Circuits courts
Quel avenir pour les plateformes d'approvisionnement local ?
A l'heure où les collectivités souhaitent développer l'approvisionnement en produits locaux de leurs réseaux de restauration collective, le conseil général en partenariat avec d'autres organismes comme la chambre d'agriculture de l'Isère, mène actuellement une enquête pour déterminer comment articuler au mieux l'offre et la demande, en fonction des territoires.
L'approvisionnement local de la restauration hors-domicile intéresse de plus en plus les collectivités et les communautés de communes. Un sujet qui a d'ailleurs été le thème principal de la dernière assemblée générale du comité territorial de l'Isère rhodanienne, fin février. Avec une question phare : quelles opportunités pour les producteurs du territoire ?
Aujourd'hui, le débat reste ouvert et, à l'heure où des projets de plateforme d'approvisionnement local sont évoqués dans plusieurs zones du département, la question de la cohérence territoriale se pose.
Quel système pour quel type de marché
Le conseil général, accompagné de la chambre d'agriculture, de la chambre des métiers et de l'artisanat de l'Isère, et de nombreuses communautés de communes du département, est en train de lancer une étude pour quantifier et qualifier le potentiel des produits locaux. « Nous cherchons à estimer dans quelle mesure les agriculteurs du département sont capables de répondre à cette demande. Le but est aussi d'identifier quel système est le plus à même de répondre aux différents types de marchés et de trouver comment faire le lien entre l'offre et la demande, explique Christine Bosch, du service agriculture et forêts, au conseil général. Nous travaillons d'ailleurs avec le laboratoire de l'institut polytechnique de Grenoble pour estimer s'il faut une seule plateforme pour tout le département, ou plusieurs en fonction des territoires. Un des enjeux serait d'approvisionner les aires urbaines, car l'agriculture tire peu parti de ces villes qui sont juste à côté d'eux ».
Pour l'instant, deux plateformes existent dans le département : Manger bio et Récolter (restauration collective et terroirs en Rhône pluriel). La première est née d'une association, fondée en 2006 avec l'aide de l'Adabio (association pour le développement de l'agriculture biologique), de producteurs qui ont créé une plateforme virtuelle, afin de mettre en relation l'offre locale et la demande. Une initiative impulsée à la base en 2001, par le projet du conseil général « Manger bio autrement » dans les collèges, pour créer un nouveau débouché pour les produits locaux de qualité. La seconde, Récolter, a été créée par le syndicat mixte Rhône Pluriel en partenariat avec la Chambre d'agriculture de l'Isère. De virtuelle, cette plateforme est devenue physique avec un groupement d'achat et toute une logistique à gérer. « Il faut se poser maintenant la question de la gestion de cette logistique et surtout du coût. Il faut voir comment cela évoluera », admet Jérémie Bosch, conseiller circuits courts à la Chambre d'agriculture.
Une échelle géographique pertinente
Avoir une plateforme physique, stocker et acheminer des produits, embaucher du personnel, tout cela implique des financements. Et selon la taille du territoire, ces derniers peuvent être très différents. « Quelle est l'échelle géographique pertinente pour avoir une gamme de produits complète, tout en ayant une structure économiquement viable ? Aujourd'hui, raisonner à l'échelle départementale sur ce sujet est un peu une inconnue. Si chaque territoire crée sa plateforme, cela risque de partir un peu dans tous les sens. Le conseil général s'attache d'ailleurs à faire aussi le point sur la demande, que ce soit au niveau de la restauration collective ou privée avec les épiceries, par exemple », précise le conseiller.
Deux territoires étant particulièrement motivés par ces démarches, le Trièves et le Sud-Grésivaudan selon Christine Bosch, « le recensement des produits agricoles et agroalimentaires locaux, disponibles et mobilisables est en cours, avec l'aide de la chambre d'agriculture ». Les résultats devraient être connus en avril pour cette première phase. Il faudra en revanche, attendre le mois de juin pour connaître les premiers comptes-rendus de l'étude globale du conseil général.
