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Elevage

Prophylaxie : le GDS fait une piqûre de rappel

Lors de son assemblée générale, le 2 septembre à Rives, le GDS s'est appuyé sur l'exemple de la crise Covid pour rappeler l'importance de la prévention et de la lutte collective contre les maladies.
Prophylaxie : le GDS fait une piqûre de rappel

Entre les ensilages et le beau temps, l'assemblée générale du GDS, qui s'est tenue le 2 septembre à Rives, n'a pas déplacé les foules. D'autant que, fidèle à sa mission prophylactique, le Groupement de défense sanitaire isérois a imposé le masque à tous les participants. C'est donc couvert que le président a ouvert la séance. Revenant sur la crise sanitaire, Jean-Yves Bouchier explique combien elle a bouleversé les organisations tant professionnelles qu'associatives. « Malgré la Covid, le GDS a toujours fait le job, même si ça n'a pas toujours été facile, souligne-t-il. Nous étions conscients des risques, mais le personnel a accepté de jouer le jeu, car on ne peut pas tout arrêter quand on fait de l'élevage. En revanche, nous qui avions un conseil d'administration vivant et efficace, il faut reconnaître que les liens se sont distendus. Il va falloir rapidement retrouver le contact. »

Car la pandémie de Covid n'a pas fait disparaître les impératifs de prévention en termes de santé animale. Elle a au contraire « mis en lumière la nécessité d'être préparés aux crises sanitaires », insiste Jean-Yves Bouchier dans son rapport moral. Il sait de quoi il parle : le GDS lutte depuis des années contre plusieurs plusieurs maladies, dont la BVD (diarrhée virale bovine), l'IBR (rhinotrachéïte infectieuse bovine), en passe d'être maîtrisée, et la besnoitiose, maladie émergente... et inquiétante.

Eradiquer la BVD

Devenue maladie réglementée de deuxième catégorie suite à un arrêté ministériel pris au cours de l'été 2019, la BVD fait désormais l'objet d'un dépistage obligatoire chez les veaux par prélèvement du cartilage auriculaire (arrêté préfectoral du 23 octobre 2019). « L'objectif national est l'éradication de la maladie », précise Laura Cauquil, la vétérinaire du GDS. La présence du virus dans le troupeau peut en effet entraîner d'importantes pertes économiques directes et indirectes (troubles de la reproduction, troubles de santé, mortalité des IPI, baisse de production...). En Isère, entre juillet 2019 et fin janvier 2020, 46 cas ont été détectés positifs sur 10 675 cartilages analysés (0,4%). C'est peu, mais encore trop.

Ayant fait le choix d'accompagner les éleveurs adhérents, le GDS a engagé d'importants moyens financiers dans la lutte contre la BVD (prise en charge de 2,50 euros pour chaque cartilage analysé, indemnisation entre 80 et 150 euros pour un bovin IPI découvert et éliminé dans le cadre d’un plan BVD). Une politique payante, puisqu'en janvier 2020, 72% des exploitations ont dépisté au moins un veau. Et ce taux continue de croître à mesure que s'épuise le stock de boucles d'identification conventionnelles, remplacées par des boucles à prélèvement BVD.

Les alpages dans le viseur

En 2019, cette politique volontariste a également concerné les concours d'élevage et les comices. Dix d'entre eux (sur 11) ont accepté le règlement sanitaire proposé par le GDS (prise en charge de 100% des analyses pour les adhérents du GDS). Résultat : sur les 800 bovins isérois testés, aucun n'a été détecté positif à la BVD, mais cinq l'ont été à la besnoitiose. « Ça a marché parce que du respect du règlement sanitaire dépendait le versement des subventions départementales, confie un responsable du GDS. On va leur souffler de faire la même chose dans les alpages ! »

C'est en effet l'un des points noirs auxquels se heurte le GDS, notamment parce que la besnoitiose n'est pas considérée comme une maladie grave par les éleveurs. En 2019, sur les 48 alpages bovins que compte le département (7 372 animaux, dont 77% isérois), seuls sept ont dépisté leurs bêtes avec un kit alpage à la montée et neuf à la descente. Or, ces kits ont permis de détecter trois bovins positifs à la BVD à la montée. Pour la besnoitiose, sur l'ensemble des bovins contrôlés, 6,5% ont été testés positifs à la montée et 25% à la descente. « Il y a encore beaucoup de petits alpages qui font peu ou pas d'effort et ça reste un problème. Pour la besnoitiose, nous n'avons pas de moyen de pression. On n'aura pas fini de se débarrasser de la BVD qu'on aura un séisme avec la besnoitiose », prédit le président du GDS. Un diagnostic partagé par la Fédération des alpages de l'Isère, dont la représentante, Céline Barrère, suggère de travailler la question avec les vétérinaires « pour leur faire prendre conscience du problème ».

Ne pas négliger la besnoitiose

Méconnue car apparue récemment en Rhône-Alpes, la besnoitiose est une maladie parasitaire qui se transmet par les piqûres d'insectes hématophages (taons, stomoxes...) et peut se propager par les mouvements d'animaux infectés, notamment en estive. Difficilement détectable (méconnaissance, premiers symptômes non spécifiques : fièvre, essouflement, écoulement nasal...), elle peut avoir des conséquences graves (stérilité des taureaux, dégradation de l'état général...). D'où les efforts menés par le GDS pour dépister la maladie. Il a ainsi mis en place une surveillance sur le lait de tank qui a permis de détecter 46 élevages positifs en 2019, d'engager une trentaine de plans de lutte et une quarantaine d'assainissement par l'élimination des animaux positifs. Mais, avertit Jean-Yves Bouchier, « 10% des élevages laitiers atteints, ça fait vraiment souci ».

Marianne Boilève

Cheptel isérois : une dynamique contrastée

Si le nombre de bovins baisse continuellement depuis six ans (un peu plus de 150 000 bêtes en 2014 contre 140 000 aujourd'hui, viandes et laitiers confondus), les cheptels ovins (910 élevages en 2020) et caprins (543) semblent résister, et même se développer pour ce qui est du cheptel porcin.
« C'est la première que l'on perd des bovins dans le département, alerte le président du GDS, Jean-Yves Bouchier. Non seulement on perd des éleveurs, mais on perd aussi des animaux. C'est inquiétant. » En effet, les exploitations s'agrandissent, mais le nombre d'éleveurs se contracte : ils étaient 2 400 en 2014, ils sont à peine 2 000 aujourd'hui. En cause, bien sûr, les crises à répétition des filières lait et viande, les cessations d'activités, mais également les épisodes de séchesse récurrents qui contraignent certains éleveurs à décapitaliser. En revanche, du côté des élevages porcins, les courbes progressent régulièrement : il y avait 179 élevages en 2014, ils sont 222 aujourd'hui. Boostés sans doute par la demande en porc local.
MB