Présence persistante de la chrysomèle
Selon les spécialistes présents à la réunion technique « céréales à paille et maïs », qui s'est tenue le 28 novembre à Villefontaine, « en matière de chrysomèle du maïs, 2019 a représenté une année charnière ». « Il y a eu une multiplication des foyers dans le grand sud-ouest de la France (en particulier en Nouvelle Aquitaine. Des insectes ont été facilement observés (sans piège) dans des parcelles d'Alsace et de Rhône-Alpes, et dans certaines de cette région, elle a même été jugée responsable de dégâts visibles sur les plantes. Nous devons donc être vigilants et arriver à enrayer cette prolifération », détaille Thomas Joly, animateur filière maïs chez Arvalis. Quelques chiffres illustrent ce développement. En 2015, 1 249 insectes avaient été capturés en Alsace et 1 206 en Rhône-Alpes. En 2019, les compteurs font état de 32 083 captures en Alsace et 25 202 en Rhône-Alpes.
Deux types de pièges
La lutte menée contre la chrysomèle du maïs repose sur le piégeage. Il en existe deux types dont les usages varient. Le piège à phéromone (piège Pal) permet de détecter la présence d'adultes mâles et de confirmer les populations qui ont déjà été repérées mais qui restent encore faibles. « Mais au-delà d'une certaine abondance de population, ce piège n'est plus adapté car il est rapidement saturé et le nombre d'individus capturés n'est pas corrélé au niveau de population présente dans la parcelle », souligne Thomas Joly. A ce moment-là, c'est le piège chromatique (équivalent au piège jaune Pherocon), qui prend le relais. Ce modèle ne permet pas de détecter la présence d'insectes quand les populations sont faibles, mais est efficace quand la chrysomèle est plus installée, car il permet de les quantifier. Il est adapté pour évaluer le risque dès qu'il atteint des niveaux significatifs.
Augmentation dans tous les secteurs
L'insecte étant installé depuis plusieurs années en Auvergne-Rhône-Alpes, la région dispose maintenant d'un solide réseau de suivi. 72 parcelles sont équipées de pièges à phéromone en Rhône-Alpes et 12 en Auvergne. Quant aux pièges chromatiques, on en compte 24 avec comptage durant six semaines, dans les zones avec population abondante.
La synthèse qui été réalisée sur l'année 2019 sur les pièges à phéromone et qui a révélé 25 000 captures en Rhône-Alpes, a aussi montré que les zones particulièrement touchées étaient les combes de Savoie et du Grésivaudan (17 922 captures), le marais de Bourgoin (1 444 captures) et la plaine de l'Ain et Lyon (3 270 captures). Elle fait également état d'une augmentation dans tous les secteurs de la région.
Les pièges chromatiques ont, pour leur part, mis en exergue « un pic de vol au cours de la semaine 32 dans l'ensemble de la région. Dans trois parcelles, des niveaux de capture sont proches ou supérieurs à cinq individus capturés par piège et par jour, et des populations qui atteignent désormais un niveau d'abondance susceptible d'occasionner une nuisibilité si du maïs est à nouveau cultivé dans ces parcelles l'an prochain », détaille l'ingénieur.
Modifier l'assolement
Face à cette présence, la question du recours ou non à un insecticide se pose. L'expérience italienne a montré qu'il pouvait être intéressant dans le cas où la population de chrysomèle était très élevée. Mais, pour l'instant, dans les situations que nous connaissons actuellement en France, les spécialistes ne préconisent pas son utilisation. « Son coût est trop élevé. Il faut réserver son usage aux situations de fortes populations », insiste Thomas Joly.
En revanche, d'autres mesures de lutte sont à mettre en place dès maintenant. Elles consistent à modifier l'assolement selon le niveau de population du ravageur et du risque d'exposition au stress hydrique de la parcelle. « Quand il n'y a pas de capture, aucune intervention n'est nécessaire. Quand il y a moins de 100 individus par piège à phéromone et par an, il convient de casser la rotation pour l'endiguer dès les premières années. Quand la population est installée (qu'on compte plus de 100 individus dans un piège à phéromone par an), il faut continuer la rotation, ne pas implanter de maïs un an sur six. Au delà de ce seuil, il faut utiliser le piège chromatique. S'il capture moins de cinq individus par jour, il est recommandé de ne plus cultiver de maïs un an sur quatre (ou un an sur trois dans les parcelles soumises à fort stress hydrique). Et s'il capture plus de cinq individus par jour, on n'implante pas de maïs l'année suivante. Il est bien entendu que ces recommandations fonctionnent dans la mesure où elles sont suivies par l'ensemble des agriculteurs d'un territoire », précise le technicien.