Lucile Ageron
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Zoom
Le Vercors n'aura pas sa propre plateforme
Sur le plateau du Vercors, la création d'une plateforme d'approvisionnement de produits locaux était envisagée dans le cadre du projet AST (alimentation, santé et territoire), mené par le parc naturel régional. Une idée qui a finalement été abandonnée.
Créer sur le plateau du Vercors une plateforme d'approvisionnement en produits locaux pour la restauration collective. Voilà une des idées émises par le parc naturel régional, dans le cadre de son projet AST (alimentation, santé et territoire) lancé en 2005. « Au départ, nous avions pour objectif d'introduire et de mettre en valeur les produits locaux issus de l'agriculture biologique, dans la restauration collective, explique Sophie Valeron, chargée de mission touristique, animation des réseaux d'hébergeurs et chargée de piloter le projet AST. Et depuis, nous suivions tout ce qui se passait pour créer une plateforme ». Cinq ans après, en 2010, une quinzaine de centres de vacances du plateau du Vercors s'approvisionnent en produits locaux, et les valorisent lors de leurs activités avec les enfants. « Puis, devant la difficulté de faire avancer les dossiers vers des réalisations plus concrètes, nous avons voulu recentrer le débat. Une étude a donc été réalisée entre septembre 2010 et février dernier pour voir si la création d'une plateforme serait possible, ou non », détaille la chargée de projet.
Echanger avec les plateformes existantes
Finalement, le verdict tombe. La réponse est non. Créer une plateforme pour le plateau du Vercors ne serait pas une opération économiquement viable. La volonté de ne pas créer de concurrence déloyale aux producteurs est aussi évoquée. « Il y a énormément de professionnels de la restauration qui travaillent en vente directe avec les producteurs, et nous ne voulons pas casser ce système-là. Ceux qui ne travaillent pas pour la restauration collective n'ont pas spécialement envie d'une plateforme qui les concurrencerait directement », souligne-t-elle. Autre problématique : tous les produits ne sont pas cultivés sur le plateau du Vercors. Il faut donc en acheminer certains d'autres endroits, notamment des plateformes iséroises (Manger bio) et drômoise (Bio vallée). « Il leur manque de la viande et du lait, et nous des fruits. Des échanges entre les structures pourraient être envisagés », note-t-elle. Pour appuyer tout cela, un travail est actuellement mené auprès des agriculteurs pour voir comment produire des produits adaptés à la restauration collective, pour conforter la filière lait et viande, et surtout, continuer à travailler avec les centres de vacances, « moteurs de cette démarche », selon Sophie Valeron.
LA
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Aujourd'hui, le débat reste ouvert et, à l'heure où des projets de plateforme d'approvisionnement local sont évoqués dans plusieurs zones du département, la question de la cohérence territoriale se pose.
Quel système pour quel type de marché
Le conseil général, accompagné de la chambre d'agriculture, de la chambre des métiers et de l'artisanat de l'Isère, et de nombreuses communautés de communes du département, est en train de lancer une étude pour quantifier et qualifier le potentiel des produits locaux. « Nous cherchons à estimer dans quelle mesure les agriculteurs du département sont capables de répondre à cette demande. Le but est aussi d'identifier quel système est le plus à même de répondre aux différents types de marchés et de trouver comment faire le lien entre l'offre et la demande, explique Christine Bosch, du service agriculture et forêts, au conseil général. Nous travaillons d'ailleurs avec le laboratoire de l'institut polytechnique de Grenoble pour estimer s'il faut une seule plateforme pour tout le département, ou plusieurs en fonction des territoires. Un des enjeux serait d'approvisionner les aires urbaines, car l'agriculture tire peu parti de ces villes qui sont juste à côté d'eux ».
