Remontées d'inquiétudes
Une fois n'est pas coutume, c'est le matin qu'ont eu lieu les discours officiels lançant le concours départemental de labour. L'occasion pour Sébastien Poncet, président des JA 38 de revenir sur la crise agricole. « Elle sévit depuis trois ans avec un effondrement des prix du lait, de la viande et des céréales. Nous attendons beaucoup des députés et des Etats généraux de l'alimentation (Egalim). Mais le désarroi des agriculteurs est accentué par les problèmes liés au paiement des sommes dues dans le cadre de la Pac. Des MAEC bio de 2015 ne sont toujours pas soldées. Cela augmente les difficultés des agriculteurs qui ne savent plus où ils en sont, voyant arriver des sommes de temps en temps sur leur compte bancaire. Il y a beaucoup de règlementations imposées aux agriculteurs avec des sanctions à la clé. Mais en la matière, l'Administration agit sans responsabilité. »
Robert Douillet, agriculteur retraité, maire de Colombe au cœur de laquelle s'est déroulée la manifestation, partage l'inquiétude du jeune représentant agricole, et se permet de rappeler que la commune et ses voisines limitrophes ont organisé il y a quelques années un grand remembrement portant sur un millier d'hectares. « Nous avons limité les parcelles à 30 hectares, ce qui a quand même permis de limiter les charges à l'hectare des exploitations », ce dont il se félicite car cette action leur permet de garder une rentabilité. Mais déjà à l'époque, la préoccupation environnementale n'avait pas été négligée. « Nous avons imposé la plantation de haies et je vais devoir faire un rappel officiel à certains quant à leur protection » annonce-t-il. Le maire, acquis à la cause agricole, voit avec confiance l'implication des jeunes dans les manifestations telles que celle organisée dans sa commune pour la quatrième fois. Et porte beaucoup d'espoirs quant à l'avenir et aux perspectives qui seront engendrées par la mise en place d'un PLUI (1) en cours d'élaboration.
Les services de l'Etat mobilisés
Répondant aux inquiétudes exprimées, Bertrand Dubesset, nouveau directeur adjoint à la Direction départementale des territoires, arrivé en cours de semaine dernière, « ne nie pas les difficultés de gestion des paiements Pac » et « assure ses interlocuteurs de la plus grande mobilisation des services de l'Etat en la matière ». Il estime que « le calme dans la relation (entre agriculteurs et Administration, ndlr) est un élément fondamental », et incite « chacun à remplir un dossier de demande d'aide à la trésorerie comme mis en place depuis deux ans » en attendant la régularisation des paiements.
La conseillère départementale Claire Debost, élue dans la Bièvre, a rappelé la volonté du conseil départemental de l'Isère dans son projet de pôle agro-alimentaire afin de soutenir les revenus des agriculteurs.
La députée Monique Limon, élus de la 7ème circonscription, se sent très impliquée dans le dossier agricole. Elle siège à la commission économique de l'Assemblée nationale justement parce que c'est l'endroit où sont discutés les dossiers agricoles, explique-t-elle. Dans l'immédiat, elle va organiser des rencontres avec les acteurs concernés par les Etats généraux de l'alimentation (Egalim) à un niveau départemental le 22 septembre prochain avec plusieurs de ses homologues isérois. Ce premier rendez-vous pourrait ne porter que sur le thème du juste prix afin de coller au calendrier national. Les autres thématiques pourraient être déclinées plus tard durant l'automne, confie-t-elle en aparté.
(1) Plan local d'urbanisme intercommunal
Jean-Marc Emprin
Activité économique et environnementale
La commune de Colombe applique une démarche affirmée en matière de soutien à l'activité agricole, tout en ayant une action écologique. Elle s'est équipée d'une chaudière à plaquettes de bois (sécurisée par une installation gaz) depuis plusieurs années, afin de valoriser le potentiel forestier (80 hectares) qu'elle possède. « Le chauffage de la totalité des bâtiments communaux utilise trois quarts d'hectare de bois par an, explique Robert Douillet, le maire de la commune. Nous pouvons donc voir venir. » Pour le déchiquetage, la commune a recours à la Cuma de broyage du Dauphiné, spécialisée en la matière. Celle-ci a procédé à des démonstrations de broyage au cours de la journée. Guillaume Robert-Michon, chauffeur de la Cuma, a donné quelques explications aux élus présents. « Il faut un tracteur d'au moins 300 chevaux pour actionner le broyeur, celui de la Cuma est de 400 chevaux. Chacun de ces engins coûtent 200 000 euros pièce, mais nous les changeons tous les deux ans afin de réduire les problèmes dus à l'usure matérielle. La Cuma broie 70 000 mètres cubes de bois par an. La demande est forte et se développe. »
En plus de ces installations de chauffage, Colombe possède 80 mètres carrés de panneaux photovoltaïques dont elle revend la production d'électricité à EDF. Son revenu est d'au moins 6 000 euros par an pour cette seule activité, chiffre Robert Douillet.
JME