Préconisations pour la restructuration des vergers
Après les aléas que les noyeraies ont connus ces six derniers mois, la remise en état des vergers relève du travail d'orfèvre. Il n'y a pas de recette : chaque situation est unique et nécessite une conduite adaptée, prévient le conseiller en production de noix de la chambre d'agriculture de l'Isère. Et Ghislain Bouvet ajoute : « Quand on a des noyers à terre, il ne faut pas réfléchir arbre par arbre, mais penser le verger dans sa globalité. » C'est en tout cas le message qu'il a fait passer lors de la formation sur la taille de restructuration qui s'est déroulée le 23 décembre à Chatte.
Arracher ou redresser ?
La matinée a commencé avec le rappel de quelques grands principes sur la conduite à tenir. Première question à se poser : arracher ou redresser l'arbre à terre ? La décision doit être prise en fonction de plusieurs critères, à commencer par l'âge des arbres et l'état du système racinaire. Il faut également prendre en compte le pourcentage d'arbres arrachés dans la parcelle. « Plus l'âge de l'arbre est avancé, plus la reprise est compromise : en dessous de 20 ans, on peut relever le noyer. Au-delà de 30, il vaut mieux le remplacer », précise Ghislain Bouvet. Même consigne lorsque le système racinaire est très abîmé : « Si les dégâts sont importants, il est préférable de remplacer l'arbre. »
Les arbres destinés à être relevés devront être couronnés au sol. « On peut couronner long l'hiver, mais court l'été, car le système racinaire est sollicité », conseille le technicien de la chambre d'agriculture. Une fois ce travail terminé, il est recommandé de creuser le côté opposé à celui où l'arbre est tombé, de façon à ne pas plus endommager le système racinaire au moment du redressage. « Si possible, couper proprement les racines, comme pour une plantation », préconise Ghislain Bouvet.
Amarrage des arbres
Une fois le noyer relevé, trois solutions s'offrent pour le maintenir en place : le piquet, la cale ou le câble. Les deux premières sont simples à mettre en œuvre. Encore faut-il penser aux travaux mécanisés qui vont suivre avant de les installer. « Pensez notamment au passage des machines au moment de l'entretien du rang ou du secouage, avertit le spécialiste. Pour ceux qui sont en tonte, ça se gère. Pour ceux qui secouent, rappelez-vous que vous allez devoir secouer avec un piquet pendant quatre ou cinq ans. »
L'amarrage par câble à un arbre voisin est plus difficile à mettre en œuvre. « C'est un travail de Romain, mais c'est du solide, estime Ghislain Bouvet. Quand vous installez le câble, veillez à protéger le tronc avec un tuyau d'arrosage par exemple pour ne pas blesser l'écorce. »
Limiter les dégâts
En complément de ces préconisations techniques, le spécialiste a évoqué plusieurs pistes pour réduire l'impact des événements climatiques à venir. « Le climat a changé : à nous de nous adapter », a-t-il posé en préalable. Concernant la forme des arbres, Ghislain Bouvet invite les nuciculteurs à « retravailler le gobelet » de façon à limiter la prise au vent. Dans les secteurs très exposés au vent, il recommande de faire pousser les arbres plus lentement. Et, sans remettre en cause l'importance de l'irrigation, il conseille de la réduire en fin de cycle : « Il faut être au plus près d'une pluviométrie pour que l'arbre ne soit pas trop en situation de confort hydrique. Apporter un volume d'eau et le laisser descendre, ça permet à l'arbre de s'enraciner », a-t-il rappelé.
Autre point de vigilance : les « yeux à cou ». Leur suppression au moment de la taille de formation est certes longue et fastidieuse, mais elle permet d'éviter pas mal de casse à l'âge adulte. « Toute la force tient sur le bourrelet cicatriciel : si vous avez de la neige, ça casse », indique Ghislain Bouvet, avant de conclure : « Avec le changement climatique, ce qu'il faut se dire, c'est qu'on va avoir plus de boulot, plus de choses à penser, mais c'est comme ça qu'on va limiter les dégâts. »
Marianne Boilève
Pensez à blanchir les arbres avant les grosses chaleurs
Les noyers étant très photosensibles, il est recommandé de blanchir les arbres couronnés à l'aide d'une couche d'argile ou de talc avant les périodes de grosses chaleurs (juin) pour éviter que le soleil ne brûle l'écorce, surtout côté couchant. Cette recommandation vaut surtout pour les vergers présentant de larges trouées suite aux épisodes climatiques de 2019 et donc à l'arrachage d'un grand nombre d'arbres. Les techniciens se sont en effet aperçu que le soleil avait brûlé l'écorce de certains arbres, favorisant l'apparition de champignons.
