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Environnement

Quand la biodiversité et le loup ne font plus bon ménage

Fabien Mulyk, vice-président délégué de l'Isère en charge de la forêt et de l'environnement, a lancé la campagne annuelle de sensibilisation dans les espaces naturels sensibles sur le site du Peuil, à Claix. Un secteur entretenu par un troupeau de brebis, mais aussi fréquenté par le loup.
Quand la biodiversité et le loup ne font plus bon ménage

Le loup a commis des dégâts le mois dernier à Claix. Comment allez-vous gérer cette situation sur le site du Peuil qui accueille un troupeau de brebis pour entretenir l'espace naturel sensible ?

Sur le site, les choses sont bien aménagées. Le berger bénéficie d'une convention pour occuper la ferme du Peuil, qui est équipée d'un tunnel : c'est plus qu'un parc de nuit. Mais nous n'avons pas encore évoqué la question de l'utilisation d'un chien de protection, comme cela se pratique déjà sur l'espace naturel sensible (ENS) du col du Coq, en Chartreuse. Et si le berger demande un tir de défense, nous ne nous y opposerons pas.

Vous évoquez le site du col du Coq, en Chartreuse. Les troupeaux y ont-ils subi des attaques ?

Pas pour l'instant, mais le passage du loup et sa présence ont été signalés. Il y a un troupeau de moutons qui pâture sur l'ENS de mi-juin à début octobre. Le berger s'est équipé de chiens de protection. La seule chose que j'ai demandée, c'est que les chiens soient enlevés quand il y a des visites scolaires. Vous savez, ce qui se passe aujourd'hui dans l'agglomération grenobloise, cela fait douze ans que nous le subissons en montagne. En Matheysine, dans le Trièves, ça cartonne tous les jours. Nous sommes très désarmés. Mais pour moi, la réponse à une attaque ne peut être que létale.

Qu'entendez-vous par là ?

La bonne méthode de  prélèvement, je ne l'ai pas. Mais quand on voit qu'un jour, on vous autorise la lunette de vision nocturne et que le lendemain, on vous la retire parce que le rythme de prélèvement est trop rapide, on se dit qu'il y a un problème avec une administration infiltrée par des militants écolos.

Existe-t-il d'autres espaces naturels sensibles considérés comme critiques en Isère ?

La présence du loup a été relevée aux Ecouges et sur tous les sites du Vercors. Aux Ecouges, pour l'instant, ce sont des bovins. Nous n'avons eu que quelques bêtes affolées, mais il faut rester vigilant.

Comment le Département parvient-il à concilier gestion d'un ENS avec les troupeaux et présence du loup dans de telles conditions ?

Nous avons des conventions de pastoralisme qui précisent les conditions des activités agro-pastorales adaptées aux espaces à préserver. Il faut par ailleurs que nous mutualisions les moyens avec les éleveurs et que nous partagions les informations. Si nos guides nature ont repéré une présence de loup, il faut qu'on prévienne les éleveurs. De même parfois, s'il faut installer ou déplacer une clôture, nos agents peuvent donner un coup de main.

La question du loup est-elle expressément évoquée dans les conventions de pastoralisme que le Département signe avec les éleveurs ?

Elle ne l'était pas jusqu'à présent, mais c'est un sujet que je mets systématiquement sur la table et sur lequel j'insiste. Les éleveurs n'osent pas forcément poser la question car ils se retrouvent en face d'agents au profil naturaliste et qu'ils craignent sans doute que ce soit mal perçu. Mon job à moi, c'est de libérer la parole et de faire en sorte que les deux mondes discutent, car la volonté du Département, c'est de maintenir l'activité pastorale sur les milieux, car nous en avons besoin pour entretenir les espaces. Sinon, l'alternative, c'est la débroussailleuse et le pétrole !

Quelle est votre position vis-à-vis de la question du loup ?

C'est un animal qui me fascine. Mais pour moi, les choses sont claires. Quand un loup mange un chevreuil, c'est de la biodiversité. S'il régule la population de cervidés dans les forêts, c'est très bien, car nous en avons trop. Quand le loup s'attaque à un troupeau, ça devient un problème. Et il faut savoir mettre le hola.

Propos recueillis par Marianne Boilève