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Bois énergie

Quelques belles réussites et beaucoup de questions

Publiques ou privées, individuelles ou collectives, les initiatives se multiplient dans le domaine du bois énergie. En plein essor, la filière doit toutefois faire face à d'importants enjeux. Les granulés restent chers et la plaquette forestière est pénalisée par la sous-exploitation des forêts locales. Quant à la plaquette agricole, à de rares exceptions, elle brille par son absence. La plupart des agriculteurs adoptent une position attentiste. Il faut dire que de nombreuses questions sous-tendent le développement du bois énergie depuis une quinzaine d'années.
Quelques belles réussites et beaucoup de questions
Visites d'entreprises, inauguration d'une plateforme de stockage de plaquettes forestières, lancement d'une enquête régionale sur la production de bois bûche... L'actualité du bois énergie a été chargée ces dernières semaines. Et c'est sans compter le projet de center parc dans les Chambaran, dont l'espace aqua-ludique sera chauffé au bois énergie, ni le lancement, le mois prochain, d'un réseau de producteurs de bois énergie à l'échelle d'Alpes Sud Isère pour répondre à la demande des chaufferies locales (l'Etat et l'Europe venant de confirmer leur soutien à cette initiative portée par la chambre d'agriculture, Coforêt et l'antenne régionale de Coop de France). « Dans le cadre d'un projet de noyeraie, la ferme du lycée de La Côte-Saint-André s'interroge sur l'opportunité de mélanger lignes à fruits et lignes à bois, ajoute Olivier Périn, le conseiller en développement forestier de la chambre d'agriculture. Par ailleurs, les projets stratégiques agricoles en cours d'élaboration dans le Grésivaudan ou la Bièvre devraient tous comprendre un volet forestier ».
Cette effervescence illustre l'essor du bois énergie. « Le département de l'Isère compte actuellement 66 chaufferies automatiques au bois déchiqueté portées soit par des collectivités locales, soit par des bailleurs sociaux (hors compagnie de chauffage) et plus de 70 projets sont à l'étude ou en cours de réalisation en Isère », indique l'association pour une gestion durable de l'énergie (Ageden), qui a « observé une augmentation de 22 % du nombre d'installations entre la saison de chauffe 2008-2009 et la suivante ».
Un impact réel sur la mobilisation du bois local
L'ensemble de ces 66 chaufferies s'approvisionnant localement, l'effet du développement du bois énergie sur l'exploitation forestière est certain. « Les producteurs de plaquettes forestières représentent plus de la moitié des entreprises productrices de biomasse implantées dans la région, signale d'ailleurs la direction régionale de l'agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) dans son Atlas des filières d'approvisionnement. Cette activité est porteuse d'emploi, attractive et favorise la pluri-activité. Mais le nombre d'entreprises n'implique pas une production importante en volume. Au contraire, les producteurs de plaquettes agricoles et forestières en Rhône-Alpes sont souvent de petites structures unipersonnelles et à faible capacité financière, source possible de fragilité dans les filières d'approvisionnement ». Du coup, « les plaquettes forestières représentent moins de 30 % de l'offre régionale, contre 46 % pour les plaquettes issues de déchets industriels banals (DIB) ».
De plus, étant donné le nombre de broyeurs disponible dans la région, « Rhône-Alpes se trouve en surcapacité de production par rapport au marché actuel du bois énergie, ce qui affecte la compétitivité des entreprises en augmentant les charges de structures, donc le coût de la plaquette produite, note la direction régionale de l'Ademe. Dans un tel contexte, tout investissement matériel nouveau mérite une étude financière rigoureuse ». De même, du fait de « l'écart entre la production actuelle et la capacité globale de production », « la création d'unités nouvelles de granulation doit être étudiée avec circonspection ».
Le bois bûche toujours roi
Tout n'irait donc pas pour le mieux dans le monde du bois énergie. Plusieurs facteurs freinent l'essor des plaquettes forestières ou agricoles et des granulés. Tout d'abord, « le taux de renouvellement des équipements n'excède pas un à deux pour cent par an, indique Jean-Pierre Claustres, chargé de mission bois énergie de Fibra, l'interprofession régionale du bois. Le bois bûche est donc installé pour un bon moment ».
Ensuite, « aller chercher du bois en forêt, cela coûte cher, rappelle Jean-Pierre Claustres. Comme il faut transformer le bois sur pied pour en faire du combustible, le bois énergie vient toujours en dernier. Il faut donc faire progresser l'ensemble des usages du bois pour accroître la production locale de bois énergie ».
Par ailleurs, « les besoins en bois énergie sec nécessitent une amélioration du réseau de plateformes et de bâtiments de stockage permettant de garantir l'approvisionnement en pleine période hivernale, car peu de collectivités ont investi dans des hangars », signale la direction régionale de l'Ademe, qui espère que le programme « 1000 chaufferies », qu'elle a lancé avec la Région, « favorisera une réflexion collective sur un réseau cohérent de plateformes territoriales pour mutualiser les équipements et mobiliser davantage la ressource forestière communale ou privée ».
Le rôle des collectivités
Plusieurs intercommunalités iséroises, savoyardes ou du département de l'Ain prévoient cependant de s'équiper. La direction régionale de l'Environnement, la Région, le conseil général de Savoie et la communauté de communes du Mont Beauvoir viennent ainsi d'investir 1,7 millions d'euros dans la plateforme portée par cette collectivité située dans le canton des Echelles. La gestion de l'équipement a été confiée à la filiale énergétique de l'office national des forêts (ONF Energie), qui a obligation de s'approvisionner localement à 80 % (qu'il s'agisse de bois issu de parcelles privées ou publiques, de forêts domaniales comme communales) et ne peut fixer librement ses tarifs.
Comme dans l'exemple du Mont Beauvoir, de nombreux garde-fous sont généralement prévus pour s'assurer que la dépense publique profite au développement forestier local. Mais pour Jean-François Veille, le chargé de mission bois énergie de l'association des communes forestières de Rhône-Alpes, l'administration d'un équipement public par un gestionnaire privé doit inciter à une grande prudence au moment de choisir la forme juridique de ce partenariat. « Ce schéma a tendance à se répandre. Or, nous aurions intérêt à diversifier les formes d'organisation pour prévenir toute déstabilisation de la filière. Elle est encore naissante. Mais des acteurs tels que la compagnie de chauffage de l'agglomération grenobloise commencent à prendre des situations dominantes ».
Une filière d'avenir malgré tout
Ceci dit, la demande de la compagnie de chauffage a aussi poussé la chambre d'agriculture à mener, l'an dernier, une étude sur les espaces en déprise agricole dans le Valbonnais. Elle montre que « le volume de bois énergie mobilisable chaque année dans ces espaces est de trois mille mètres cubes ». « Même si les conditions techniques et économiques d'exploitation des friches agricoles sont complexes », le bois énergie représente donc une piste d'avenir sérieuse pour des pans entiers du département.
Cécile Fandos