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Infrastructures

Quand les Espinasses pompent efficace

Le projet de substitution et d'extension de l'Asa des Espinasses dans le Sud-Grésivaudan a mis cinq ans pour sortir de terre. C'est un des plus gros chantiers d'irrigation lancé dans le département à ce jour.
Quand les Espinasses pompent efficace

Cinq ans, c'est le temps qu'il a fallu à Nicolas Isérable pour qu'aboutisse le projet d'irrigation de l'Asa des Espinasses, principalement situé dans la commune de Chatte. « Ce sera le dernier grand projet avant longtemps », indique assurément le nuciculteur qui a porté la démarche. En effet, le périmètre de l'ASA s'étend désormais sur 360 hectares et concerne une quarantaine d'irrigants. Il s'appuie sur une Cuma qui existait depuis 1988, « avec des installations à bout de souffle », reconnaît Nicolas Isérable, dont les vergers familiaux, qu'il avaient repris en 2007, sont irrigués par ce dispositif. La vétusté des installations conjuguée au stress de la sècheresse de 2003 a donc incité l'exploitant à pousser la réflexion vers un projet de redimensionnement de l'Asa. « A cette époque, le conseil général délivrait des subventions, dans le cadre d'un schéma directeur de l'irrigation en Isère », précise l'agriculteur, conscient que ces aides sont ciblées en direction de prélèvements là où la ressource en eau est abondante.

Arrêter les puits

« Les premières réunions ont eu lieu en janvier 2008 avec une partie des agriculteurs de la plaine, là où je pensais installer le réseau, entre l'autoroute et l'Isère. Puis quelques demandes sont arrivées pour traverser l'autoroute et la voie ferrée », raconte Nicolas Isérable. Pour avancer et mesurer quels étaient les besoins, il lance alors une intention de souscription en réunissant l'ensemble des irrigants et des personnes potentiellement intéressées. A partir de là, il savait qu'il lui faudrait trois années pour tout caler. Plusieurs paramètres étaient en effet à prendre en compte : du nombre de participants dépendrait le coût des investissements et il fallait également déterminer quels forages substituer. Le secteur le plus important, soit un périmètre de 120 hectares, nécessitait à lui seul l'arrêt de plusieurs puits pompant dans la nappe et les goutte-à-goutte étaient hors d'usage.

Irriguer cet été ?

A l'arrivée, l'Asa compte une quarantaine d'irrigants pour une centaine de propriétaires et s'étend sur 360 hectares, dont 120 en substitution. Au passage, même le terrain de sport de Chatte bénéficie du réseau d'irrigation agricole. « Très peu d'exploitants n'ont pas souscrit », constate le porteur du projet, qui mesure combien la route a été longue. Pas moins de douze études ont été nécessaires pour boucler le périmètre et s'entendre sur le passage des canalisations. « Puis il y a eu l'étude d'impact sur l'environnement qui a pris un an et demi », poursuit un peu désenchanté Nicolas Isérable, regrettant les navettes entre l'administration et le bureau d'étude, pour notamment une question d'emplacement à proximité d'une zone boisée et de défrichage sur quelques dizaines de mètres. La station de pompage dans l'Isère se trouve en effet sur deux niveaux : une pompe submersible en bas pour les eaux brutes, et une station 30 mètres au-dessus, dont 15 de dénivelés, pour nettoyer l'eau et l'envoyer sous pression dans le système d'irrigation. « Après l'étude d'impact, nous avons lancé l'enquête publique relative à l'extension du périmètre de l'Asa ». La préfecture a donné son accord fin août 2013. « Nous attendions cela pour lancer les appels d'offres. Parallèlement, nous avons créé une zone agricole de façon à garantir la vocation de ces terrains auprès du conseil général et du conseil régional qui nous aident financièrement », précise-t-il. L'investissement s'élève à 2,4 millions d'euros, subventionné à 60% par des deux collectivités. « C'est un dossier compliqué qui aurait dû être porté par une structure », estime Nicolas Isèrable qui espère que les travaux débuteront bientôt pour pouvoir irriguer dès cet été. « Nous y gagnerons en confort de travail car nous pourrons irriguer plusieurs parcelles à la fois, être moins dépendants, gérer nos congès, développer les plantations avec de nouvelles variétés et conforter les productions ».

Isabelle Doucet