Projet Adamont : un bilan positif
Moins de neige, moins d’eau, forêts sensibilisées… la liste des conséquences du changement climatique pour le massif du Vercors fait peur à voir. Mais pour l’Irstea, ce n’est pas une fatalité. « On a eu une bonne participation des acteurs du territoire dans le projet. Ils sont motivés à inverser la tendance », explique Delphine Piazza-Morel, coordinatrice du projet Adamont. « Ils mettent déjà en place des réponses au changement climatique mais elles sont souvent sectorielles. Notre but est de les faire communiquer entre eux. » Preuve que le sujet mobilise, plus de 120 personnes étaient présentes à la réunion bilan organisée par l’Irstea à Autrans, durant le festival du film de montagne. Au travers des six ateliers menés, plusieurs actions ont été listées afin d’adapter la région au changement climatique. Premier volet du programme : la ressource en eau. Afin de prévenir les problèmes de sécheresse, il faut connaître les citernes existantes réhabilitées, préserver la qualité de l’eau en évitant les zones de pâturage en amont, et vérifier sa disponibilité et son usage au quotidien. « Comment on va satisfaire en eau le touriste d’en-bas qui monte et l’agriculteur lors d’un été chaud ? », commence un participant présent dans la salle. En effet, la cohabitation entre les acteurs du territoire est un enjeu primordial de l’adaptation au changement.
Eviter la concurrence entre acteurs du territoire
« On doit adapter l’élevage au manque d’eau », enchaîne la coordinatrice. Les agriculteurs peuvent par exemple favoriser les races rustiques, résistantes à la sécheresse. Ils peuvent aussi exploiter les zones intermédiaires et favoriser l’utilisation partagée des infrastructures liées à l’eau. Mais là encore cette utilisation partagée ne concerne pas uniquement les professionnels mais aussi la venue saisonnière des touristes. En effet, s’il y a moins de neige à l’avenir, le tourisme hivernal est mis à mal. Deux pistes sont envisagées : la première est d’entretenir une neige de culture. Qui dit moins d’eau, dit également difficulté à maintenir cette neige d'appoint… « La deuxième piste est donc l’adaptation des stations qui doivent songer à développer les activités qui ne seront pas dépendantes de l’eau et de la neige », explique Delphine Piazza-Morel. Il est par exemple possible de valoriser les espaces récréatifs comme les espaces forestiers. Dès lors, les modifications du tourisme vont concerner les acteurs travaillant en forêt, autant en été qu’en hiver. Ces derniers vont devoir adapter les forêts à la sécheresse, éviter les coupes rases et développer d’autres espèces venues du Sud. « On doit prévenir l'inadaptation, on doit éviter la concurrence avec les actions des autres acteurs », argumente la coordinatrice.
Toutes ces mesures visent à améliorer l’adaptation au changement climatique. Elles ne prennent pas forcément en compte des mesures d’atténuation, ni toutes les innovations mises en place sur le territoire. Cependant, « On a une volonté de continuité entre les acteurs principaux et les acteurs en marge qui sont précurseurs », justifie Delphine Piazza-Morel.
Construire une cohérence à tous les niveaux
« Donnez-nous quelque chose de positif à dire ! » s’exclame un élu présent dans la salle. Car c’est là que le bât blesse : le temps politique n’est pas le temps climatique… « On cherche justement à repérer les verrous réglementaires et techniques pour la mise en place de ces adaptations », explique Emmanuelle George directrice de l'unité de recherche Développement des territoires montagnards à l’Irstea de Grenoble. Le projet Adamont doit servir de support pour réviser le plan national d’aide au changement climatique (PNACC). En effet, le premier PNACC s’étalait de 2011 à 2015. « Il était très fin, très frustre… charge aux territoires de le rendre plus opérationnel, explique Emmanuelle George, un nouveau PNACC est prévu pour l’an prochain, plus détaillé et beaucoup plus construit. » Les actions des territoires ne sont pas indépendantes les unes des autres, « Il faut une cohérence des stratégies, une planification. » Et cela à tous les niveaux… « La région a décidé de financer des canons à neige pour 31 millions d’euros. Il faut choisir si l’on veut prolonger le modèle actuel ou non », dénonce une personne de la salle. « Mais les élus ne sont pas tout, ils sont le reflet de leurs citoyens ! » se défend une élue présente dans la salle. « Les gens n’ont pas conscience que +4°C, c’est le climat de l’Espagne qui nous arrive », poursuit-elle. Des prises de bec au niveau local et régional mais qui peuvent s’étendre au niveau national voire européen. « Il faut éviter par exemple de se télescoper avec la PAC sur les questions d’agriculture », explique Emmanuelle George. Ainsi, la dernière étape du projet Adamont est la construction d’une base de données regroupant toutes les actions menées sur le territoire. Delphine Piazza-Morel en est convaincue : « Le but est d’intéragir et d’échanger de l’information. Peut-être que ce que vous mettez en place pourrait servir à une autre personne dans un autre domaine. »
Virginie Montmartin