Accès au contenu
Elevage ovin

Quand la passion des brebis et de la transfo sert à l'installation

Depuis le 1er mars 2018, les coteaux de Varacieux accueillent un troupeau de brebis laitières. Aurélien Chevallier, jeune agriculteur passionné, les élève et transforme leur lait.
Quand la passion des brebis et de la transfo sert à l'installation

« L'agriculture a toujours été une passion pour moi. Je n'ai jamais voulu faire autre chose », déclare Aurélien Chevallier, éleveur ovin, installé à Varacieux, dans le Sud-Grésivaudan. « Quand j'étais petit, alors que je n'avais que cinq ans, j'allais chez mon voisin qui faisait des fromages de chèvres. J'y allais tous les jours. Il m'a tout appris », ajoute-t-il, enthousiaste. Au début, le jeune éleveur était plus intéressé par les vaches laitières. Mais rattrapé par les réalités de terrain et notamment par la faible disponibilité du foncier dans le secteur, il s'est réorienté vers les moutons. Comme il voulait fabriquer des fromages, que son père détenait déjà quelques brebis allaitantes, qu'il avait des amis dans l'Aveyron qui avaient un troupeau, il a vite été convaincu. D'autant qu'il aime beaucoup le contact avec cet animal : « Si tu soignes bien tes brebis, elles te le rendent toujours », estime-t-il.
Son bac pro CGEA (Conduite et gestion de l'entreprise agricole) en poche, Aurélien Chevallier a préparé son installation. Petit à petit. Commençant par constituer son troupeau, il s'est fait la main avec une dizaine de brebis laitières qu'il logeait chez son voisin. Puis, avec les bases de la petite exploitation paternelle (un bâtiment avec une dizaine d'hectares, dont 4,5 de noyers), il s'est installé, agrandissant la construction initiale et bâtissant une salle de traite et une fromagerie.
Le jeune agriculteur est installé depuis le 1er mars 2018, avec 80 brebis laitières et leur suite. « J'ai constitué mon troupeau avec une majorité de lacaunes pour le lait et des manech tête noire pour leur instinct maternel et la qualité de leur lait. En plus, leur morphologie est plus adapté au terrain accidenté de Varacieux ».

Combinaison intéressante

Aurélien Chevallier est conscient des enjeux d'une installation en agriculture, de la construction d'une fromagerie, des normes à respecter et des investissements financiers que cela représente. « Il ne faut pas avoir peur car une fois que l'on a commencé, on ne peut plus faire marche arrière », souligne l'agriculteur. Mais motivé, il a franchi le pas, tout en étant très vigilant dans ses engagements financiers. Aidé par ses parents qu'il rembourse peu à peu pour l'achat de son troupeau et la construction de sa fromagerie, il ne concède qu'un emprunt à la banque de 30 000 euros pour l'acquisition d'un tracteur. Un appel aux dons sur la plateforme de financement participatif Miimosa lancé par sa sœur, lui a aussi permis de récolter 3 000 euros.
Le problème du foncier pèse dans le fonctionnement de son exploitation. Le manque de parcelles le contraint à trouver les formules les moins coûteuses possibles pour nourrir ses bêtes. Il achète du foin sur pied à Roybon et des mélanges de grains spéciaux pour brebis laitières.
Aurélien Chevallier transforme aujourd'hui environ 100 litres de lait par jour en fromages rond de type Saint-Marcellin, en pyramides et en yaourts. Mais il reconnaît être encore en phase de découverte et de mise au point. Il commercialise ses produits à la ferme sur commande, au sein du marché de Saint-Marcellin, à l'Intermarché de Saint-Sauveur et dans des restaurants et épiceries.
Le jeune éleveur, qui est donc producteur de lait, fromager et vendeur est heureux de son installation. Même si « ce n'est pas évident d'être partout », les activités de chacun de ces métiers sont « nombreuses et variées ». Il estime que l'activité ovine complète bien la production nucicole. « Les brebis mangent sous les noyers, ce qui évite de broyer, de dépenser du gazole et de désherber ». Financièrement aussi, la combinaison des deux ateliers s'avère intéressante. En termes de revenu, il se dégage un salaire. Comme ses charges ne sont pas très conséquentes, il considère qu'il n'a pas besoin de gagner beaucoup.

Développement futurs

Si le fonctionnement de l'exploitation est très proche du cahier des charges de l'agriculture biologique - dans la pratique et la philosophie -, elle n'est pas certifiée. Aurélien Chevallier ne ferme pas la porte à cette possibilité. Mais pour l'instant, il estime que « c'est un peu contraignant, trop tôt sur le plan administratif, et que cela représente beaucoup de charges (de l'ordre de 500 euros par an) ». Ses réflexions de développement futurs portent davantage sur un projet de fabrication de glaces. Il en fait déjà pour lui et sa famille et a constaté que le lait de ses brebis permettait de réaliser un produit très onctueux et léger. « Le projet n'est pas lancé, mais l'idée est à creuser », avance le jeune homme.

Isabelle Brenguier