Priorité à la valeur ajoutée, même en bio
« On a fait du mieux que l'on pouvait ». A Septème, Alexis Jullien a repris l'exploitation familiale en 2011. Dans le cadre d'une journée dédiée à la gestion des grandes cultures en agriculture biologique organisée à l'occasion des Quinzaines de la bio, il a fait part de son expérience en présence de confrères et d'élus. Spécialisée en grandes cultures, l'exploitation dispose d'une SAU de 90 hectares. Le passage en bio s'est opéré en même temps que l'installation. « Il ne pouvait pas en être autrement. C'est une transition douce et naturelle car mon père avait déjà investi dans des pratiques de culture raisonnée », confie le cultivateur. Le changement s'est surtout opéré dans la reprise du système de cultures « de A à Z », à l'exception des contrats de semences, soit trois hectares représentant une assurance pour l'exploitation.
Un choix multifactoriel
Si les grandes cultures restent prédominantes, la ferme s'est enrichie de celle de pommes de terre et de transformation (farine, huile). En 2017 ont été plantés du maïs (grain et semence), du soja, du tournesol (grain et semence), de l'orge et du blé. « La priorité est donnée aux cultures où se dégage de la valeur ajoutée, sans que ce soient les mêmes chaque année », explique le céréalier, tout en reconnaissant « qu'il existe un idéal et un impératif de l'année. » Le choix des cultures est nécessairement multifactoriel. Par exemple, dans un secteur où la pression de l'ambroisie est forte, il estime que les cultures d'hiver « salissent moins que celles de printemps ». Elles sont devenues une priorité. Le labour des parcelles n'a jamais été systématique sur l'exploitation. Alexis Jullien a procédé à des essais d'intercultures : prairies temporaires ou trèfle. « Le trèfle est implanté au printemps dans le blé. Je le laisse pendant un an, puis il repart sur l'autre culture ». L'exploitant choisi de préférence l'option des couverts en interculture plutôt que des prairies en rotation longue. Ainsi, il implante du trèfle sous blé ou des mélanges de féverole, vesce ou pois en passant la herse étrille équipée d'un semoir au printemps. La fertilisation se fait grâce aux intercultures, complétée par un apport de fumier de poule (sur les maïs, le blé et l'orge) épandu dès la sortie de l'hiver.
Houe rotative
L'exploitation a investi dans du matériel de travail du sol : une houe rotative partagée avec une autre ferme afin de « décrouter le sol au printemps sur le blé. Lorsqu'on ne laboure pas, cela permet de faire démarrer la minéralisation », explique Alexis Julien. Plus profonde que la herse étrille, la houe est aussi utilisée pour le désherbage sur les cultures de printemps et d'hiver. « En revanche, il n'est pas possible de la passer trop tardivement (sur les maïs et le soja par exemple). Avantage de la houe rotative, elle présente un gros débit de chantier. « Elle permet de choper l'adventice avant sa sortie. » Associée à un passage de herse étrille son efficacité est appréciée du cultivateur. « Mais s'il existe des graminée sur le rang, alors c'est perdu. Il faut butter pour couvrir et étouffer », confie Alexis Jullien. La herse étrille est utilisée pour les faux semis et les désherbages de toutes les cultures. L'exploitation possède aussi deux bineuses, de 75 pour les maïs et de 60 pour les tournesol, soja et colza.
Alexis Jullien poursuit la présentation de son exploitation par une visite de parcelles où il a semé du blé sur de la vesce, sur un précédent blé, après deux déchaumages. « Je suis repassé avec de la féverole début septembre. Je l'ai incorporée avec le déchaumoir à dents, semée à la volée. » Les cultures suivantes seront des pommes de terre puis du soja. Le cultivateur a profité des mélanges disponibles sur son exploitation. « La céréale sert de tuteur pour la vesce. La féverole et les légumineuses, de façon générale, apportent de l'azote. » Amandine Clément, conseillère Adabio, met toutefois en garde contre les différentes variétés de vesce qui peuvent être invasives. D'où le conseil de les détruire assez tôt.
Isabelle Doucet
ConversionLa Maison Colombier a revu son système de cultures
Le Gaec Maison Colombier est l'autre exploitation présentée lors de la journée porte ouverte sur la gestion des grandes cultures en AB. L'exploitation de 160 hectares a entamé sa conversion bio en 2016, « pour des raisons économiques et éthiques », précise Sébastien Galmiche, salarié du Gaec repris en 2006 par Sophie et Stéphane Jay, où travaillent 3,5 personnes à temps plein. « On en avait marre des phytos et des engrais en se disant : ça va cracher, ça va être propre. »En 2017, les cultures implantées sont blé, orge, triticale, féverole, soja, tournesol et pois. La particularité de la structure tient à son verger de 8 hectares de poiriers, à la transformation des fruits sur place en eau-de-vie et au magasin de Vilette-de-Vienne. Cette activité représente la part la plus importante du chiffre d'affaires.
Les grandes cultures occupent 120 hectares, « dont seulement 15 sont labourés, explique le salarié. Nous avons revu tout le système de la partie céréales ». L'exploitation a introduit la luzerne (6 ha) et le trèfle (10 ha) dans les rotations. « Nous allons essayer les lentilles et la moutarde ».
Comme chez Alexis Jullien, le trèfle sur blé est implanté au deuxième désherbage mécanique. « Avant, nous ne mettions que le couvert règlementaire. Aujourd'hui, c'est systématique : le couvert est adapté au précédent et au suivant ». Une réflexion est en cours pour du semis de triticale et de féverole, mais l'exploitation n'est pas encore équipée de trieur.
Pour autant, le matériel a radicalement changé. Le désherbage s'effectue à la herse étrille et/ou à la bineuse et/ou à la houe rotative. « Nous ne passons pas plus de temps que sur du désherbage chimique », constate Sébastien Galmiche. Le couvert est semé sur le dernier passage. « On réapprend à régler le matériel. J'ai eu mon BTS il y a quatre ans. Ce sont des machines que je n'avais jamais vues, cela ne fait pas partie des enseignements », se désole-t-il.
Il livre quelques astuces : « Dès que la terre se réchauffe, je passe la herse étrille, afin d'avancer la minéralisation ». Il a aussi recours au faux semis « pour faire germer les adventices et les épuiser, afin que la culture principale ait un propre. » Il passe ensuite le vibro rapidement et la herse étrille pour casser le faux semis et enfin procéder au semis classique. « Le temps d'observation et le tour de plaine ont doublé sur le Gaec. On fait plein d'essais. Une parcelle de deux hectares nous sert de test », explique encore le salarié. L'implantation des cultures répond à un compromis « entre l'idéal agronomique et l'idéal économique ». Le Gaec essaie aussi de pousser la date des semis pour favoriser la lutte contre les adventices. Mais gare aux cultures d'automne, car il faut se garder un peu de marge pour semer.
« C'est plus gratifiant de travailler comme ça. Les décisions, c'est nous qui les prenons », estime le Sébastien Galmiche.