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Intempéries

Réparer les pots cassés

Le Jardin des Alpes a vu la quasi totalité des ses productions de plants et ses serres endommagée par la grêle du 15 juin. Les jeunes pépiniéristes en appellent à la solidarité.
Réparer les pots cassés

« C'est effarant. La première chose que l'on va voir, c'est l'état des bâches sur les serres. On découvre aussi toutes les étiquettes éparpillées. Ce n'est que le lendemain que nous nous sommes rendu compte de l'état des godets et nous nous sommes dit que nous ne nous en remettrions pas aussi facilement que ça », explique Chloé Martin, pépiniériste à Notre-Dame-de-l'Osier. Quinze jours après l'orage qui a fortement touché les exploitations du Sud-Grésivaudan, Le Jardin des Alpes, une pépinière spécialisée dans les plantes vivaces, fait appel aux bonnes volontés.

Outre les dégâts sur les deux serres trouées comme des passoires, dont celle à double paroi, 88% des godets recevant les plants ont été endommagés, soit environ 166 000 pots à rempoter au plus vite. « Nous arrosons toutes les nuits, mais le terreau s'en va des godets cassés », indique la productrice. Et le calcul donne des vertiges. « Nous avons estimé à 454 heures le temps de travail pour échanger les contenants des pots ».

Appel à la solidarité

Chloé Martin et son compagnon Dorian Dietschy se sont installés en 2016, dans le cadre d'une reprise-création d'exploitation. En dernière année de DJA, le jeune couple n'a pas les moyens de payer une telle main-d'œuvre. Aussi ont-ils lancé un appel à la solidarité en organisant deux chantiers bénévoles ce week-end et le week-end dernier. La première session de rempotage a été un succès au Jardin des Alpes. Plusieurs dizaines de personnes se sont déplacées répondant à l'appel largement véhiculé par les réseaux sociaux.

Et même si l'opération de sauvetage réussit, les pépiniéristes ne peuvent pas préjuger de l'état des plants à l'automne prochain et au printemps 2020. Sans compter le risque de maladie. « Nous avons déjà effectué deux passages de bouillie bordelaise. Nous n'avions pas le choix », commente Chloé Martin. Le préjudice est d'autant plus important que la pépinière venait de recevoir des jeunes plants qui avaient été rempotés aux trois-quart, mais ont été les plus sujets à la casse. « Ce sont les cultures pour les saisons à venir. Il faut les rempoter en priorité », ajoute la jeunes installée.

Perte de fonds

« C'est arrivé à la fin de la saison des foires et des ventes, qui se déroule de mars à mi-juin, se rassure la productrice. Toutes les commandes des collectivités et des professionnels se font au printemps au moment de planter. Il ne restait que Tignes, notre dernier client de la saison. » L'activité reprend ensuite à l'automne, de la mi-septembre aux premiers froids, période également propice à la plantation de vivaces.

L'entreprise dégage un chiffre d'affaires un peu supérieur à 110 000 euros qui se répartit entre les deux saisons et entre la clientèle de particuliers et de professionnels. L'objectif fixé dans le cadre de la DJA est d'atteindre 168 000 euros en 2019. « Il va falloir en vendre de la plante ! » s'exclame la pépiniériste. Elle a compilé un gros dossier d'estimation de pertes dans l'espoir d'être aidée.

Car l'exploitation n'est pas assurée pour de tels dégâts. Pour les serres, « c'est hors de prix », explique Chloé Martin, la pépinière étant déjà très endettée pour son installation. Elle devra néanmoins débourser encore 2 000 euros pour de nouvelles bâches. Quant à la perte d'exploitation dans le cadre de la déclaration de calamité agricole, seul le stock qui ne pourra être vendu dans l'année peut être déclaré.  « Nous produisons des vivaces que nous rempotons, que nous divisons : une perte s'inscrit toujours sur le long terme dans le cadre de notre activité », souligne Chloé Martin.

Pour faire face aux aléas climatiques et du marché, mais aussi pour renforcer le chiffre d'affaires, les exploitants explorent déjà plusieurs pistes. Un site internet de vente par correspondance en est à sa version béta et devrait faire l'objet d'un crowfunding à la rentrée. « Nous répondons aussi à de plus en plus d'appels d'offres sans nous limiter géographiquement. Enfin, pour avoir plus de disponibilités de plants au printemps à des prix plus attractifs,  nous allons chauffer la serre double paroi avec des panneaux solaires et un système de circuit sous les semis », avance Chloé Martin. Elle reconnaît que depuis le 15 juin, elle porte un regard très attentif et un brin inquiet sur la météo.

Isabelle Doucet

 

Production/Le Jardin des Alpes se démarque par son large catalogue de variétés de vivaces.

1 600 variétés de vivaces

Le Jardin des Alpes est une pépinière écoresponsable. « C'est ainsi que nous nous autodéfinissons car nous appliquons les mêmes pratiques culturales qu'en agriculture biologique », explique Chloé Martin, la pépiniériste. Mais la certification AB n'est pas vraiment adaptée à cette activité. « Cela fait partie de nos valeurs et c'est un critère différenciant. De plus, nous sommes situés en zone rapprochée de captage ». La pépinière occupe une surface de deux hectares à Notre-Dame-de-l'Osier, dont un hectare dédié aux vivaces. Pour offrir un si large choix variétal, les associés ont d'abord bénéficié de la production de l'exploitation qu'ils ont reprise. « Puis, nous avons procédé à différents modes de cultures, notamment en faisant des semis de plusieurs fournisseurs, détaille la productrice. Pour les plantes de montagne, nous avons prélevé des boutures en milieu naturel ou chez des passionnés ou à travers nos réseaux. Nous nous référons aussi beaucoup au magazine anglais Garden illustrated car les pépinéristes outre-Manche ont quatre ans d'avance sur les nouveaux cultivars. Dès qu'elles sont disponibles en France, nous essayons d'obtenir les plantes qui nous plaisent. Le problème c'est que beaucoup de producteurs britanniques n'envoient pas leur graines... Sinon, nous procédons à des échanges avec les pépinéristes ou bien des clients nous demandent des variétés et nous passons du temps à visiter les jardins botaniques. » Après, il s'agit de conserver ces 1 600 variétés en plantant de pieds-mères, en multipliant et en rempotant, si bien que peu à peu, la pépinière, conçue comme un jardin, s'embellit de ses propres ressources.
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