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Fédération départementale des coopératives d'utilisation de matériel agricole

Quelques pistes pour une nouvelle dynamique

Elle n'a pas de recette miracle Marie-Thérèse Audrain-Hautbois. Mais cette psychologue du travail invitée de la dernière assemblée générale de la FDCuma a listé quelques pistes de réflexion pour aider les promoteurs des coopératives d'utilisation de matériel agricole à identifier les freins à la mécanisation collective et surtout à les contourner.
Quelques pistes pour une nouvelle dynamique
Une fois n'est pas coutume, l'invitée de la fédération départementale des coopératives d'utilisation de matériel agricole (FDCuma) le 18 novembre, à Biol, était une psychologue du travail. « Lever les freins à la mécanisation collective » dans un contexte où le nombre de Cuma dissoutes dépasse largement celui des coopératives de matériel créées, tel était le thème de l'intervention de Marie-Thérèse Audrain-Hautbois, également enseignante au lycée agricole de Derval, en Loire-Atlantique.
Des freins surtout psychologiques
Plus que l'éloignement géographique croissant entre les fermes, du fait de la chute du nombre d'exploitations agricoles, c'est en effet la frilosité des professionnels qui limite l'essor des Cuma. « Même en ces temps de crise, les argumentaires économiques de nos animateurs n'ont pas suscité une augmentation des projets collectifs, car les agriculteurs ont des réticences à investir en commun », regrette Didier Veyron, le président de la FDCuma, qui rappelle que quatre Cuma ont été liquidées depuis un an, période au cours de laquelle seule une nouvelle coopérative d'utilisation de matériel agricole a été créée (et une autre réactivée). Alors même si ce bilan est plutôt positif par rapport à celui de la décennie (25 dissolutions contre six créations) et qu'une exploitation iséroise sur deux adhère à au moins une des quelques 146 Cuma du département, les marges de progrès existent.
« L'intérêt économique d'un achat collectif n'est plus à prouver, y compris en intégrant les aspects sociaux et fiscaux. Par ailleurs, passant par une nouvelle forme d'organisation du travail, le développement de l'investissement collectif répondrait aux problèmes des exploitations iséroises, tant aux niveaux économique, humain (pour faire face aux charges de travail importantes), que pour faciliter la transmission de son exploitation », argumente Didier Veyron, pour qui « il faut des groupes motivés, solides et bien structurés afin de développer des projets d'envergure ». Le président de la FDCuma a donc souhaité que la dernière assemblée générale de l'association marque « le début d'une réflexion profonde, afin que les Cuma puissent affirmer leur dynamisme et celui de l'agriculture iséroise ».
D'abord « serrer les boulons »
« Je n'ai pas de mode d'emploi unique, car chaque Cuma a son histoire, son mode de fonctionnement, a toutefois prévenu Marie-Thérèse Audrain-Hautbois. Je ne suis pas non plus en position de donner de leçon. Toutefois, sur la base du travail que j'ai effectué avec le réseau Cuma, je peux vous dire que, pour que cela se passe bien, il faut serrer les boulons. Si l'on en croit les salariés de Cuma, un bon groupe est aussi un groupe soudé, dont les membres sont capables de se dire les choses. La qualité des relations entretenues par les adhérents de la coopérative est également un argument essentiel pour les jeunes agriculteurs, qui y voient une opportunité supplémentaire de se mettre en réseau avec leurs confrères afin de ne pas rester seuls dans leurs exploitations.
Des pistes s'esquissent donc. Pour définir un objectif commun, une vision à long terme, il faut savoir pourquoi on est ensemble. Le projet du groupe ne correspond pas à la somme des projets individuels de ses membres. Autrement dit, « nous », ce n'est pas « je + je », c'est ce que nous décidons ensemble en acceptant de faire des compromis.
Contre la loi du plus fort, il est aussi important de se donner des règles et qu'elles soient acceptées comme équitables par l'ensemble des membres. Ainsi, en cas d'infraction, il est possible de sanctionner. C'est souvent ce qu'il y a de plus difficile pour les responsables de Cuma, mais c'est nécessaire. On le voit en tant qu'automobiliste : on lève plus le pied quand il risque d'y avoir un radar que dans les coins où il n'y en a jamais. Dans le cas d'une Cuma, il ne faut pas qu'un adhérent puisse se sentir plus fort que le groupe. Et même s'il existe des liens étroits entre adhérents, le président ou les administrateurs amenés à prendre des sanctions ne le font pas en leur nom, mais en celui du groupe.

De vastes chantiers à lancer
Au-delà des modalités d'organisation du groupe (le « travailler ensemble »), il faut aussi « être ensemble », ce qui pose les questions des modes de prise de décision, du partage des responsabilités, de l'organisation des réunions... Autant de points qui supposent de confronter les organisations des différents membres. Alors on peut se dire qu'une coopérative de matériel agricole, c'est un peu comme le mariage pour Lucky Luke, « c'est fait pour surmonter à deux les problèmes que l'on n'aurait jamais rencontrés si l'on était resté seul ». C'est sûr que cinq agriculteurs autour d'un tracteur, c'est moins simple que si chacun s'équipe de son côté. Mais le jeu en veut la chandelle et il y a des groupes tracteurs heureux ».
Comme les nouveaux statuts des coopératives publiés l'an dernier vont obliger les Cuma à mettre les leurs à jour d'ici le mois de juin prochain, ces dernières vont avoir une bonne occasion de remettre leurs fonctionnements à plat, ce qui permettra peut-être d'attirer de nouveaux adhérents, voire de faire boule de neige, la dynamique renouvelée des Cuma existantes pouvant, dans un contexte de progression constante des charges de mécanisation, encourager les achats collectifs. Une chargée de mission vient d'être recrutée par les FDCuma de l'Isère et de la Drôme afin d'aider l'ensemble des groupes à actualiser leurs statuts. Elle aura du pain sur la planche : les quarante diagnostics Cuma effectués depuis 2006 montrent, dans 80 % des cas, l'absence de règles de fonctionnement claires, voire l'absence de règlement intérieur, et, dans 40 % des cas, l'absence d'objectifs définis et partagés par les adhérents.
Cécile Fandos
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Mécafourrages
Nouveau rendez-vous des Cuma à Biol au mois de mai
Pour impulser la nouvelle dynamique qu'il souhaite insuffler aux coopératives d'utilisation de matériel agricole de l'Isère, Didier Veyron, le président de la FDCuma, compte sur le salon Mécafourrages du 11 mai prochain. Organisée dans le cadre d'une série de rendez-vous donnés par la fédération nationale des Cuma, cette journée associant ateliers techniques et démonstrations de matériel promet, de fait, d'attirer les foules.
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