Quand la pépinière emboîte le pas au tabac
Il est loin le temps où au hameau de Contant à Penol, on cultivait des céréales et du tabac. C'était il y a 20 ans. Aujourd'hui, ce sont des jeunes plants d'arbustes, de haies et d'ornements, ainsi que des plantes vivaces, grimpantes, aromatiques et graminées, qui sont cultivées sur ces mêmes parcelles. Damien Vivier est à l'origine de ce changement.
Le virage a été amorcé dès son installation en 1999, après une expérience de quatre années comme vendeur en jardinerie. Le sujet lui a plu mais il voulait de « l'action et de la prise de décision ». Il voulait s'installer. Son grand-père lui a donc cédé une parcelle dans laquelle il a cultivé 1,5 hectares de tabac et quelques mètres carré de serre pour de la production d'ornement. Les débuts n'ont pas été faciles. Pendant quatre à cinq ans, la pépinière n'a généré aucun revenu, faute de marchés. « On produit beaucoup. On jette beaucoup. Heureusement que la production de tabac, bien assise, comblait les déficits », se souvient Damien Vivier.
Puis, il a trouvé la bonne orientation : les marchés de création. A partir de 2007, il a créé et développé ses plateformes et en 2010, l'exploitation devient SARL (Société à responsabilité limitée). Si l'entreprise est bien lancée, les difficultés ne s'arrêtent pas pour autant. En 2012 et 2013, Damien Vivier a subi deux inondations qui ont mis en péril l'exploitation. L'ampleur du travail pour tout remettre en fonctionnement était telle qu'il a bien failli « baisser les bras ». Mais, aidé de l'ensemble de son réseau, il a réussi à rebondir. Actuellement, l'entreprise, qui emploie huit permanents et quelques salariés saisonniers (pour un total de 12 ETP), travaille 1,6 million végétaux dans sept hectares.
Repenser son exploitation agricole
En perpétuelle recherche de progression, Damien Vivier voulait mettre en œuvre un nouveau moyen de développement de son entreprise. Contacté par la société Reden Solar pour installer une serre photovoltaïque dans laquelle cultiver des plantes horticoles, Damien Vivier a considéré que cette offre représentait pour lui « une vraie opportunité ». Loin d'être effrayé par le fait que cette initiative n'avait jamais été conduite dans une autre pépinière, il se renseigne et accepte la proposition. Deux années ont été nécessaires pour concrétiser le projet. L'entreprise Reden Solar s'est occupée de la mise en place de la serre, du branchement des onduleurs, de la revente de la production des panneaux photovoltaïques et a mis l'outil à disposition de Damien Vivier. Quant à ce dernier, il s'est chargé du terrassement, de l'installation de l'irrigation et de la chaîne de rempotage, pour un montant de 320 000 euros, encouragé par 120 000 euros d'aides à la filière de la région Auvergne-Rhône-Alpes. L'installation de la serre lui a permis de repenser son exploitation agricole, de la restructurer. Il a ainsi augmenté sa gamme pour répondre aux nouvelles sollicitations des paysagistes.
Le pépiniériste se dit satisfait de cet outil « plutôt haut de gamme » qu'il peut utiliser et dont il sera propriétaire... dans trente ans. Composée de onze chapelles de 1 700 mètres carré, la serre s'étend sur une surface totale de de 18 650 mètres carré. Elle est mise en service depuis juillet 2018. Son utilisation s'avérant quelque peu « technique », Damien Vivier a embauché un horticulteur chevronné pour la gérer. Un défi accepté avec enthousiasme par Philippe Blanc. Selon lui, la principale difficulté de cette serre est de bien gérer l'alternance des zones soleil/ombre, générée par la présence des panneaux photovoltaïques. Il lui a fallu faire preuve d'observation pour bien cerner les besoins des plantes et d'adaptation pour mettre en œuvre les solutions limitant les effets de ces zones.
Réactivité
Aujourd'hui, Damien Vivier a la satisfaction de tout maîtriser, de la production à la commercialisation. Même si ceux qui souhaitent acheter directement sur le site peuvent venir, les particuliers ne sont pas la cible de la pépinière. Le pépiniériste commercialise ses produits auprès de paysagistes pour des marchés de plantation, de pépiniéristes pour de la reculture et de collectivités pour des chantiers de plantation. Sa zone de chalandise se situe pour 80% en Auvergne-Rhône-Alpes, le reste au niveau national. Une des marques de fabrique de l'entreprise est sa réactivité. « Nous essayons de fournir le devis correspondant à la commande du client dans la journée et de le livrer en un à deux jours », explique Laura Combe, assistante commerciale.
Isabelle Brenguier