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Vals du Dauphiné

Quand la société civile construit le territoire

Situés au cœur du triangle stratégique Lyon-Grenoble-Chambéry, les Vals du Dauphiné se cherchent. Et c'est pour se construire un projet d'avenir qu'ils ont mené une vaste réflexion sur leur rapport à la ruralité, dont les résultats font aujourd'hui l'objet d'un livre blanc.
Quand la société civile construit le territoire

L'an dernier, les Vals du Dauphiné ont lancé une réflexion collective pour comprendre ce qui faisait « leur » ruralité et, partant, les ferments de leur destin. Au début, l'affaire semblait assez simple. Portée par le comité de territoire TerraVal'd, l'initiative devait se nourrir des échanges engagés au cours des Assises de la ruralité organisées le 31 mai dernier. Un universitaire avait d'ailleurs été sollicité pour accompagner ce travail et contribuer à l'élaboration d'un livre blanc, intitulé « Pour un projet de territoire ». Très vite, le chercheur a perçu que quelque chose d'important se jouait. « Les Vals du Dauphiné sont à la croisée des chemins, analyse Latyr N'Diaye, chercheur en aménagement et développement rural à l'université de Lyon II. C'est un territoire homogène, avec une histoire commune, mais qui ne s'est jamais construit en tant que territoire. C'est son drame. Il en a pourtant tous les atouts. » A commencer par une agriculture solidement ancrée dans le territoire, une industrie et un artisanat riches en activités de pointe, une belle offre touristique et culturelle, une population mêlant agriculteurs, ruraux et « nouveaux habitants soulevant des questions inédites », et une jeunesse en quête de formation et d'emploi.

Fédérer le territoire

Que faire de ce potentiel ? C'est ce dont ont débattu les participants aux Assises et ce qui constitue aujourd'hui le corps du livre blanc. « Si la qualité de vie dans les Vals du Dauphiné fait consensus, rappelle en introduction Didier Villard, président de TerraVal'd, certaines évolutions interrogent les acteurs et les incitent à se positionner sur un certain nombre de questions : qu'est-ce qu'un territoire rural aujourd'hui ? Comment accueille-t-on les nouveaux habitants, souvent d'origine urbaine ? Sur quelles complémentarités construire le développement économique ? » Autant de problématiques qui ont conduit les participants aux Assises à se projeter dans l'avenir. « Le principe de ces Assises n'est pas anodin, observe Latyr N'Diaye. L'organisation d'un tel événement traduit un besoin de fédérer le territoire autour d'une culture du développement local. Depuis longtemps les élus cherchent à regrouper les quatre intercommunalités en un seul et même territoire, tout en sachant que c'est difficile. Ils n'ont pas échoué, mais ils n'ont pas réussi à enclencher de manière significative une démarche groupée et endogène. Avec les Assises, la société civile - emmenée par TerraVal'D - s'empare des problématiques de territoire avec les acteurs du territoire. C'est une manière de montrer le chemin et de lancer une vraie dynamique. »
Mise en chantier à travers un certain nombre de pistes d'action recensées dans le livre blanc, cette dynamique tourne autour de cinq axes : l'agriculture, l'industrie et l'artisanat, le tourisme et la culture, les modes de vie et les services à la population, et la jeunesse. En ce qui concerne l'industrie (25% des emplois locaux, soit 4 points de plus que dans la plupart des secteurs ruraux) et l'artisanat, il est question de développer les liens entre professionnels et jeunes en formation grâce à des projets collaboratifs, de « valoriser l'image des formations et des emplois locaux, souvent méconnus des habitants du territoire », de favoriser les échanges interentreprises, notamment autour de l'innovation, de créer une bourse d'échanges, voire de mutualiser des parcs de machines et matériel à rôle pédagogique pour « rendre plus visible le tissu entrepreneurial dense et riche des Vals du Dauphiné ».

Entretenir la vitalité des lienx sociaux

Pour ce qui est de la vie quotidienne, les participants aux Assises ont fait émerger la nécessité d'adapter les services à une population en plein renouvellement (près d'un cinquième de la population des Vals du Dauphiné y réside depuis moins de cinq ans), tout en entretenant la vitalité des liens sociaux et en renforçant la cohésion sociale : « L'activité professionnelle, les loisirs et la vie associative sont des facteurs d'intégration des nouveaux résidents », soulignent les participantsn qui insistent aussi sur l'importance de « maîtriser les déplacements » et de « développer l'économie résidentielle », dans la mesure où elle « permet de proposer des biens et des services locaux et offre des emplois de proximité ». En expert du développement local, Latyr N'Diaye se montre plus ambitieux pour les Vals du Dauphiné : « C'est un territoire contradictoire qui a trouvé son identité dans l'ouverture. Construire un territoire, c'est s'ouvrir aux autres. Les cloisons n'existent pas : elles ne sont que dans la tête des élus. Et c'est parfois difficile à admettre. » Un premier pas a été fait avec la validation du livre blanc par les  présidents des quatre intercommunalités. Le travail ne fait que commencer.

Marianne Boilève
 

L'agriculture, socle du territoire

Avec 63% de l'espace dédié aux cultures et à l'élevage, les Vals du Dauphiné sont avant tout un territoire agricole et rural. Production laitière (28 millions de litres de lait par an), élevage de bovins destinés à la filière viande, céréales à paille, production de volaille, maraîchage, élevage caprin... Moderne et diversifiée, l'agriculture tire une bonne partie de l'économie locale (un emploi agricole génère six emplois directs ou indirects). Elle n'en est pas moins affectée par de nombreuses mutations dictées par des raisons économiques (fluctuation des cours, volatilité des prix...) et sociétales, qui poussent les exploitants à adapter leurs exploitations (mise aux normes, nouveaux bâtiments...) et à s'organiser pour gagner en performance (travail en Cuma, organisation en Gaec, salariat partagé...). Pour soutenir cette dynamique locale, les participants aux Assises ont estié qu'il fallait donner aux agriculteurs les moyens de « s'inscrire dans des projets locaux innovants et structurants » (méthaniseur à Aoste, espace test agricole à La Tour du Pin...), de « travailler collectivement sur l'offre de produits locaux pour valoriser les savoir-faire et le territoire », de « structurer les acteurs en filières de proximité » et d'« accompagner la mise en œuvre de marchés permettant le déploiement de circuits intermédiaires entre filières traditionnelles et circuits courts ».