Quand les castors font barrage
Les premiers lâchers de castors opérés par l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) dans l'ancienne boucle de l'Isère du Bois français datent de 1997. Deux familles venaient alors de la Drôme. Depuis, les bestioles se sont intégrées aux autres familles de l'Isère, mais certaines ont trouvé dans l'espace naturel sensible (ENS) de la Bâtie un havre fort accueillant, avec ses bois et ses chantournes. Si bien que depuis trois ans, leur présence est devenue embarrassante pour certains. En effet, les barrages construits par les rongeurs au fil des canaux drainant la plaine de l'Isère amont provoquent des débordements, notamment en favorisant l'accumulation de dépôts, de sorte que les espaces agricoles des communes de Saint-Ismier et Saint-Nazaire-les-Eymes s'en trouvent largement inondés. Grandes cultures noyées et castors protégés ne font pas bon ménage. C'est la raison pour laquelle le comité de pilotage de l'ENS de la Bâtie, sous l'égide du conseil général de l'Isère, de l'ONF et des communes du Versoud et de Saint-Ismier, a lancé une étude sur le castor, à la recherche de solutions de cohabitation.
Attirer le castor
Premier constat : le castor se plaît dans l'ENS où il a construit cinq barrages dont deux posent problème quant à l'inondation des terres agricoles. Les solutions proposées portent sur le déplacement du castor ou l'intervention sur l'habitat et les barrages, ces deux propositions étant soumises à de fortes contraintes règlementaires. L'aménagement des barrages peut s'opérer par l'installation de siphons. Autre proposition : l'amélioration de la qualité de l'habitat du castor à proximité des zones concernées par les dégâts serait de nature à l'attirer un peu plus loin, mais pas sûr que le castor soit d'accord. Enfin, les responsables parlent aussi d'employer les grands moyens en déviant le cours d'eau. En soi, ce scénario peut paraître démesuré au regard des investissements colossaux qui devraient être engagés pour résoudre les problèmes posés par un à deux barrages de castor, pour autant, il convient de considérer la question, en amont, du fonctionnement même des canaux et des chantournes.
Etudes et urgences
Alain Lesur, le président de l'association syndicale de Bresson à Saint-Ismier, en charge de l'entretien des canaux, rappelle que d'un point de vue hydraulique, le canal de Bois Claret, draine toutes les eaux pluviales de Crolles à Saint-Ismier, mais recueille surtout les eaux du torrent du Manival. Il rejoint le canal SAFB, qui draine les eaux du ruisseau du Fangeat, pour se jeter dans la chantourne amenant ces eaux à l'Isère. Et c'est à cet endroit précis qu'est installé le barrage litigieux, au confluent de deux canaux déjà surchargés. L'idée serait donc d'évacuer directement les eaux du Manival dans l'Isère, avec le risque d'assécher les canaux, mettant en péril le biotope du castor... Une étude hydrologique est donc lancée, associant le syndicat mixte du bassin hydraulique de l'Isère (Symbhi), la DDT de l'Isère, le conseil général, l'Association départementale Isère Drac Romanche (ADIDR) et l'Office national de l'eau et des milieux aquatiques (Onema).
De l'étude à la prise de décision, puis au lancement de travaux, Alain Lesur compte huit années de délais. Ce qui est beaucoup trop long face aux inondations récurrentes pour les douze agriculteurs touchés. Ils ont d'ailleurs signé une pétition pour demander à ce que barrage soit levé dans l'urgence afin que cessent les débordements et les dégâts sur les cultures. Une telle demande avait déjà été formulée en 2011 auprès de l'ONCFS, qui avait donné son accord. Las, peu de temps après les castors avaient repris leur industrieuse activité.