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Caprins

Relance de la dynamique caprine

L'assemblée générale du syndicat caprin s'est tenue le 14 janvier à Oyeu. Identification, questions sanitaires et débats sur le rôle de l'organisation ont nourri les échanges.
Relance de la dynamique caprine

Entre humour et soucis de cafetière, le syndicat caprin a tenu son assemblée générale dans une ambiance chaleureuse et bon enfant. Le 14 janvier, à Oyeu, une quinzaine d'éleveurs aux profils très différents (petits ou gros élevages, bio ou conventionnels...) ont participé aux échanges livrant un panorama instructif de la production caprine iséroise. Jouant la parité à fond, les deux co-présidents - Mélisa Decote-Genon, éleveuse à Voiron, et Sébastien Juge, en Gaec à Charavines - ont retracé l'année écoulée à grands traits : un flyer pour faire connaître le groupe viande, la journée des chevriers à la ferme du Grand Veymont à l'automne et une rencontre avec la chambre d'agriculture pour « faire le point » et voir ce que l'organisme consulaire peut apporter au syndicat en termes de services.

« En dehors du soutien administratif, nous avons exprimé notre volonté d'avoir un animateur ou une animatrice qui soutienne la dynamique pour éviter au syndicat de s'essouffler, explique Mélisa Decote-Genon. Mais c'est à nous de recréer une dynamique. » Et le co-président d'ajouter : « Le syndicat n'a pas une place facile. L'aspect technique est géré par Adice et le côté transformation assuré par l'APFI : comment nous positionnons-nous dans cette architecture ? »

Garder le lien

La question mérite d'être posée. Au sein de l'association, créée en 1962 pour défendre les intérêts des éleveurs et leur apporter des éléments de réflexion sur la filière, les adhérents s'accordent à reconnaître le rôle primoridial de l'échange et de la convivialité. D'où le succès de la journée des chevriers qui réunit chaque année une trentaine de participants, souvent accompagnés de leur famille. « Le syndicat est important pour garder le lien, en dehors de la technique, souligne la co-présidente. C'est un espace d'échange. Mais quels projets pouvons-nous porter ? Dites-nous quels sont vos besoins. Les achats groupés ? Les voyages d'étude ? Tout est possible ! » Pour faire émerger les propositions, le syndicat organise une séance de travail le 23 mars avec une dizaine de chevriers, sous la houlette de Lise Escalier, conseillère à la chambre, spécialisée dans l'agriculture de groupe. Les inscriptions sont ouvertes.

Autre sujet de préoccupation : l'identification. Les éleveurs ont fait remonter leurs difficultés à remplir les nouveaux formulaires. « Pour nous qui avons aussi des bovins, c'est assez voisins. Mais c'est vrai que ça fait gratter la tête », reconnaît la co-présidente. Les chevriers évoquent également des problèmes d'encre et de solidité avec les nouvelles boucles d'identification. Une rencontre avec Gilles Chomienne, responsable de l'inter-EdE (1), est programmée le 18 février. Sébastien Juge s'est proposé de centraliser les différentes anomalies afin de les lui soumettre, car « le syndicat est aussi là pour ça ».

Statuts sanitaires

La matinée s'est conclue par un topo sanitaire présenté par le directeur du GDS, qui a fait un focus sur les statuts sanitaires. « Rien n'oblige à les faire mais, en termes de prévention, c'est la base, a indiqué Grégoire Malaval. Ça permet d'améliorer la gestion du troupeau, notamment des chevrettes, et d'éviter l'introduction d'animaux non compatibles. »

Réalisés par analyses sérologiques, prises en charge à 100% par le GDS, les statuts sanitaires permettent en effet de minimiser les risques en cas d'agrandissement ou de mélanges de troupeaux. Car il arrive que les lots d'animaux soient porteurs d'une ou deux maladies ne posant pas forcément problème dans le cheptel d'origine. Une fois dans le troupeau d'accueil, ces mêmes animaux peuvent provoquer un déséquilibre avec des conséquences cliniques plus ou moins graves (avortements, pertes d'animaux, chute de production...). Les éleveurs sont alors contraints de mettre en place un plan de lutte, souvent onéreux. D'où l'intérêt de vérifier la compatibilité des statuts avant toute introduction. « C'est une photo de votre élevage à l'instant T, insiste Mélisa Decote-Genon. Les statuts ont le mérite de faire prendre conscience de l'état sanitaire du troupeau et de conduire au billet de garantie conventionnelle qui permet le retour des bêtes au vendeur en cas de problème. »

 

(1) Afin de faire baisser les coûts, le service Identification de l'Isère est intégré dans un pool interdépartemental qui regroupe les Etablissements de l'élevage (EdE) de l'Isère, de l'Ardèche, de la Loire et du Rhône.

Marianne Boilève

 

Portrait / L'assemblée générale du syndicat caprin est chaque année l'occasion de faire un zoom sur de nouveaux installés. 

Les jeunes installés du Grand Veymont

A 50 ans ans, ils ont tout lâché pour élever des chèvres. En 2018, après de belles carrières au sein de MFR, Anne-Laure et Gilles Apeloig ont repris la ferme du Grand Veymont, à Gresse-en-Vercors. Ils en éprouvent aujourd'hui « une très grande satisfaction ». C'est en tout cas comme cela qu'ils ont présenté le bilan de leur installation.
Pour que ça marche, conseille Gilles en vieux briscard, « le projet, il faut le prendre à l'envers ». Autrement dit se poser la question des débouchés et bâtir toute la logique économique à partir de là. Motivé par la vente directe, le couple a commencé par chercher une ferme en zone touristique, histoire d'écouler facilement la production. Ils sont tombés sur la ferme du Grand Veymont, une belle exploitation assortie de deux gîtes et d'un camping à la ferme. Après plusieurs mois de travaux et la constitution du cheptel, ils se sont lancés dans la production de fromages en agriculture biologique. Menant de front l'élevage de 50 chèvres, dont le lait est intégralement transformé, l'accueil touristique et pédagogique, les deux "jeunes" installés se sont très vite intégrés dans le village. « Quand nous avons démarré la fromagerie, nous avons donné beaucoup de fromages pour les fêtes du village, les manifestations, raconte Gilles Apeloig. Comme les gens les ont trouvés bons, le bouche-à-oreille a bien fonctionné. » Et le magasin à la ferme aussi. « Durant la saison touristique, nous avons entre 30 et 40 personnes tous les soirs qui s'installent dans la salle de traite. La visite est payante, on explique comment on travaille, on fait goûter les fromages et ensuite les gens passent au magasin. »
Avec le recul de deux ans d'exercice, le bilan est plus qu'honorable : la production représente environ 50 % du chiffre d'affaires, l'accueil pédagogique 15% et l'accueil touristique 35%. Situé à 45 km de Grenoble, les Apeloig ont du monde toute l'année, notamment les « réfugiés climatiques » de l'été. Et comme ils ont dirigé des MFR durant plusieurs décennies, ils sont passés maîtres dans l'organisation. Ce qui leur a même permis de partir en vacances la première année. Leur projet pour 2020 ? « Développer la polyvalence », répond Gilles sans hésiter. Sans doute pour éviter de devenir chèvre soi-même.
MB