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Prévention des inondations

Prévenir les inondations n'est pas une sinécure

Depuis sa création en 2004, le Symbhi chargé de prévenir les inondations catastrophiques dans la région grenobloise a suscité de nombreuses polémiques. Mais il a toujours su y répondre et sa trace marquera le territoire et l'économie pour longtemps.
Prévenir les inondations n'est pas une sinécure

« Dix ans, c'est long, mais également très court par rapport aux enjeux traités », a estimé Alain Cottalorda, nouveau président du département de l'Isère, lors de la rencontre  organisée dans les locaux du conseil général pour les 10 ans du Symbhi. Ce syndicat mixte des bassins hydraulique de l'Isère est en train de marquer le territoire en amont de Grenoble et dans la vallée de la Romanche pour une longue durée. « Le risque lié aux inondations est crucial dans notre département, rappelle Robert Veyret, conseiller général à l'origine de ce projet et toujours président de la structure. 11% du territoire isérois est concerné et 300 000 personnes sous la menace directe des eaux. Et si une crue de la rivière Isère équivalente à celle de 1859 se reproduisait, les dégâts se chiffreraient entre 500 millions et un milliard d'euros. » S'il tient à rappeler ces données, c'est que le conseiller général a vécu toute la difficulté d'élaboration du projet Isère amont et des nombreuses réticences, quelquefois agricoles, que le projet a suscité. Car pour protéger aujourd'hui une agglomération grenobloise devenue expansive et tentaculaire, les pouvoirs publics ont sollicité les terres agricoles pour servir de bassin d'expansion. Et Robert Veyret ne s'y trompe pas : il souligne fortement « la solidarité du monde agricole qui a accepté un nouveau mode de cohabitation avec la rivière. » Même reconnaissance exprimée par le président du conseil général qui se réjouit également que ce projet « permette de redonner des capacités d'aménagement à des secteurs du Grésivaudan, qui sans cela seraient restés totalement bloqués » notamment par les plans de prévention des risques d'inondation (PPRI).

La concertation n'a pas été qu'agricole : l'ensemble des collectivités locales, leurs habitants, ont pu être associés au projet. Car, comme le souligne Robert Veyret, le projet a pour visée première de redonner de l'espace à la rivière, mais également de profiter de l'occasion pour valoriser les milieux naturels et développer la fréquentation des berges de l'Isère. Lancé avec un petit décalage, l'aménagement de la Romanche vise également la protection des zones habitées de la vallée, en y intégrant le risque important des ruines de Séchilienne, la valorisation du fonctionnement des milieux humides et le développement de l'accès aux berges de la Romanche. Beaucoup d'acteurs, élus locaux, habitants ont donc été entendus. « Robert Veyret a apporté la meilleure réponse à la question : à quoi peut bien servir un conseil général, s'exclame Alain Cottalorda, mettre autour de la table toutes les personnes concernées. Cela montre la voie pour le jour où l'Etat et les intercommunalités prendront le relais. » Car la gestion de tels projets « est territorial et transversal » et même si la loi du 24 janvier 2014 confie la compétence aux intercommunalités, le Symbhi pourrait continuer à faire oeuvre de pionnier en les rassemblant toutes, de la source à l'embouchure dans le Rhône, au sein d'un établissement public, se plaît à imaginer l'éclaireur Robert Veyret. Mais il faudra agréger autour du noyau isérois, des savoyards et des drômois...

 

Jean-Marc Emprin