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Stratégie

" Priorité au pâturage ", le crédo de la ferme de Pixérécourt

La ferme de Pixérécourt, en Meurthe-et-Moselle, a fait le choix d'une conduite économique basée sur le pâturage. Cette stratégie gagnante a été présentée par Bertrand Cailly, le directeur d'exploitation, lors du colloque organisé par Isère Conseil Élevage, à La Côte-Saint-André.
" Priorité au pâturage ", le crédo de la ferme de Pixérécourt

Pour augmenter la valeur ajoutée à l'hectare de l'exploitation, les responsables de la ferme de Pixérécourt (1) auraient pu augmenter leurs volumes ou travailler sur les prix en se dirigeant vers la vente directe ou l'agriculture biologique. Ils ont préféré s'intéresser à leurs charges de structure et à leurs charges opérationnelles. Bertrand Cailly, le directeur d'exploitation, est venue présenter la stratégie suivie, à l'occasion du colloque technique interdépartemental organisé par Isère Conseil Elevage, le 10 février, à La Côte-Saint-André.

Un système alternatif

La ferme de Pixérécourt s'étend sur 280 hectares de Sau (140 hectares de pelouses calcaires et 140 assolés en prairies temporaires en alternance avec des céréales et de la luzerne) et fait travailler quatre personnes. Elle est composée d'un atelier de 75 vaches laitières croisées qui produisent 420 000 litres de lait, d'un atelier ovin de 200 brebis et 50 béliers, de 26 hectares d'agroforesterie, d'un accueil à la ferme et d'un magasin de vente directe. « L'exploitation, telle qu'elle est conçue, nous donne beaucoup de surfaces à gérer, mais ne nous permet pas une importante récolte de fourrage. Avec le contexte pédo-climatique que nous avons, cela ne sert à rien d'engager des frais dans ces parcelles. Nous avons donc cherché à valoriser l'existant, à développer le pâturage des vaches et l'autonomie alimentaire des ovins. En semant des prairies temporaires, nous espérions travailler moins pour gagner autant, voire plus », explique Bertrand Cailly. L'objectif des salariés de la ferme était de placer l'homme au centre d'un système cohérent, organisé autour du sol, des plantes et des animaux.

Leur stratégie était de mettre en œuvre un système alternatif pour atteindre le meilleur compromis possible entre la technique, l'économie, l'environnemental et le social. Ils tenaient à un système basé sur l'élevage qui permet plus d'emploi que des grandes cultures et comme ils étaient quatre à travailler et à se remplacer dans l'exploitation, ils ont souhaité que le système soit le plus simple possible et qu'il leur permette de bonnes conditions de travail.

Priorité à la pâture

Les responsables de la ferme ont donc commencé par mettre en place du pâturage tournant dans les prairies temporaires. Ils ont arrêté le labour et réduit « drastiquement » les concentrés chimiques au profit de concentré fermier. Pour bien gérer la pâture, clé de voûte de leur système, ils ont construit un important réseau de chemins et installé, en tout lieu, des points d'eau. L'objectif est que les vaches pâturent le plus longtemps possible, de jour comme de nuit. Elles sortent donc dès que les conditions le permettent, dans 26 paddocks découpés de façon fixe, qui peuvent encore être morcelés, si besoin. Le chargement est ponctuellement important sur les prairies mais les animaux changent souvent de paddock. Un herbomètre est utilisé pour définir les parcelles les plus propices à accueillir les animaux. « C'est une technique qui nous permet d'optimiser le pâturage et qui nous rassure. Cela permet de laisser un temps de repos à l'herbe et de calculer les jours d'avance dont nous disposons », souligne le directeur d'exploitation, qui reconnaît que le système n'est possible que grâce à la situation de ces parcelles autour de l'exploitation. Les vaches ne font pas plus d'1,5 kilomètres pour s'y rendre. Certes, cela peut prendre un peu de temps pour les accompagner (jusqu'à 45-50 minutes), mais cela évite de leur donner à manger. « La priorité est donnée à la pâture. C'est la conduite que nous avons choisie en estimant qu'un hectare d'herbe récolté coûte plus cher qu'un hectare d'herbe pâturé. Et, pour que le système soit efficace, nous suivons la logique jusqu'au bout. Il ne servirait à rien de naviguer entre deux systèmes », soutient Bertrand Cailly.

Des résultats économiques

Pour autant, 80 % du troupeau constitué de Prim'holstein n'était pas adapté à ce changement. Les salariés de la ferme ont pensé croiser les bêtes pour améliorer les performances du cheptel (qu'il ait une meilleure réussite à la reproduction, permette une meilleure qualité du lait et engendre peu de problèmes de mammites ou de boiteries). Ils ont donc réalisé un croisement cinq voies pour maximiser l'effet d'hétérosis (2) et ont choisi des races relativement éloignées génétiquement : des prim'holstein, des jersiaises, des normandes, des montbéliardes et des rouges suédoise. La démarche a interpellé les éleveurs isérois, notamment les passionnés de race. Bertrand Cailly ne soutient pas qu'elle doit être érigée en modèle, mais il revendique les résultats économiques qui ont suivi, ainsi que l'amélioration des conditions de travail des salariés qu'elle a permis.

 

(1) de l'établissement public local d'enseignement et de formation professionnelle agricole de Meurthe-et-Moselle

(2) L'hétérosis est un effet spécifique du croisement entre deux races différentes, qui se traduit pour les animaux croisés par des performances supérieures à la moyenne de leurs deux races parentales.

Isabelle Brenguier

One man show

En venant au colloque organisé par Isère Conseil Elevage, le 10 février, les éleveurs isèrois, drômois et ardéchois ne s'attendaient pas à assister à un one man show. Et pourtant. La présentation d'Hervé Gougeon, président du Groupe Edifia et spécialiste de la motivation et de la performance en entreprise, n'a pas manqué de surprendre ses auditeurs.
Avec beaucoup de bon sens et autant d'humour, Hervé Gougeon a donné des pistes pour dépasser ses freins et rompre avec ses préjugés pour provoquer la réussite de son entreprise. Car, selon lui, « réussir est d'abord un état d'esprit ».  A partir de situations quotidiennes, Hervé Gougeon a identifié les sources de difficultés et d’échecs : « les préjugés, « l'excusite » (l'art de se trouver des excuses), le non-respect des engagements », et aussi quelques clés de réussite : « avoir un but et un plan pour l'atteindre, être persévérant et enthousiaste ».
La conférence était drôle et dynamique, mais n'oubliait pas de faire passer des messages. « C'est à chacun de modifier son comportement pour atteindre ses objectifs. Il faut s'engager, être unis, saisir les opportunités. Il faut être acteur et non pas spectateur de son avenir », a-t-il lancé. « Prenez-vous pour des gens importants, vous serez des gens importants », a-t-il asséné. Il estime encore qu' « il ne faut pas travailler plus, mais travailler mieux, car nous ne sommes pas payés pour travailler, mais pour avoir des résultats ».
IB