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Tourisme

Quand les gîtes s'agitent

Pour répondre à l'évolution de la demande, les hébergeurs spécialisés dans le tourisme vert travaillent à l'attractivité des biens loués. Mais leur atout maître reste la labellisation.
Quand les gîtes s'agitent

Depuis qu'ils ont offert la possibilité à leur clientèle de mettre leur avis en ligne, les Gîtes de France, savent à quoi s'en tenir. Et deux critères prédominent dans les appréciations : d'abord l'accueil des propriétaires, qui est fondamental et, en deuxième position, une grande vigilance des locataires au regard de la propreté des lieux. Plus dans le détail, ils apprécieront l'environnement, les aménagements intérieurs, mais rien n'égale un propriétaire souriant armé de quelques bons produits locaux. « L'offre doit être conforme à la promesse client », résume Bruno Barnabé, le directeur des Gîtes de France Isère. Avis et photos ne trompent personne si bien que le tourisme vert a connu une forte mutation depuis quelques années. Créés il y a 60 ans, les Gîtes de France observent des niveaux de location satisfaisants « dus au bon rapport qualité-prix », selon le directeur de l'Isère. Mais surtout, si le réseau reste attractif, c'est que son stock connaît un renouvellement annuel de 10% « et que l'on assiste à l'arrivée de très beaux hébergements ». Du coup c'est l'ensemble du parc qui est tiré vers le haut et en temps de crise, les hébergements de base ou « un épi » sont plutôt recherchés.

Services en ligne

Pour les hébergeurs, l'enjeu consiste à anticiper les attentes d'une clientèle toujours plus changeante, qui passe à l'acte de réservation de plus en plus tardivement. Pour séduire les jeunes, Gîtes de France cible des hébergements connectés. A sa clientèle traditionnelle plus mature, l'hébergeur peut par exemple proposer des arrivées décalées. Il développe aussi les services en ligne, à commencer par sa centrale de réservation. Enfin, quelque soit le réseau, la carte du tourisme rural a le vent en poupe parce qu'il répond aux valeurs éco-citoyennes ou à une certaine idée du développement durable.
« Notre label est en mutation car les attentes de la clientèle évoluent », confirme Thibault Pesanti, responsable qualité Clévacances Isère. L'autre grand hébergeur isérois oeuvre donc aussi à la qualité et à la flexibilité de l'accueil. « Nous travaillons en réseau avec les autres hébergeurs touristiques », précise-t-il. En effet, tous les acteurs labellisés sont réunis au sein du collectif des hébergeurs touristiques de l'Isère piloté par la Chambre de commerce et d'industrie de Grenoble. « Nous partageons tous la même responsabilité dans le tourisme, celle de garantir un accueil de qualité dans la région », insiste Bruno Barnabé. Alors que les Gîtes de France sont très implantés dans le Vercors, les plaines et collines, ainsi que la Chartreuse, Clévacances a une répartition territoriale complémentaire avec un très gros quota aux Deux-Alpes et une offre urbaine, sur un marché très porteur. Le petit poucet des labels, Accueil paysan, dispose d'une trentaine de logements répartis sur tout le territoire isérois rural.

Nouveaux projets

Certaines stations ou communes, comme les Deux-Alpes, sensibilisent les hébergeurs sur l'obtention d'un label, gage de qualité pour la clientèle française, mais aussi européenne. En station, c'est un critère différenciant et dans les communes rurales, c'est une façon d'entretenir le patrimoine. « Entre Clévacances et les Gîtes de France, il y a environ 1 500 logements labellisés en Isère. Ce qui n'est pas le cas de tous les départements », insiste Thibault Pesanti. Le département oriente cette politique de qualité d'une part en accordant une aide d'un montant de 60 000 euros maximum pour tout projet de création ou de réhabilitation labellisé, d'autre part, en réunissant ces opérateurs au sein de la plateforme Isère tourisme. « Les propriétaires y voient un intérêt fiscal, mais aussi une reconnaissance, bénéficient d'un service, d'un conseil, de prestations d'assurances, de contrats de locations », ajoute Thibault Pesanti. Si bien que de nouveaux projets émergent cette année en Isère, après une période plutôt creuse. Deux profils se distinguent : les maisons de famille transformées et confiées à la location afin qu'elles restent dans le giron familial et « des jeunes qui pensent à la retraite et réhabilitent un gîte en complément de revenu », remarque-ton à Clévacances. Des projets originaux pointent, mais ce sont surtout les gîtes de grande capacité qui viennent combler une demande soutenue. Un week-end entre copains, un regroupement familial : les grands hébergements sont courus, même hors saison lorsque les entreprises recherchent des logements pour héberger leurs ouvriers sur des chantiers.