Pour l'instant, deux plateformes existent dans le département : Manger bio et Récolter (restauration collective et terroirs en Rhône pluriel). La première est née d'une association, fondée en 2006 avec l'aide de l'Adabio (association pour le développement de l'agriculture biologique), de producteurs qui ont créé une plateforme virtuelle, afin de mettre en relation l'offre locale et la demande. Une initiative impulsée à la base en 2001, par le projet du conseil général « Manger bio autrement » dans les collèges, pour créer un nouveau débouché pour les produits locaux de qualité. La seconde, Récolter, a été créée par le syndicat mixte Rhône Pluriel en partenariat avec la Chambre d'agriculture de l'Isère. De virtuelle, cette plateforme est devenue physique avec un groupement d'achat et toute une logistique à gérer. « Il faut se poser maintenant la question de la gestion de cette logistique et surtout du coût. Il faut voir comment cela évoluera », admet Jérémie Bosch, conseiller circuits courts à la Chambre d'agriculture.
Une échelle géographique pertinente
Avoir une plateforme physique, stocker et acheminer des produits, embaucher du personnel, tout cela implique des financements. Et selon la taille du territoire, ces derniers peuvent être très différents. « Quelle est l'échelle géographique pertinente pour avoir une gamme de produits complète, tout en ayant une structure économiquement viable ? Aujourd'hui, raisonner à l'échelle départementale sur ce sujet est un peu une inconnue. Si chaque territoire crée sa plateforme, cela risque de partir un peu dans tous les sens. Le conseil général s'attache d'ailleurs à faire aussi le point sur la demande, que ce soit au niveau de la restauration collective ou privée avec les épiceries, par exemple », précise le conseiller.
Deux territoires étant particulièrement motivés par ces démarches, le Trièves et le Sud-Grésivaudan selon Christine Bosch, « le recensement des produits agricoles et agroalimentaires locaux, disponibles et mobilisables est en cours, avec l'aide de la chambre d'agriculture ». Les résultats devraient être connus en avril pour cette première phase. Il faudra en revanche, attendre le mois de juin pour connaître les premiers comptes-rendus de l'étude globale du conseil général.
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Créer sur le plateau du Vercors une plateforme d'approvisionnement en produits locaux pour la restauration collective. Voilà une des idées émises par le parc naturel régional, dans le cadre de son projet AST (alimentation, santé et territoire) lancé en 2005. « Au départ, nous avions pour objectif d'introduire et de mettre en valeur les produits locaux issus de l'agriculture biologique, dans la restauration collective, explique Sophie Valeron, chargée de mission touristique, animation des réseaux d'hébergeurs et chargée de piloter le projet AST. Et depuis, nous suivions tout ce qui se passait pour créer une plateforme ». Cinq ans après, en 2010, une quinzaine de centres de vacances du plateau du Vercors s'approvisionnent en produits locaux, et les valorisent lors de leurs activités avec les enfants. « Puis, devant la difficulté de faire avancer les dossiers vers des réalisations plus concrètes, nous avons voulu recentrer le débat. Une étude a donc été réalisée entre septembre 2010 et février dernier pour voir si la création d'une plateforme serait possible, ou non », détaille la chargée de projet.
Echanger avec les plateformes existantes
Finalement, le verdict tombe. La réponse est non. Créer une plateforme pour le plateau du Vercors ne serait pas une opération économiquement viable. La volonté de ne pas créer de concurrence déloyale aux producteurs est aussi évoquée. « Il y a énormément de professionnels de la restauration qui travaillent en vente directe avec les producteurs, et nous ne voulons pas casser ce système-là. Ceux qui ne travaillent pas pour la restauration collective n'ont pas spécialement envie d'une plateforme qui les concurrencerait directement », souligne-t-elle. Autre problématique : tous les produits ne sont pas cultivés sur le plateau du Vercors. Il faut donc en acheminer certains d'autres endroits, notamment des plateformes iséroises (Manger bio) et drômoise (Bio vallée). « Il leur manque de la viande et du lait, et nous des fruits. Des échanges entre les structures pourraient être envisagés », note-t-elle. Pour appuyer tout cela, un travail est actuellement mené auprès des agriculteurs pour voir comment produire des produits adaptés à la restauration collective, pour conforter la filière lait et viande, et surtout, continuer à travailler avec les centres de vacances, « moteurs de cette démarche », selon Sophie Valeron.
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