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Conseil général

Redéfinition des fonctionnements en matière agricole

Face aux échéances réglementaires qui pèsent sur les compétences des conseils généraux, Christian Nucci, vice-président chargé de l'agriculture, a souhaité rencontrer la profession et les élus concernés, afin que de nouvelles façons de fonctionner, sur le fond et dans la forme, soient projetées d'ici l'automne prochain. Ces premiers échanges ont eu lieu vendredi dernier, à Grenoble.
Redéfinition des fonctionnements en matière agricole
L'avenir de l'agriculture iséroise passera par une diversité bien ordonnée. C'est ce qui semble se dégager de la réunion de concertation provoquée par Christian Nucci, avec les représentants agricoles du département, et des conseillers généraux intéressés.
Cette réunion avait pour objectif de mettre en place plusieurs groupes de travail mêlant représentants professionnels et élus, afin de donner de nouvelles pistes d'intervention au Département, dans le cadre de la réforme des collectivités territoriales. « Cette réforme est imminente, rappelle Christian Nucci, nous devons anticiper les conséquences qu'elle va impliquer dans les relations entre collectivités territoriales, quant à la question de l'agriculture, voir comment nous pouvons associer Région, Département et intercommunalité, au-delà des couleurs politiques ».
De nombreux projets locaux
Plusieurs élus locaux ont fait part du travail qu'ils mènent actuellement et qui peut servir de base de réflexion. Agnès Revoux, pour Rhône Pluriel, a décrit l'expérience d'une plateforme d'approvisionnement en produits locaux de la restauration collective; Christine Joy a évoqué le projet de laiterie en Belledonne, destiné à valoriser la production locale de neuf producteurs du secteur. Roland Revil, pour le Pays voironnais, a brossé l'orientation biologique et les circuits courts que veut impulser cette intercommunalité. Charles Galvin s'est exprimé sur le secteur montagnard et considère que le conseil général doit plutôt tenter d'organiser une cohésion entre les projets locaux, mettant surtout en valeur leur lieu de fabrication, la montagne, et jouant la complémentarité entre producteurs et artisans locaux.
Ces présentations ont donné lieu à diverses interventions professionnelles. Aurélien Clavel, président des JA (Jeunes agriculteurs) de l'Isère estime que « les collectivités locales mettent trop l'accent sur les circuits courts » et souhaite un rééquilibrage, considérant qu'« il n'y a pas de procès à intenter envers les uns ou les autres parce que le département permet cette diversité ». Il souligne cependant que « même si les circuits courts autorisent des installations sur de petites surfaces, elles coûtent proportionnellement plus chers en aides publiques ».
Identification nécessaire
La question des circuits courts a également fait réagir Jean Robin-Brosse au nom de la FDSEA. Selon lui, s'occuper de cette forme de commercialisation ne revient à s'intéresser qu'à 20 % des consommateurs, 80% se ravitaillant dans les grandes surfaces. « Je veux conquérir avec les produits locaux le consommateur qui va à Carrefour ou ailleurs, affirme-t-il. Pour cela, il faut améliorer l'identification de ces produits, et nous montrer fiers de posséder dans notre département de grandes entreprises agroalimentaires qui permettent d'accéder à des produits de qualité et peu coûteux. Nous avons en la matière un levier efficace pour tirer la production agricole locale vers le haut ».
Jean-Louis Ogier, représentant la Coordination rurale, s'insurge contre « les coopératives et l'industrialisation de l'agriculture » et prône un recentrage des agriculteurs sur leur métier, la production. Il ne se prononce pas contre la plateforme expérimentale de Rhône pluriel, mais souhaite « un accès rapide de ces structures à une autonomie financière ». La Confédération paysanne par la voix de Marie Clavel, « ne veut pas opposer les circuits longs et courts », mais estime toutefois, que « les grandes entreprises ne répondent pas aujourd'hui aux demandes sociétales ». Elle souhaite également mettre en avant « les exploitations à taille humaine, moins dépendantes des marchés ».
Rapprocher les discours et les actes
Ces interventions diverses n'ont pas manqué de faire réagir Roland Primat, président de la coopérative Dauphinoise et membre de la chambre d'agriculture. « Attention à ne pas trop taper sur la coopération, souligne-t-il, car les coopératives sont nées parce que nos ancêtres connaissaient des crises et qu'ils se sont pris en main. Ce n'est pas en rejetant le passé que l'on règle les problèmes ». Roland Primat se « refuse à opposer les systèmes » et pense qu'il faut plutôt « rechercher la valeur ajoutée dans la complémentarité entre chacun d'eux ». Il attire également l'attention sur les risques des circuits courts « rendant quelquefois le producteur esclave de son métier par la diversité de tâches qu'il faut accomplir ».
Sur la question cruciale du foncier, présente dans tous les esprits, Gérard Seigle-Vatte, président de la chambre d'agriculture, a mis les points sur les i : « Le vrai enjeu pour l'agriculture est bien celui-là. Si vous (les élus locaux) n'évitez pas le mitage, dans dix ans, il n'y aura plus d'agriculture ». Et il s'insurge violemment contre le manque de concrétisation locale des discours tenus dans des instances départementales ou régionales, souvent par les mêmes élus locaux. « Ne rejetez pas la faute sur les agriculteurs qui ne sont plus propriétaires que de 20 % des surfaces », souligne-t-il, et réclame « un pilotage clair du foncier dans le département ». En écho, Jean-Paul Bret, président du Pays Voironnais, souhaite également, « un pilotage » et constate que « le Scot de Grenoble n'est discuté qu'entre élus ». Jean-Paul Prudhomme, membre du bureau de la FDSEA et de la chambre d'agriculture, estime que « pour l'ensemble des Scot isérois, la profession n'est consultée qu'a minima ».
Jean-Marc Emprin