Produire en bio, � pour aller plus loin �
Installé à Saint-Bonnet-de-Chavagne depuis 1995, ce jeune quadragénaire a repris l'exploitation familiale en diversifiant progressivement les productions. Son père avait commencé avec le tabac, puis le maïs semence. Denis Farconnet a donc continué les semences mais, au vu du marché très optimiste, a aussi augmenté la surface des noyers : son verger est passé de trois à dix hectares, avec d'importantes plantations autour de 2002. Il fait de la noix sèche, de la Franquette. « Historiquement, ici, ce ne sont pas des terres à noix, et tout est en irrigation… » Mais Denis espère, à terme, sur les 14 hectares de noyers travaillés, un rendement d'environ 30 à 35 tonnes. « Pour le moment, nous sommes qu'à un tiers de la production ». Mais ces dernières années, il a pu implanter des semences entre les jeunes noyers, histoire de ne pas immobiliser trop de terrain. Car au total, Denis travaille quelques 48 hectares, en semences maïs et aussi blé et soja. Des cultures contraignantes qu'il souhaite réduire, même s'il ne veut pas tomber dans la monoculture, qui comporte aussi des dangers.
« Techniquement jouable »
Pour ses noyers, Denis était déjà en lutte raisonnée : c'est à dire qu'il avait arrêté de traiter chimiquement contre les nuisibles, utilisant le piègage des insectes et des traitements agréés par l'agriculture biologique. « Dans leur ensemble, les agriculteurs ont fait beaucoup d'efforts sur ces problèmes. Le bio va juste un peu plus loin. Mais, techniquement, ce n'est pas si simple. » Depuis deux ans, il a fait le choix de la culture de noix biologique, ses vergers sont en phase de conversion. Il utilise donc d'autres techniques, notamment pour le désherbage sur le rang (entre les noyers) qui s'effectue cinq à six fois dans l'année. Denis a investit dans un broyeur sur lequel se greffe un satellite déporté qui passe entre les arbres. Ensuite pour le ramassage, même technique, une sorte de bras-balais se déporte et ramène les noix. « C'est plus long et moins facile à ramasser », avoue Denis, « mais la conversion bio en nuciculture, ce n'est pas ce qu'il y a de plus complexe, c'est techniquement jouable », affirme-t-il.
Cohérence sur l'exploitation
Poursuivant sa logique, et être autonome pour la fertilisation en n'achetant plus de fumier bio, Denis se lance dans une activité complémentaire : un poulailler bio. « Je ne voulais pas de l'industriel, mais quelque chose qui reste d'une taille raisonnable. J'ai tout juste fini la construction du bâtiment (1 300 m2) et les 6 000 poules pondeuses, qui ont un parcours de trois hectares, ont fait leur rentrée ! » Un nouveau revenu non négligeable puisque Isabelle, sa femme, songe à le rejoindre sur l'exploitation pour le seconder et goûter à une qualité de vie sans plusieurs heures de transport par jour. Cette diversification d'activité est en cohérence avec le reste de la démarche : les fientes seront compostées afin d'améliorer la matière organique d'un sol relativement pauvre. « C'est le retour de la fumure à la terre, comme dans le temps », se réjouit Denis. « Le bio, ce n'est pas pour valoriser un produit, d'autant que pour la noix, l'AOC le fait très bien », c'est une vraie démarche personnelle. « Nous sommes sensibles aux questions environnementales. Nous faisions attention à notre propre potager, alors pourquoi ne pas élargir la démarche à une échelle plus importante », avance Isabelle. « Chacun essaye d'amener sa pierre à l'édifice », renchérit Denis qui explique qu'il y a aussi des soutiens dans cette aventure : « la Pac finance la conversion avec des aides à l'hectare la première année, et en fin de parcours, Coopenoix* valorise les noix bio, avec un tarif supérieur de 30 à 40 centimes par kilo »...
L'horizon n'est pas bleu pour autant, et chaque année apporte son lot d'inconnues… Si au début de l'été les conditions de récoltes semblaient excellentes, ce n'est plus le cas, un champignon aurait frappé et fait noircir les noix. Denis craint déjà 30% de pertes sur certaines parcelles, et au final pas plus de 14 tonnes de noix sur les 20 attendues…
Ingrid Blanquer
* « La filière bio existe depuis au moins 15 ans » dans la coopérative nucicole, explique son directeur, et elle représente 5 à 6 % des volumes, soit 300 à 400 tonnes de noix.