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Manifestation

Qui est le moins gagnant.com ?

A l'occasion de l'inauguration d'un magasin Leclerc à Pont-de-Beauvoisin, une trentaine d'agriculteurs est venu sensibiliser les consommateurs et interpeller les responsables de la chaîne sur la répartition des marges.
Qui est le moins gagnant.com ?

La question n'est pas nouvelle, mais les agriculteurs se la posent avec toujours autant d'intensité. « A quand une répartition équitable des marges tout au long de la filière ? » Déterminés à avoir une réponse, ils étaient une trentaine à s'être donnés rendez-vous à Pont-de-Beauvoisin, le 5 février, devant le Leclerc flambant neuf qui devait être inauguré en présence de Michel-Edouard Leclerc.

Bataille des prix

Cela aurait pu être un rendez-vous manqué, puisque le dirigeant de l'enseigne n'est pas venu, mais, pendant que certains agriculteurs distribuaient des tracts « qui est le moins gagnant.com ? » à l'entrée du magasin, la discussion a pu avoir lieu à l'intérieur. D'un coté, les agriculteurs, emmenés par Richard Duvert, Didier Villard, et Sébastien Poncet, de la FDSEA et des Jeunes agriculteurs de l'Isère. De l'autre, le gérant du magasin de Pont-de-Beauvoisin, Didier François, et les dirigeants de la centrale d'achat Socara (Société coopérative d'approvisionnement Rhône-Alpes), Daniel Bossus et Bernard Bouvier. La démarche n'était dirigée ni contre l'enseigne Leclerc, ni contre le magasin de Pont-de-Beauvoisin. Elle visait le système de la grande distribution. Car, pour les agriculteurs, le climat est devenu insupportable. La bataille des prix que se livrent en permanence les différentes enseignes de la grande distribution, ne fait que diminuer encore leur marge. Un exemple mis en exergue par les producteurs : « Pour un litre de lait vendu 73 centimes d'euros, la distribution empoche 19 centimes, le transformateur également 19 centimes et le producteur 35 centimes, alors que son coût de production est de 34 centimes ». Comment les éleveurs peuvent-ils s'en sortir ? Didier Villard, éleveur laitier à Torchefelon, se dit de plus en plus « agacé » par le fonctionnement de la filière : « En tant que producteur, nous voyons chaque mois notre fiche de paye du lait, avec des prix très bas, et des industriels qui nous disent ne pas pouvoir faire plus. Nous nous demandons ce qu'il va nous rester, et nous doutons de tout le monde ».

Désabusés

Les dirigeants de Leclerc et Socara se sont montrés très surpris de la démarche. « Comme la législation nous l'impose, nous avons mené les négociations avec nos fournisseurs avant le 28 février. Que ce soit au niveau national ou régional, elles ont toutes abouties, à l'inverse d'autres années, dans un climat serein ». Ils assurent acheter les produits au prix donné par les industriels... Et d'ajouter aussi être très favorables aux partenariats avec les producteurs locaux. Des arguments qui n'ont pas convaincus les agriculteurs. Selon eux, « même si ces alliances locales sont d'excellentes initiatives », elles ne concernent qu'un pourcentage extrêmement faible de producteurs. « D'une part, il ne faut pas se cacher derrière elles pour s'en servir de vitrine et se donner bonne conscience. Et d'autre part, il faut assumer que la férocité des négociations sur les produits transformés risque de mettre en péril les filières longues, qui concernent plus de 90 % des producteurs ». Même si les tracts ont reçu un accueil favorable des consommateurs qui soutiennent la démarche et les difficultés des agriculteurs, ceux-ci sont sortis désabusés de cette rencontre. « Nous ne sommes absolument pas écoutés lorsque nous exprimons nos problèmes et notre quotidien. Ces entreprises sont à mille lieues de nos préoccupations », souligne Didier Villard. Quant à Sébastien Poncet, agriculteur à La-Batie-Montgascon, il estime « être dans un dialogue de sourd, au sein duquel on tourne en rond, puisque tout le monde se renvoie la balle, chacun voulant privilégier ses propres intérêts ». Mais le jeune agriculteur ne s'avoue pas vaincu. Il prévoit de nouvelles rencontres avec les industriels et la grande distribution pour trouver un arrangement qui permette à tous les maillons de s'en sortir. 

Isabelle Brenguier