Quelle agriculture pour demain ?
C'est vers l'avenir que la chambre d'agriculture de l'Isère était résolument tournée lors de sa dernière session le 12 mars dernier à Grenoble. En abordant les thématiques de l'installation et de la transmission, l'organisme consulaire a lancé une réflexion sur le modèle agricole à mettre en avant et à porter pour assurer le renouvellement des générations du secteur. Car, comme l'indique le président Jean-Claude Darlet, « les exploitations d'hier ne seront pas forcément celles de demain ».
Cécile Lauranson, responsable du service « Accompagnement de l'entrepreneur » et Alexandre Escoffier, secrétaire adjoint à la chambre, ont introduit les débats avec une photographie de l'installation agricole iséroise en 2019. Elle met en avant que « le renouvellement des générations s'effectue, mais avec une certaine érosion ». Il apparaît que « la réussite d'un projet passe par la réunion de plusieurs facteurs. Il faut un chef d'exploitation compétent, qui a préparé un projet cohérent et qui sait l'adapter à la situation vécue, qui a la capacité de se créer une clientèle et qui sait bien s'entourer, et une exploitation qui a une gestion raisonnée de ses investissements par rapport à ce que dégage son activité », souligne Cécile Laurenson.
Une vision d'avenir plus rassurante
Pour Jérôme Crozat, président de la FDSEA et vice-président de la chambre d'agriculture, « l'installation en agriculture représente un sacré défi ». Il se réjouit que le montant de la DJA ait été, grâce au travail conduit par « Jeunes agriculteurs », « fortement revalorisé », car jusqu'alors elle n'était pas suffisamment incitative. Selon lui, il faut continuer de travailler sur la recherche de valeur ajoutée pour les exploitations. Le bassin d'1,3 million de consommateurs en Isère est une opportunitésur laquelle il faut se projeter. Comme l'est aussi la loi Egalim et son obligation d'intégrer 50% de produits bios, locaux et de qualité, dans la restauration collective d'ici à 2022. « Avec le conseil départemental et la marque IsHere, nous avons déjà commencé le travail, mais il faut encore plus d'organisation. Il faut qu'on soit en mesure de répondre aux appels d'offre et qu'on puisse répondre à la demande des consommateurs », explique Jérôme Crozat. Et si les circuits courts sont une stratégie, les filières longues aussi sont porteuses d'avenir. Mais elles nécessitent plus de contractualisation.
Jérémy Jallat, représentant des JA, défend un modèle d'exploitation familiale, à taille humaine. Et il faut que les conditions d'installation et d'exercice du métier gagnent en sérénité. Les agriculteurs font face à trop d'incertitudes, dans les domaines de la PAC, du climat, de l'économie et des marchés. « Il faut qu'on arrive à donner aux jeunes installés une vision à 5, à 10 ans qui soit plus rassurante. Et il faut qu'on arrive à pallier le problème de l'accès au foncier. Il est trop important en Isère », indique le jeune responsable.
Plusieurs systèmes porteurs
De nombreuses interventions sont venues enrichir le débat. Elles ont mis l'accent sur le collectif et sur l'innovation, qui doit être perpétuellement recherchée dans les conduites d'exploitation. Mais aussi sur la formation, au sein des filières agricoles et générales, avant de s'installer et tout au long de la carrière, et autant dans les domaines techniques, qu'administratif et managérial. Beaucoup ont insisté sur l'obligation de parler d'agriculture de façon positive, mettant en avant les opportunités que représentent le secteur en matière d'emploi, qu'il s'agisse de création d'entreprise ou de salariat. « Il faut dire qu'on gagne encore de l'argent en agriculture. Il y a des exploitations qui s'en sortent bien. Si les banques continuent de nous accompagner, c'est bien que l'agriculture est porteuse », insiste André Coppard, vice-président de la chambre d'agriculture. Jean-Claude Darlet a conclu en soulignant « qu'il n'y a pas qu'un seul modèle à défendre, qu'il y a plusieurs systèmes qui sont porteurs, s'ils sont en adéquation avec la technicité de l'agriculteur, avec les besoins des marchés et les attentes de la société ».
Isabelle Brenguier
Les installations en Isère en 2019
51 DJA (Dotation jeune agriculteur), sur 150 installations, ont été attribuées l'an dernier.Parmi elles, 70 % sont des projets avec un atelier animal, 60 % s'installent en agriculture biologique, 50 % sont hors cadre familiaux (HCF) et 60 % s'installent en société.Il y a une eu forte proportion de projets en maraîchage, en noix et en poules pondeuses.Les tendances qui avaient commencé à émerger ces dernières années se confirment.7 de ces installations sont en système bovin lait. Les porteurs de ces projets sont en majorité des hommes HCF qui s'installent en société dans une SAU moyenne de 116 hectares, avec 48 000 euros de DJA et un investissement sur 4 ans de 350 000 euros.7 projets sont en maraîchage, portés par des HCF, tous en bio et en circuits courts, dont 5 sont complétés par un atelier de volailles.Les projets d'installation en ovin et bovin viande font leur retour.Et, contrairement aux années antérieures qui faisaient la part belle aux reprises d'exploitations, il s'agit davantage de projets de création.Source : Chambre d'agriculture de l'Isère
En bref
Orientations
A l'occasion de la session de l'organisme consulaire, une synthèse du plan d'actions 2019 a été présentée. Outre ses nombreuses actions et son fort investissement pour « créer les conditions de développement d'une agriculture à forte valeur ajoutée, restaurer la confiance entre acteurs agricoles et la société civile et donner une image positive de l'agriculture et des produits », la chambre travaille sur un accompagnement des exploitations dans la triple performance environnementale, sociale et économique. « Au sein de cet axe, le renouvellement des générations, la recherche de valeur ajoutée (grâce à notre implication sur le pôle alimentaire, les projets en faveur des circuits courts et des énergies renouvelables) et l'adaptation de l'agriculture à son environnement, sont des priorités. Comme le développement de l'emploi. Nous souhaitons d'ailleurs mettre en place un dispositif coordonné pour apporter un plus au niveau de l'exploitation, car le salariat est une passerelle supplémentaire vers l'installation », souligne Jean-Claude Darlet, président de la chambre d'agriculture.
IB
Production, foncier, remplacement
Le Département aussi soutient les actions en faveur de l'installation et de la transmission. Comme l'indique Robert Duranthon, vice-président du Conseil départemental : « Il subventionne, en lien avec les autres financeurs publics, les projets des jeunes agriculteurs qui investissent dans leur outil de production. Ainsi, il aide au remplacement des nouveaux exploitants qui s'absentent pour quelques raisons que ce soient de leur exploitation, et participe dans le cadre du Plan de développement rural, au financement des investissements de modernisation des bâtiments d'élevage, des projets souvent portés par des jeunes agriculteurs. Il intervient aussi pour des actions d'animation en faveur de l'installation et de la préservation du foncier agricole. »