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Etats généraux de l'alimentation

Prêts au dialogue

Premiers contacts établis. A l'initiative de la FDSEA et des JA de l'Isère, une rencontre des organisations professionnelles avec les députés de l'Isère vient de se dérouler à Labatie-Montgascon, dans l'exploitation de Sébastien Poncet.
Prêts au dialogue

Tous n'étaient pas là. Seules cinq députées sur dix que compte l'Isère (Marie-Noëlle Batistel, PS, Marljolaine Meynier, Monique Limon, Elodie Jacquier-Laforge, Cendra Motin, LRM) avaient pu honorer l'invitation. Mais les présentes ont dédouané les absents, assurant que ce n'était pas par manque d'intérêt, mais pour divers dossiers urgents vis-à-vis de leur travail parlementaire que certains n'avaient pas pu venir.

Consommateurs contradictoires

L'objectif de la rencontre était de poser les premiers jalons quant au travail qui va se dérouler dans le cadre des Etat généraux de l'alimentation lancés au niveau national, le 20 juillet. La FDSEA et les JA veulent faire remonter des doléances départementales, car dans ce grand débat national, tous les acteurs de l'alimentation ont droit à la parole, transformateurs, distributeurs et consommateurs tout autant que les agriculteurs. Mais le nombre des uns et des autres est très différent. « Je crains une consultation virtuelle, réalisée uniquement par internet, souligne Jérôme Crozat, vice-président de la FDSEA. La tenue de réunions réelles est importante. »
En préambule, Pascal Denolly, président de la FDSEA, n'hésite pas à rappeler la contradiction du consommateur qui désire toujours plus de produits de qualité, noble, bio, mais va directement dans les grandes surfaces pour bénéficier des promotions ou de prix toujours plus bas. « Dans une merguez à 5 euros le kg, je ne sais pas bien ce que l'on peut trouver de noble », s'interroge-t-il. Marjolaine Meynier explique que « la méthode se base sur l'intelligence collective. Les échanges permettront aux uns de comprendre les réalités des autres ».

Valeur ajoutée et partagée

Ce qu'a voulu faire passer la profession agricole, dont une trentaine de représentants divers assistait à la rencontre, ce sont des messages sur la valeur ajoutée, les politiques publiques agricoles adaptées et l'organisation de filières. « Il y a une réelle valeur ajoutée dans les filières alimentaires, mais il faut la répartir entre tous les maillons, insiste Pascal denolly. Nous vivons sous le coup de la loi de modernisation de l'agriculture de Sarkozy, qui a donné les clés à la grande distribution pour faire ce qu'elle voulait. Elle a aussi déclenché une guerre fratricide : il n'y a plus que quatre grands groupes de distribution. Conséquence, la variable d'ajustement est la production. Cette guerre a généré la crise de 2009 et l'effondrement des prix du lait et de la viande. La pierre angulaire des Etats généraux devra être la répartition de la valeur ajoutée. Il ne faut pas se leurrer, on trouvera toujours de quoi nourrir la population. La question est à quel coût social, avec quelle conséquence en matière de qualité du produit et de dépense carbone. » Et le président de la FDSEA prévient : « Si le paysan n'est pas rémunéré, n'espérez pas des conversions en bio. »
En ce qui concerne la valeur ajoutée, Monique Limon, assure l'assistance de sa compréhension du problème : « le premier chantier est la répartition de cette valeur. Je veux le prendre à bras-le-corps, ma priorité est le pouvoir d'achat des agriculteurs. » De son côté, Cendra Motin, vice-présidente de l'Assemblée nationale, confirme que « la LME a fait beaucoup de mal aux TPE. S'y attaquer est essentiel. Nombre de députés porte cette préoccupation ».
Marie-Noëlle Batistel (PS) se dit attentive à « la reconstitution des marges et à la nécessité de redéfinir les relations avec la grande distribution. Il faut profiter des Etats généraux pour recalibrer les choses, mais il sera nécessaire d'avoir l'aval de la commission européenne et donc avoir de solides arguments. » A priori, il y un assez large consensus au Parlement. « Nous devons travailler collectivement même si nous ne sommes pas du même groupe politique, l'agriculture faisant partie des enjeux rassembleurs au niveau de l'Assemblée », précise-t-elle.
Quant à la relation européenne, Cendra Motin confirme que « c'est avec les Etats généraux, le deuxième pivot de notre travail. La PAC doit être plus utile, répondre aux attentes des agriculteurs et être protectrice en cas de crise. Il faut également trouver une harmonisation des règles sociales, fiscales avec les autres pays européens ».

Bio oui, s'il y a un marché

Les représentants agricoles ont fait part de leurs inquiétudes vis-à-vis des propos de Nicolas Hulot, ministre de l'Environnement quant à la production bio qu'il veut rendre accessible au plus grand nombre. « Banco, lance Pascal Denolly, mais uniquement s'il y a un marché, car il faut avant tout tenir un raisonnement économique ! » Réaction de Monique Limon : « son discours ne déparait pas dans cette discussion agricole, tout le monde réaffirmant que le pouvoir d'achat agricole était la priorité des priorités. » Elodie Jacquier-Laforge confirme que « la bio sera un sujet de discussion, car il faut une harmonisation entre les règles nationales et internationales. Il faudra faire œuvre de pédagogie en la matière comme au sujet de l'agriculture locale ou l'agriculture raisonnée. »
Visiblement, les objectifs des députées présentes et ceux des agriculteurs ne sont pas éloignés. Concrétisation des propositions lors de réunions publiques départementales le 22 septembre.

 

Jean-Marc Emprin
JA / Aurélien Clavel, vice-président national des JA, profite de la rencontre avec les députés pour souligner des incohérences.

Les Jeunes Agriculteurs réclament de la cohérence

Aurélien Clavel, vice-président de Jeunes Agriculteurs, a insisté sur plusieurs points. Le premier celui de conserver une agriculture de type familial, c'est-à-dire située entre agriculture de subsistance et agriculture de revenus, dans laquelle le chef d'exploitation reste maître de ses décisions. Il indique également que les filières doivent s'adapter aux nouvelles demandes des consommateurs, qu'elles doivent donc avoir accès à des outils pour y répondre : outils d'abattage ou de transformation doivent rester proches des lieux de production.
Il s'insurge également sur les freins aux adaptations : « on parle de sècheresse, mais un projet de retenue collinaire prend plusieurs années avant d'aboutir quand il n'y a pas trop d'opposition, alors qu'aujourd'hui, chaque particulier reçoit des subventions pour stocker un peu d'eau. »
Il s'inquiète aussi que l'Europe soit la seule institution qui baisse ses contributions à l'agriculture. « Quels moyens lui accorde-t-on pour réaliser ses ambitions ? »
Il met le doigt également sur une incohérence : « la LME incite les organisations de producteurs mais en même temps, il ne faut pas trop d'organisation pour ne pas fausser la concurrence. Où est la logique ? »
JME