Cas pratiques dans un verger
La formation en salle du 23 décembre a été suivie de « travaux pratiques » au sein de l'Earl de Juillet, à Saint-Romans. Si les vergers d'Yves et Florian Odier ont été épargnés par les tempêtes de juin et juillet derniers, ils ont subi d'importants dommages au cours de l'épisode neigeux de la mi-novembre. Outre les branches cassées et les arbres fendus en deux, près de 300 noyers sont tombés à terre, surtout parmi les lara, victimes d'une sorte d'effet domino : sur un hectare et demi, près de 90 arbres ont été arrachés. « Nous avons passé deux semaines à nettoyer le verger, en s'intercalant entre les pluies, raconte Florian Odier. Aujourd'hui, on commence à y voir plus clair. » Mais il reste encore beaucoup de travail et pas mal d'interrogations.
Cas n°1
L'arbre : un noyer d'une quarantaine d'années à la silhouette déséquilibrée par la perte de quelques grosses branches brisées par le poids de la neige
L'avis de l'expert : « Sur des arbres aussi gros, on peut se permettre de ne pas équilibrer : d'ici 7 à 8 ans, il va se remplir. Si vous voulez vraiment équilibrer, il faut prendre en considération le nombre d'arbres à rafraîchir et sortir avant le printemps. »
Cas n°2
L'arbre : un noyer d'une trentaine d'années à terre.
L'avis de l'expert : « Comme il n'y a pas trop de mal au niveau du système racinaire, cet arbre, avec dix ans de moins, je l'aurais redressé sans hésiter, car le sol est meuble et les racines ne sont pas abîmées. Là, il faut voir par rapport aux arbres autour, mais on peut tenter de redresser et haubaner. Mais avant de le relever, il faut le couronner en enlevant 80 à 90% de le frondaison en commençant par ce qui est en hauteur. Et bien sûr penser à le blanchir. »
Cas n°3
L'arbre : un noyer assez jeune, penché, avec plusieurs branches brisées
L'avis de l'expert : « Vu que son système racinaire est entier, je le referme, je lui laisse ce qui est droit, je le redresse et le haubane en l'attachant à un arbre plus vieux, bien solide. Il est protégé par ses collègues. C'est le seul type d'arbre qu'on peut redresser complet. »
Cas n°4
L'arbre : un jeune noyer à terre, déraciné
L'avis de l'expert : « A voir l'écorce, l'arbre n'est pas vieux, mais les racines sont à l'air : c'est foutu. Si on le redresse, mais il va repartir et à la prochaine avarie, il va retomber. »
Cas n°5
L'arbre : un jeune noyer ouvert, les branches à terre
L'avis de l'expert : « Avec un arbre un peu plus vieux, ce serait risqué, mais là on peut essayer de le recéper et de l'attacher. Les bourgeons peuvent repartir, mais il ne faut pas oublier de l'épointer et de le tailler tout le temps. Honnêtement, je ne prendrais pas le risque, d'autant qu'il y a trois arbres alignés à terre : ça fait un trou de lumière dans le verger. Quand on fait ce travail, il ne faut pas oublier de penser le verger globalement. »
Cas n°6
L'arbre : un jeune noyer complètement ouvert
L'avis de l'expert : « Il est jeune, mais il est foutu : il a fendu au point de faiblesse. »
Cas n°7
L'arbre : un noyer fendu
L'avis de l'expert : « Rien à faire. S'il avait été plus jeune, on aurait pu essayer de le sangler pour qu'il reparte. »
Cas n°8
L'arbre : un noyer assez jeune, tout cassé de l'intérieur
L'avis de l'expert : « C'est un arbre jeune, avec un bon système racinaire. On va le couronner long (2 mètres à 2 mètres 50) et il va se recharger de l'intérieur. Il aura déjà quelques fruits la saison prochaine. Durant les trois ou quatre saisons suivantes, on n'y touche pas pour éviter un déséquilibre entre les racines et les branches. Et dans quatre à cinq ans, on ne verra plus rien. Et bien sûr, on blanchit, mais on a jusqu'en juin pour le faire. »
Cas n°9
L'arbre : un jeune noyer déraciné avec sa motte
L'avis de l'expert : « Là, on fait un redressage d'hiver : ça vaut le coup, car le système racinaire est bon. Mais d'abord on supprime tout ce qui fait du poids du côté où il est tombé. Ensuite on redresse, on met un piquet et des sangles. On va perdre un ou deux (gros) seaux de noix, c'est tout ! »