuellement la transformation, du matériel pour le travail du sol et la gestion des adventices, une serre, notamment pour faire les plants. « Ça permet de faire baisser les coûts, d'autant qu'il y a une pénurie de plants en France », indique le technicien qui voit dans la commercialisation des plants, un complément de revenu intéressant. A condition d'avoir de l'eau et un bon ensoleillement.

Côté temps de travail, il est conseillé de répartir la charge tout au long de l'année, en alternant période de cueillette (dès le mois de février), de cultures, de désherbage et de récolte. « Il faut étaler la gamme selon les pics de travail et éviter de planter du safran si on a des noyers par exemple : la récolte se fait en même temps », préconise Cédric Yvin.

Pour le choix des variétés, l'exposition, les ressources en eau et la nature des sols sont déterminants. « Mieux vaut éviter certaines plantes comme la menthe, l'angélique ou la camomille s'il n'y a pas la possibilité d'arroser », prévient le technicien, qui insiste également sur l'importance de mettre en place une rotation des cultures, de façon à contenir les adventices. « Il faut prendre son temps. Je vous déconseille de planter directement sur une prairie ou une friche : le chiendent vivace prend le dessus. » Le référent régional PPAM bio détaille ensuite les grandes étapes techniques de la production et fait un focus sur l'irrigation, « enjeu important pour les années à venir ». Si l'on peut se passer d'irriguer des lavandes en montagne, rares sont les cas où l'on peut complètement s'en passer, estime-t-il, « surtout si l'on veut en tirer un revenu ». Ce qu'a confirmé Julia Chardon, productrice à Saint-Vérand, qui a accueilli le petit groupe dans son exploitation l'après-midi.

Marianne Boilève

(1) La Drôme compte 336 fermes en PPAM bio (+ 4 % par rapport à 2017) pour une surface totale de 1 912 ha certifiés et en conversion (+ 7 % par rapport à 2017), soit une moyenne de 5,70 ha par ferme, contre 3 ha en moyenne en Isère.

 

 

Attention à la commercialisation

« Produire, on y arrive toujours. C'est commercialiser qui est difficile : on n'achète pas des tisanes tous les jours comme on achète du pain ou des tomates. » Fort de sa connaissance du secteur, Cédric Yvin, référent régional pour les PPAM biologiques, rappelle que le marché est certes en pleine expansion, mais qu'il vaut mieux penser à écouler sa production avant de la récolter. Il existe trois types d'acheteurs potentiels : les consommateurs finaux (via les marchés de plein vent, les magasins de producteurs ou les épiceries fines), les grossistes, les laboratoires et les groupements de producteurs. « Faites une mini-étude de marché avant de vous lancer », conseille le technicien. En Isère, plusieurs opérateurs de l'aval peuvent également être intéressés pour un approvisionnement bio et local : les herboristeries, les fabriquants de liqueurs et de sirops (type Chartreuse Diffusion, Antésite ou Bigallet) et les préparateurs de produits cosmétiques. Marie Mallet, de la chambre d'agriculture, suggère également aux futurs producteurs de se structurer en association ou en groupement de façon à mutualiser des moyens, du matériel, mais aussi à simplifier les démarches commerciales.
MB

 

Julia au Pays des arômes

Installée en 2015, Julia Chardon produit des plants ainsi que des plantes aromatiques et médicinales qu'elle transforme en hydrolats et huiles essentielles.
Au-dessus de Saint-Vérand, dans un cadre de rêve baigné de soleil, des champs de lavandin, de romarin, de thym et de menthe : vous êtes au Pays des arômes. En 2015, Julia Chardon a racheté une ancienne ferme (polyculture élevage et noix) pour cultiver sa passion : produire des plantes aromatiques et médicinales bio. Très vite, elle a planté des petits fruits, monté une serre pour cultiver des plants, installé ses premiers rangs de plantes aromatiques, transformé le quai de traite en salle de distillation. Un investissement de près de 125 000 euros (terres, bâtiments, serre, matériel de production et de distillation) pour lequel elle a bénéficié d'une DJA à hauteur de 26 000 euros. Elle produit aujourd'hui entre 5 et 10 000 plants (le plus gros de son chiffre d'affaire) et cultive 1,75 hectare de PPAM qu'elle transforme en hydrolats et en huiles essentielles.
Le 13 juin dernier, elle a ouvert les portes de son exploitation aux 15 participants de la journée thématique organisée par la chambre d'agriculture. Après avoir rapidement expliqué son parcours (conversion professionnelle), elle a fait visiter sa serre gonflable, jardin d'Eden miniature où pavots pivoines, cosmos, échinacées et plantes-huîtres côtoient aromatiques et plants potagers. « C'est super de démarrer la production de plants au début du projet, souligne Julia. Ça permet de faire rentrer des sous tout de suite, en attendant la production de plantes et la distillation. Ensuite, quand tout rentre en production, il faut faire attention : c'est très chronophage. Il faut jongler entre la vente des plants, la récolte pour la distillerie... C'est pas mal de travail. On se repose les jours de pluie ! »
Le groupe s'est ensuite dirigé dans les champs, commençant par les cultures de thym qui viennent d'être pâturées par les moutons d'un voisin. La productrice explique comment elle travaille, gère l'enherbement (paillage) et l'arrosage. « Ça se débrouille tout seul... » Elle ne cache pas non plus qu'elle dispose de sérieux atouts : un terrain propice à la culture des PPAM en termes d'exposition - plein sud - et de qualité des sols, une source... et Victor, un compagnon aussi bricoleur qu'ingénieux. Elle a cependant payé quelques erreurs de débutant (la gestion de l'enherbement dans les menthes par exemple) et se retrouve contrainte par la taille de son exploitation (pas assez importante pour faire de la vente en gros, trop grosse pour se contenter de ne faire que de la vente directe...), une gamme d'huiles essentielles insuffisante pour la vente directe et une récolte à la main qui lui demande « énormément de temps ». A court terme, pour se dégager du temps et préserver sa vie personnelle, elle compte investir dans la mécanisation (projet d'achat d'une récolteuse), mieux maîtriser l'étape de transformation pour créer plus de valeur ajoutée, et trouver un(e) associé(e). A bon entendeur...
MB