Un réseau

« Les gens ne viennent pas chez nous par hasard », constate pour sa part Norig Le Goaran d'Accueil paysan, le plus petit des réseaux labellisés. L'agrotourisme est son essence, soigneusement entretenue par ses adhérents. Alors que chez Gîtes de France les exploitants agricoles représentent 10% des loueurs, tous les adhérents d'Accueil paysan ont un lien direct avec l'agriculture. « C'est un réseau né de l'éducation populaire et de l'agriculture. Le label Accueil paysan est avant tout un choix en raison des valeurs liées à la terre, la solidarité... », insiste la responsable. Une de ses particularités est l'accueil social et l'accessibilité à tous les publics. « Il y a un investissement fort des adhérents au sein du réseau », poursuit Norig La Goaran. L'organisation d'animations en lien avec le milieu rural est une des composantes d'Accueil paysan, qui lance cette année des randonnées paysannes, d'un gîte à l'autre, en lien avec les autres hébergeurs. Deux premiers sentiers sont ouverts dans le Nord Isère et le Trièves, qui seront suivis par la Chartreuse, l'Oisans et le Vercors, avec pour objectif de valoriser le monde paysan. « En fonction de là où il se trouve, l'hébergeur touristique doit tout connaître des activités alentour », rapporte Thibault Pesanti. L'hébergeur a non seulement un rôle d'animateur, mais il peut aussi gérer ses gîtes opportunément en fonction de l'événementiel, surtout s'il s'agit du passage du Tour de France.
Si les labellisés rejettent toute idée de concurrence entre eux, en revanche, ils observent avec attention l'arrivée de nouveaux acteurs entièrement en ligne, « qui n'ont pas les mêmes valeurs, c'est-à-dire la certification et la qualification des biens marchands », fait remarquer Bruno Barnabé. « Certains biens sont à la limite de la règlementation française », estime Thibault Pesanti au sujet du célèbre site de particuliers à particuliers. Il conseille d'ailleurs à ses adhérents de démultiplier leur visibilité numérique. Une façon efficace de répondre à cette concurrence.

Isabelle Doucet

Les hébergements en chiffres

Gîtes de France : 653 gîtes, 113 chambres d'hôtes, 63 gîtes de groupes, 8 campings et 2 gîtes d'enfants.
Clévacances : 600 hébergements (dont 400 aux Deux-Alpes), 83 chambres d'hôtes.
Accueil paysan : 30 gîtes.

 

Domaine de Chasse

Béatrice Liaud a repris l'exploitation familiale il y a deux ans, à la suite de sa mère. « Je n'étais pas dans le milieu agricole. Je voulais changer et diversifier l'activité de l'exploitation, alors je me suis orientée vers un gîte », explique la propriétaire du Domaine de Chasse, un hébergement touristique d'une capacité de huit personnes, labellisé trois épis aux Gîtes de France et ouvert depuis un an à Beauvoir-de-Marc à côté de Saint-Jean-de-Bournay. Cinquième génération d'agriculteur, elle poursuit ainsi la destinée familiale, épaulée par son père, Michel, qui a toujours su se montrer très visionnaire en termes d'activités agricoles. « Je considère une exploitation agricole comme une entreprise », résume ce dernier. Avec 140 hectares de SAU, le profil de l'exploitation a su évoluer. L'activité se recentre aujourd'hui autour des céréales, de la gestion de patrimoine, du gîte et d'un futur atelier de poules pondeuses.
Des prestations complètes
Le gîte de 240m2 a été créé dans une ancienne stabulation entièrement rénovée, à l'image du hameau agricole de Chasse. « Nous avons bénéficié du conseil technique de Gîtes de France, depuis les plans jusqu'à l'obtention du label en passant par l'étude du type de clientèle que nous pourrions accueillir. Au départ, nous pensions faire deux gîtes, mais on nous a conseillé d'en faire un seul de huit couchages ainsi qu'une salle de jeux. Les gîtes de grande capacité sont très recherchés. Depuis l'ouverture en juin 2014, nous n'avons eu que quinze jours de creux ! » Accessible aux personnes handicapées, le gîte propose en outre un jacuzzi. Ces prestations très complètes ont fait mouche. « J'ai été très étonnée par le type de clientèle, reconnaît Béatrice Liaud. Nous avons d'abord accueilli beaucoup de main-d'œuvre étrangère pour le chantier de la ligne électrique entre Saint-Quentin-Fallavier et Valence ! » L'ajout du spa a attiré une clientèle plus familiale. « Les gens recherchent du bien-être ». A 45 km de Lyon, à mi-chemin entre Paris et le Midi, à deux pas des festivals Jazz à Vienne et Berlioz, le gîte de Beauvoir-de-Marc a un avenir prometteur. Les exploitants ont investi 250 000 euros et bénéficié d'une subvention de 25 000 euros du département. Le retour sur investissement est attendu à 10 ans, avec un taux d'occupation de 80%.
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