Rencontres inattendues au jardin de Ville
« Vous avez les sécateurs là, les garçons... Ça va aller ? » Au milieu des bambous en équilibre, Camille Gauthier donne un coup de main à ses élèves. Depuis le matin, la classe de terminale GMNF (gestion des milieux naturels et de la faune) du lycée Agrotec de Vienne-Seyssuel installe ses œuvres d'art éphémères dans le jardin de Ville. Transis de froid, les doigts gelés, les artistes en herbe fixent, coupent et bricolent leurs créations avec une ardeur qui surprend les promeneurs. « Ça fait plaisir de bosser en extérieur : ça change des cours, lance Estevan en s'emparant d'une perceuse. Et puis ça donne une autre allure au parc ! »
Le jeune homme et son équipe achèvent l'installation de leur « Bassin figé » : trois nénuphars géants au milieu d'une pièce d'eau, sur lesquels sont posées des dizaines de petites grenouilles multicolores en origami. Au bord du bassin, des grues en papier fixées sur des fers à béton semblent se régaler du spectacle. Un vent léger agite doucement leurs ailes... « Les gens s'arrêtent devant notre œuvre, c'est sympa ! », apprécie Estevan. Non loin de là, une squelette de bambou vêtu d'un jeans et chaussé de baskets grimpe à l'assaut d'un arbre. Plus loin, un groupe d'élèves accroche de gigantesques sphères feuillues aux branches dénudées d'un arbre. D'autres disposent des chalets miniatures sur un petit chaos rocheux...
Ouvrir l'imaginaire
De bosquets en recoins, le jardin de Ville offre depuis le 6 janvier six « surprises » aux passants. Réalisées avec des objets de récupération et des matériaux naturels, principalement des bambous et des branchages trouvés dans le parc du lycée Agrotec, ces œuvres d'art éphémères sont le fruit d'un démarche artistique engagée par la classe depuis la rentrée. Le projet a débuté avec la visite d'une exposition à la Halle des bouchers de Vienne, en octobre, où les élèves ont découvert le regard porté par l'artiste Maxime Lamarche sur la nature, l'environnement, le paysage. Puis ils ont travaillé avec Marc Pedoux, un sculpteur issu des mouvements du Land art et de l'art environnemental (1). De ces rencontres ont émergé des réflexions, des pistes de travail puis des propositions artistiques pensées pour un lieu donné, en l'occurrence le jardin de Ville. « C'est un projet qui leur ouvre les portes de l'art et de l'imaginaire, explique Camille Gauthier, enseignante en éducation socio-culturelle, discipline propre aux lycées agricoles. Avec ce travail, de nombreux élèves s'autorisent des choses et prennent conscience qu'ils sont en mesure de créer, de surprendre et de réaliser de vraies œuvres d'art. »
Soutenu par le conseil régional et la Drac Auvergne-Rhône-Alpes, le projet a également vu le jour grâce à la complicité de la ville de Vienne qui a accepté l'installation des œuvres dans son jardin phare. Du 3 au 6 janvier, les élèves, répartis en petits groupes, ont ainsi pu vivre une semaine artistique en rupture avec l'emploi du temps scolaire habituel. Après avoir choisi l'endroit où installer leur œuvre future, ils se sont mis au travail, Marc Pedoux et Camille Gauthier n'intervenant qu'à la marge, pour prêter main forte ou débloquer une situation. « Ce qui me surprend, c'est la diversité des propositions, confie l'artiste. Il y a des choses miniatures, d'autres monumentales, d'autres plus philosophiques. Mais toutes sont intéressantes dans la mesure où elles témoignent d'une véritable conscience écologique. » Pour des jeunes qui se destinent à des métiers en lien avec la nature, le constat est plutôt rassurant.
Marianne Boilève
(1) Le Land art et l'art environnemental sont deux mouvements esthétiques contemporains qui se caractérisent par des interventions artistiques dans et avec la nature et/ou le paysage.