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Méthanisation

Quatre projets pour un territoire

Bièvre Isère communauté a souhaité accompagner les porteurs de projets agricoles de méthanisation... et favoriser la communication avec les habitants en initiant des réunions d'information comme celle organisée début juillet à La Côte-Saint-André.
Quatre projets pour un territoire

Eviter Colombe. Les élus de Bièvre Isère communauté (BIC) ne voulaient en aucun cas revivre une situation aussi conflictuelle que celle qui a accompagné la réalisation du méthaniseur d'Apprieu. « Tout le monde est pour l'environnement, les énergies renouvelables, la planète tant que cela ne risque pas de poser de nuisance à chacun », a rapporté Yannick Neuder, président de BIC, au moment de lancer la réunion d'information sur la méthanisation, le 10 juillet dernier à La Côte-Saint-André. Il a rappelé les enjeux liés à de tels projets : la diversification des revenus des exploitations agricoles, la production de biogaz et la nouvelle règlementation pour la mise en conformité des fermes dans la gestion de leurs effluents.

« Comment éviter l'anarchie et ne pas aller à l'encontre de la population ? », problématise Yannick Neuder. C'est la raison pour laquelle, la communauté de communes a financé les études d'opportunité et de faisabilité, qui ont conclu en 2017 à un potentiel de quatre installations de méthanisation. Le PLUI a intégré dans ses zonages des secteurs dédiés à la méthanisation. Le document devrait être approuvé avant la fin de l'année. Plus rien ne s'oppposera alors au lancement des travaux dès lors que les projets auront reçu toutes les autorisations préalables. Ils sont tous portés financièrement par les agriculteurs et pourraient être engagés dès 2020.

Unités agricoles

Territoire rural, Bièvre Isère communauté souhaite « être un des premiers à réussir sa transition énergétique ». La méthanisation est un volet non négligeable de ce programme.

Une centaine de personnes, dont beaucoup d'élus, étaient donc venues écouter puis interroger les experts et les porteurs de projets : agriculteurs et chambre d'agriculture de l'Isère, Ademe, GRDF, Région.

Jean-Claude Darlet, le président de la chambre d'agriculture de l'Isère a rappelé que les projets de méthanisation entraient dans le cadre d'une charte départementale qui veille à leur cohérence. « Les projets peuvent aussi apporter un peu de revenus aux exploitations », a-t-il indiqué. Il a bien spécifié que ces méthaniseurs agricoles seront alimentés par des effluents et des cultures intermédiaires. En aucun cas « il ne sera pris des terres de cultures alimentaires pour faire de l'énergie ».  Jacques Wiart, référent régional méthanisation à l'Ademe a exposé que la méthanisation est encore quantité négligeable dans la production d'énergie décarbonée. Il y a 500 installations en France. « La croissance est exponentielle », a fait observer le référent.

Exit le soufre

Les question posées par l'assistance ont d'abord porté sur la nature des matières transformées et celle du digestat issus de la méthanisation. Pas de boues de Step (1), lesquelles suivent un itinéraire d'épandage spécifique, uniquement des produits issus de l'agriculture (fumiers et Cive (2)), a assuré Jean-Claude Darlet « dans tous les cas, ont ne peut pas mettre des choses dont on ne peut pas garantir la traçabilité ». Il a également été précisé que les déchets verts des collectivités suivraient prioritairement la voie du compostage. Une question pas si innocente portait sur les déjections humaines et le développement des toilettes sèches. Selon le représentant de l'Ademe, on serait plutôt « dans une logique de compostage car les quantités sont limitées ». 

La nature du biogaz produit a également été interrogée. Jean-Paul Sauzet, référent méthanisation à la chambre d'agriculture de l'Isère, a répondu que la purification du biogaz passait par la maîtrise du soufre (H2S) qui est capté, solubilisé et précipité dans le digestat. « Il n'y a pas de soufre dans le biométhane », a-t-il voulu rassurer, pour ceux qui s'interrogeaient sur le risque d'odeur. Il a aussi indiqué que les agriculteurs travaillent à éviter les cultures qui produisent du souffre. Le CO2 issu de la purification pourrait quant à lui être utilisé comme un sous-produit, pour la culture sous serre par exemple. D'aucuns se sont réjouis de la qualité du dialogue engagé ce soir-là.

Isabelle Doucet

 

(1) Stations d'épuration

(2) cultures intermédiaires à vocation énergétique

 

Projets / Les quatre projets du territoire de la Bièvre regroupent une dizaine d'agriculteurs chacun.

Injection toute

Les quatres projets annoncés ont fait le choix de l'injection. « Le biométhane est injecté dans le réseau pour se substituer au gaz naturel », a précisé Véronique Pinet de GRDF. En l'absence de réseau, la cogénération permet de transformer l'électricité sur place, mais cette solution est plus onéreuse.
Le  projet le plus avancé est sans doute celui de Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs qui réunit neuf exploitations et 20 agriculteurs associés dans d'importants Gaec. Il s'agit principalement d'élevages laitiers, mais aussi de deux exploitations céréalières et une en vaches allaitantes. L'investissement, pour cette installation qui recevra un gisement de 27 000 tonnes, s'élève à près de 6 millions d'euros. Les agriculteurs ont fait le choix de s'associer au bureau d'étude Opale énergie naturelle qui s'assure du développement du projet, de son suivi et de sa remise clé en main. « Nous n'avons pas de compétence et nous sommes tous débordés », confie Damien Chevalier, associé du Gaec des Treize Fontaines, référent du projet. Il souligne combien une telle installation permet de respecter la règlementation et d'anticiper sur celle à venir.
Mutualiser les coûts
Les trois autres unités en sont encore à la recherche d'une assistance à maîtrise d'ouvrage. Elle souhaient travailler ensemble afin de mutualiser ls les coûts.
A Saint-Siméon/La Côte-Saint-André, le groupe est composé de neuf exploitations agricoles avec une gisement de 15  à 16 000 tonnes d'effluents. L'investissement s'élève entre 3,5 et 4 millions d'euros. « Pour les exploitations en bio, il est important qu'il n'y ait que des fumiers et des Cive », souligne Jean-François Gourdain, référent du projet et associé de la Ferme des Templiers. Il explique également que les permis de construire devraient être déposés d'ici la fin de l'année « afin d'éviter la chute du prix de rachat du gaz ».
Dix agriculteurs aussi sur le périmètre de Saint-Jean-de-Bournay/Villeneuve-de-Marc/Chatonnay/Sainte-Anne-sur-Gervonde. Le projet de méthanisation en injection d'environ 5 millions d'euros, intéresse des exploitations en production laitière, céréalière  et des maraîchers.
L'unité de Nantoin/Champier rassemblera sept agriculteur de Longechenal, Eydoche et Le Mottier. Initialement prévu par cogénération, il s'agira finalement d'une installation à injection. Le site pressenti a été déplacé de 2 km pour se rapprocher du réseau gaz. Mais le raccordement de ce projet de 3,5 millions d'euros représentera tout de même un coût supplémentaire pour les agriculteurs.
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