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Exploitation forestière

Quels débouchés pour les gros bois de sapin ?

Bien que très présent, le sapin est loin d'être le bois le plus plébiscité. Trouver des solutions pour mieux le valoriser est devenu un enjeu majeur pour la profession.
Quels débouchés pour les gros bois de sapin ?

C'est un paradoxe. Alors que le sapin est une essence particulièrement présente dans nos forêts et qu'il pourrait alimenter une filière, il rencontre de plus en plus de difficultés à être commercialisé. Le phénomène est d'autant plus accentué qu'une partie de la ressource est difficilement exploitable du fait de la pente liée à son implantation en zone de montagne et d'un réseau de desserte imparfait.

Le problème devenant de plus en plus prégnant pour l'ensemble des acteurs de la filière forêt, il était à l'ordre du jour du colloque organisé par l'Association des communes forestières de l'Isère, le 16 juin à Saint-Pierre-de-Chartreuse, dans le cadre de la 15e édition de la fête de la forêt de montagne.

Des bois plus techniques

« Le département de l'Isère compte 9,7 millions de mètres cube de sapin, dont quatre millions de gros sapins et un million de très gros sapins », indique Anaïs Laffont, chargée de mission amont forestier à la Fibra (Fédération forêt-bois de Rhône-Alpes). « Mais on lui reproche d'être trop gros, d'avoir trop de nœuds, de poches d'eau, de cœur excentrés, de cœurs fendus, d'être trop difficile à sécher (et donc d'avoir des coûts de séchage importants), et d'avoir trop de gros volumes sur pieds », résume Joël Garmy, délégué génréral de l'interprofession Auvergne-Promobois. Selon les professionnels de la filière, ce sont des bois qui présentent une qualité hétérogène, qui souffrent d'un déficit d'image par rapport à l'épicéa, et qui ne correspondent pas aux marchés actuels qui privilègient des bois plus techniques. Dans les constructions, les charpentes traditionnelles sont délaissées au profit des fermettes, qui nécéssitent des sections plus petites. Joël Garly le souligne : « L'aval attend des produits manufacturés conformes aux réglementations. » Stéphane Eymard, de la scierie Eymard à Veurey-Voroize et président de la chambre syndicale des scieurs et exploitants forestiers Auvergne-Rhône-Alpes, enfonce le clou : « Nous scions ce que nous demandent nos clients. Auparavant, il s'agissait de gros bois. Depuis quelques années, ce n'est plus le cas. C'est l'évolution, on ne peut pas aller contre. » Frédéric Scorcione approuve et explique aussi que les clients, y compris les financeurs publics, attendent un produit parfait, notamment sur le plan visuel.

Gestion adéquate

Selon Jean-Yves Bouvet, directeur de l'agence de l'ONF de l'Isère, «  ce sont les très gros bois (qui ont un diamètre supérieur à 65 centimètres) qui rencontrent des difficultés à trouver un débouché, pas les gros bois. Mais c'est une espèce qui a un avenir, par rapport au changement climatique. Ce n'est pas le cas de l'épicéa ». Pour résoudre ce problème de valorisation, l'agent estime qu'il faut davantage le récolter. Car, aujourd'hui, il ne l'est pas suffisamment et ses réserves se développent. L'ONF a commencé dans ses forêts, mais doit faire face à une impasse commerciale. En témoigne, la vente organisée le matin même : ce ne sont pas les coupes de sapin qui ont rencontré le plus grand succès.

Didier Rabatel, de la coopérative Coforêt propose, quant à lui, de mettre en place une gestion adéquate et de créer de la demande quand on peut le faire. D'autant qu'il existe quelques niches qui permettent la valorisation des gros sapins. Laurent Chardon, de la charpenterie Chardon à Saint-Pierre-d'Entremont, en sait quelque chose. Il ne travaille que de la charpente traditionnelle, ce qui l'oblige à n'utiliser que des bois massifs et de grosses sections. Un atout.

Isabelle Brenguier
Marché du bois

Une vente en demi-teinte

La salle des fêtes de Saint-Pierre-de-Chartreuse n'était pas assez grande pour accueillir toutes les personnes intéressées par la vente de bois sur pieds, organisée par l'ONF (Office national des forêts), le 16 juin. Vendeurs (élus de communes iséroises propriétaires de forêts), acheteurs (scieries et exploitants forestiers) venus de l'Isère, la Drôme, l'Ardèche et des deux Savoie, ainsi que bûcherons, débardeurs, transporteurs, en recherche de contacts auprès de donneurs d'ordres, étaient ainsi rassemblés autour de cette vente. Présidée par Jean-Yves Bouvet, directeur de l'agence de l'ONF de l'Isère, elle était composée de 91 articles (dont 17 issus de forêts domaniales et 74 de forêts communales) pour 64 000 mètres cube de bois.
« La vente ne se déroule plus comme auparavant, au temps où elle se faisait aux enchères descendantes à la criée. Aujourd'hui, les acheteurs sont équipés, en plus d'un cahier rassemblant tous les articles et leurs caractéristiques techniques, d'un boîtier électronique, leur permettant de faire leur offre en direct », explique Roger Roux-Fouillet, technicien forestier à l'ONF. Pour chaque lot, Jean-Yves Bouvet procède à sa présentation et laisse une vingtaine de secondes aux acheteurs pour se positionner. L'article est attribué aux plus offrant ou n'est pas vendu. Il peut être retiré sans offre, ou avec offres, si celles-ci ne sont pas jugées suffisantes. Car, les lots ont été estimés, en amont de la vente par l'ONF, en volume et en prix, selon la quantité des bois, leur essence et leur difficulté d'exploitation.
950 000 euros de vente
Pierre Dugomois est conseiller municipal, délégué à la forêt et à l'environnement, à Villard-de-Lans. Il repart satisfait de la vente de ses deux parcelles, dont une essentiellement d'épicéa, qui comptait 1 090 mètres cube de bois et qui a été attribuée pour presque 65 000 euros. « C'est une vente qui rentre dans le budget de la commune. Ce n'est pas négligeable », souligne-t-il. Si certaines scieries ont réalisé quelques achats conséquents, Gaël Giraud, de la scierie Bois du Dauphiné au Cheyas, le reconnaît : « les ventes ne se sont pas emballées. Nous ne sommes pas sur les meilleures périodes de ventes de bois ». Il repartira les mains vides. Les deux offres qu'il a faites ont été surenchéries.
Sur les 64 000 mètres cube disponibles, 35 000 ont été vendues, pour un montant de 950 000 euros. Les lots se sont échangés entre 10 et 50 euros du mètre cube, avec de nombreux lots entre 40 et 50 euros. A l'issue de la vente qu'il a jugée « poussive », Jean-Yves Bouvet se dit un peu déçu. « Elle illustre un manque de demande et toujours la même différenciation entre l'épicéa et le sapin. Les scieries n'ont actuellement pas d'importants besoins en bois », analyse-t-il.
IB