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Viticulture

Quand le vignoble s'éveille

Au terme de neuf années de travail opiniâtre, l'association Vignes et vignerons du Trièves tire un bilan encourageant de son action.
Quand le vignoble s'éveille

« Si nous ne faisons rien, il n'y aura plus de vignes dans 10 ans ». C'est de ce constat qu'est née l'association Vignes et vignerons du Trièves (VVT), en 2008. L'urgence était de sauvegarder les vignes familiales et leurs cépages locaux. « Nous sommes partis sur un projet patrimonial et culturel, puis nous sommes montés en puissance et avons développé une opportunité économique pour le territoire », rapporte Gilles Barbe, le président de l'association VVT. Il dit sa grande satisfaction au regard des engagements pris en 2008.
Aujourd'hui, on compte 1,5 hectare de vignes familiales sauvegardées, qu'exploitent 12 propriétaires familiaux et surtout, 7 hectares de vignes nouvelles (dont seulement 1,5 ha en production) et cinq vignerons professionnels qui se sont installés entre 2012 et 2015.

Le retour de l'onchette

Neuf cépages anciens ont été réintroduits : douce noire, persan, joubertin, durif, étraire de la Dhui, verdesse, bia blanc, rayon d'or et altesse. Des cépages régionaux ont aussi été repositionnés : pinot noir, gamay, gamaret, marselan, chardonnay, viognier, gewurztraminer, jacquère, pinot gris et roussanne. La grande fierté de l'association est bien sûr la réintroduction de l'onchette. Ce cépage oublié a fait l'objet d'une véritable opération de sauvetage qui, au terme d'une période expérimentale, a été inscrite au catalogue des cépages français le 19 avril dernier. Deux parcelles d'onchette sont plantées dans le Trièves : 250 plants à Mens depuis 2010 et 275 plants à Prébois depuis 2009. Une réserve de 400 plants attendent en pépinière leur prochaine plantation. « C'est une prise de risque, on a planté sans savoir ce que ça allait donner », explique Gilles Barbe. Mais il garde espoir que ce cépage trouve sa place dans les assemblages locaux. « Avec le réchauffement climatique, les vins sont de plus en plus alcoolisés. Or, ce n'est pas le cas de l'onchette qui, dans un assemblage, peut aider à faire baisser le taux d'alcool des cépages reconnus sans en enlever les arômes ».

Entrée en production

L'association est à un tournant de son action. « Dans les années à venir, nous allons assister à la montée en puissance des vignerons. Il faut encore du temps avant que les vignes produisent et notre objectif est de créer une micro filière viticole dans le Trièves pour consolider la production », annonce Gilles Barbe. L'association vient de céder ses vignes commerciales aux vignerons. Il s'agit des vignes plantées à titre expérimental et qui ont reçu l'accord de France Agrimer pour être exploitées. « Nous conservons le local de vinification à Prébois et leur mettons à disposition le matériel de viticulture », reprend le président. L'association prend aussi en charge un emploi partagé qui donne la main à tous les vignerons dans un vignoble où, en raison de l'altitude et de la pente, le travail manuel est important.
La production dans le Trièves s'est établie en 2016 à 20 hl de la part des vignerons familiaux et 25 hl pour les professionnels. « La production attendue par ces derniers pour 2017 devrait être autour de 50 hl. Nous avons rencontré en 2016 des problèmes de maladie et il y a eu le gel cette année », détaille Gilles Barbe. Les vignes plantées en 2011 et 2012, devraient enfin présenter une production avec quelques rendements. « Il faut être patient, reprend le président. On pense que les vignes peuvent produire au bout de trois ans, dans la réalité, c'est plutôt cinq ou six ans. »

Accompagnement

Pour consolider cet élan, Vignes et vignrerons du Trièves, qui a bénéficié, par le passé, de solides soutiens financiers - publics et privés - cherche un nouvel accompagnement pour la période de césure estimée à deux années. Beaucoup de vignerons sont pluriactifs et aucun ne peut encore se dégager un chiffre d'affaires qui lui permette de vivre de son activité. « Chacun a des objectifs personnels liés à sa capacité d'investissement et au foncier, c'est un travail de fond, rappelle Gilles Barbe. Mais aujourd'hui, nous sommes beaucoup plus crédibles. Le travail que nous faisons est visible et on commence à boire nos vins. »
Le potentiel est donc encore présent pour que se développe le vignoble du Trièves à l'image des plantations de Roissard où Jérémy Bricka, en partenariat avec la commune et VVT a réhabilité une grande partie du coteau. « Il y a aussi le projet d'Avignonet porté par l'association Vignes et vergers du Mas d'Avignonet pour planter 3 000 m2 de vignes », ajoute Gilles Barbe. Prébois, Mens, Vareilles, Roissard, Avignonet : peu à peu les coteaux retrouvent leurs vignes. « Le premier travail engagé par VVT est finalisé : nous avons mis des cépages en place, sauvé des vignes, implanté d'autres, installé des vignerons. Il reste à faire vivre la filière et lui permettre de monter en puissance », considère le président de l'association. Les vignerons du Trièves se réjouissent de ne pas travailler seuls. « Il y a un véritable élan en Isère depuis 10 ans, avec des gens installés récemment et qui partagent le même état d'esprit. »

Isabelle Doucet