Profiter d'une crise pour se repositionner
Le coup de semonce a retenti il y a deux ans, avec l'équitaxe. Exigé par l'Union européenne, le passage de la TVA à taux plein sur les activités équestres (20 % contre 7 % auparavant) plombe l'équitation française. Peu après, le gouvernement engage la réforme des rythmes scolaires. En instaurant l'école le mercredi matin, il prive les centres équestres de 20% de leur activité du jour au lendemain. Il n'en faut guère plus pour que la filière entre en récession. Sauf exception. La conjugaison de ces deux chocs a en effet poussé certains centres à se remettre en cause et imaginer de nouvelles pistes de développement. C'est le cas de La Cavalcade, à Saint-Vérand, qui a profité de la secousse pour faire sa révolution.
Une longueur d'avance
« On savait que si on ne passait pas la vague, on coulait », résume Isabelle Ghesquiers qui, avec son compagnon Pascal Léon, a démarré La Cavalcade en 1996. Un projet un peu atypique au départ (« Quand on nous a vus arriver, on nous a pris pour des fous », se souvient Pascal, lui-même fils d'agriculteur), mais qui trouve rapidement sa place dans un territoire alors dépourvu de structure équestre professionnelle. Très vite, les enfants des communes alentour affluent, bientôt suivis de leur parents. Forts d'une première expérience professionnelle dans le tourisme, Isabelle et Pascal savent que la réussite d'un tel projet passe par le sens de l'accueil, la convivialité et le plaisir de monter à cheval, bien plus que par la recherche de la performance sportive. Et ça marche. Autre atout dans leur besace : la pratique de l'équitation éthologique, un « art de vivre » le cheval qui vise à interagir avec l'animal tout en prenant en compte sa nature. « Quand nous avons démarré cela, nous avions une longueur d'avance, raconte Isabelle. Aujourd'hui, l'éthologie, chez nous c'est identitaire, c'est notre force. »
« Une longueur d'avance ». Une petite expression qui explique que l'entreprise se soit toujours tirée des situations les plus délicates. En 2003, un premier tassement du chiffre d'affaires (dû à l'augmentation des charges et à la diminution des marges) envoie un signal d'alerte. Une rapide enquête montre que La Cavalcade pèche côté marketing et communication. Pascal et Isabelle font appel à un professionnel local qui leur donne quelques tuyaux : le travail porte très vite ses fruits. Dix ans plus tard, la réforme des rythmes scolaires débarque et se traduit cette fois par une baisse d'un quart du chiffre d'affaires. Comment survivre à ça ? « Isabelle a eu une idée de génie », s'enorgueillit Pascal : proposer des séances d'équitation pour les tout petits qui, par définition, n'ont pas cours le mercredi matin. Isabelle se forme et met en place les premières séances. Le bouche-à-oreille fonctionne à plein. Les parents sont ravis, les bébés aussi.
Bouffée d'oxygène
La révolution ne s'arrête pas là. Démarché par un consultant spécialisé dans « l'optimisation des centres équestres », Pascal se prête à un « audit léger » qui met en évidence quelques dysfonctionnements. « Ça m'a fait l'effet d'un électrochoc, explique-t-il. Le consultant m'a dit : C'est bizarre, ton club a du mal à tourner, alors que d'autres, qui sont dans la même configuration, tournent bien. » Désireux d'évoluer, le couple commence par suivre une formation de dirigeant de centre équestre, où on leur cause méthode, structuration du temps de travail, étude des marchés... « Moi, j'ai surtout retenu qu'il fallait définir les missions de chacun, tout en restant polyvalent », confie Isabelle. Résultat : La Cavalcade décide d'embaucher Camille pour lui déléguer l'accueil téléphonique, le travail administratif, la communication et la facturation. « Camille, c'est la bouffée d'oxygène de ces deux dernières décennies : je me réapproprie mon métier », se réjouit Isabelle. Désormais, pendant que Pascal s'occupe de l'entretien et des aménagements, Isabelle se consacre aux cours et à la vie du club. L'investissement que représente le salaire de Camille s'avère largement rentable : « Comme nous n'étions pas toujours au bout du fil, nous perdions de nombreux clients. » La preuve : sur l'exercice 2014-2015, La Cavalcade a augmenté son chiffre d'affaires de 16%. Et il paraît que « c'est encore mieux cette année ».
Marianne Boilève
Isère cheval vert relève la tête
Après avoir subi de plein fouet la hausse du taux de TVA et les conséquences des nouveaux rythmes scolaires il y a deux ans, les centres équestres relèvent la tête. Lors de leur assemblée générale, les adhérents d'Isère cheval vert ont dressé un bilan plus qu'honorable des actions engagées pour soutenir la filière dans le département. La partie n'est pas gagnée, mais on sent émerger une réelle dynamique. Actions de formation, inauguration de nouveaux itinéraires, partenariats avec les acteurs du territoire : les pistes explorées visent toutes à conquérir de nouveaux segments de clientèles. Isère cheval vert s'est notamment fait le relais de « Tous sur le web », une opération menée par le Département pour accompagner les entreprises touristiques dans la définition de leur stratégie marketing et du développement de leur activité sur le web. L'association va elle-même refondre son site web pour en améliorer la visibilité et mieux mettre en valeur l'offre des adhérents.Côté partenariats, les projets engagés avec le CAUE (« Vivre le paysage en attelage ») et les différents acteurs du territoire (Département, syndicat mixte, associations...) confirment la pertinence des actions au long cours, notamment en direction du jeune public et des personnes handicapées (lancement du projet « Trièves, cheval et handicap »). Petite nouveauté cette année : une initiative née à Faverges-de-la-Tour où, dans le cadre des activités périscolaires, les enfants ont construit une signalétique et un cheval tout en matériaux de récupération pour indiquer le chemin du Relais-Cyné (maison de la chasse) de la commune. Le canasson sera mis à l'herbe au printemps, à l'occasion de l'inauguration des itinéraires équestres des Vals du Dauphiné.
MB