Prêts à s'adapter, sans s'affoler...
Chez les producteurs de porc, les nouvelles règles de biosécurité sont admises, mais le plus dur reste à faire. « Tout le monde comprend le principe et la démarche, mais quant à savoir si chacun va pouvoir entrer dans le moule d'ici 2021, c'est plus compliqué », résume François Orlowski. A la tête d'une belle exploitation située à Saint-Clair-sur-Galaure, l'éleveur s'avoue plutôt serein pour son entreprise : « Ça ne change pas grand chose, notamment parce que je pense être aux normes du côté des clôtures : je les avais toutes refaites entre 2006 et 2012, explique-t-il. Mais ça va engendrer une réorganisation dans la marche en avant. Il va aussi falloir réfléchir à un nouveau cheminement, créer un sas... Il va falloir tout formuler, l'écrire et le faire respecter par les salariés. C'est surtout ça qui m'inquiète. »
Avec un dizaine d'autres éleveurs isérois, de profils très divers, François Orlowski vient de suivre la formation Biosécurité animée par le GDS 38. Il en a profité pour discuter avec les collègues. « Les gens sont conscients qu'il faut être prudent, mais pour ceux qui n'ont rien, ça va représenter un coût... », affirme-t-il. Notamment pour ceux qui sont en fin de carrière et qui doivent se mettre aux normes : « Ça fait râler de mettre des milliers d'euros dans de l'improductif ! »
Pour ce qui est du contenu de la formation en revanche, l'éleveur de Saint-Clair-sur-Galaure se déclare agréablement surpris : « On nous a présenté des quantités d'éléments, basés non seulement sur les textes réglementaires, mais aussi sur un angle technique, ce qui va nous permettre de progresser », apprécie-t-il.
Cohérence et paradoxe
Eleveur à Saint-Vérand, Raphaël Gaillard a calé sa formation en décembre. Mais il a déjà commencé à réfléchir aux points délicats, comme l'emplacement du bac d'équarrissage ou la question des cheminements. « Face à la réglementation, il ne faut pas s'affoler, rester calme et trouver des solutions », maugrée-t-il en faisant allusion à la mesure qui impose un sas sanitaire à l'entrée de « la zone d'élevage (zone dans laquelle sont détenus les suidés) permettant un changement complet de tenue et un lavage des mains » (1).
Ce que le producteur fermier redoute, ce sont les contraintes supplémentaires au sein d'un mode de fonctionnement déjà complexe. « On veut bien mettre de la cohérence dans nos approches, mais il faut aussi nous laisser travailler. Dans des petits élevages diversifiés comme les nôtres, s'il faut changer de bottes entre les vaches et les cochons, je ne sais pas comment on va faire ! », souligne-t-il. Et de pointer le paradoxe auquel il se retrouve confronté : « D'un côté, on a des élus qui viennent faire des photos dans nos fermes et de l'autre, on a la DDPP (2) qui nous dit qu'on est un danger public. Et pourtant la demande des gens va dans le sens de ce que l'on fait, du porc plein air et de l'élevage extensif. C'est sûr que pour ceux qui ont des animaux confinés, c'est plus cool ! »
Clément Maltret, éleveur bio de porc plein air à Entre-Deux-Guiers, estime de son côté qu'il va pouvoir adapter son système assez facilement. « Le sas, on va le faire. On sera dans les clous le jour J. Le problème, c'est de respecter dans la durée des procédures qui ne sont pas naturelles. » L'éleveur s'interroge également sur une réglementation qui, in fine, a été élaborée « pour que la France soit indemne de peste porcine et puisse exporter. Pour nous, petits producteurs plein air, ça n'a pas d'intérêt économique, mais ça pose de gros problèmes économiques ».
Marianne Boilève
(1) In Peste porcine africaine : Mesures de biosécurité obligatoires à appliquer dans les exploitations commerciales.
(2) Direction départementale de protection des populations.