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Parc naturel

Repenser la Charte(reuse)

Agriculture, bois, tourisme, biodiversité, la liste est longue pour les co-constructeurs de la nouvelle charte du parc naturel. Tour d'horizon des enjeux présentés le 10 juillet.
Repenser la Charte(reuse)

Mardi 10 juillet, un car sillonne les routes de Chartreuse. A son bord, chargés de mission du parc, urbanistes, architectes ou encore un géologue. Leur objectif : faire découvrir ou redécouvrir les paysages du massif sous un autre angle. Cette « traversée de Chartreuse » s'inscrit dans le processus de renouvellement de la charte du parc naturel régional pour la période 2020-2035. Un parc en extension avec l'ajout dans son périmètre de 12 communes ainsi que du lac d'Aiguebelette. Une des grandes thématiques de la nouvelle charte est de « vivre des paysages ». Agriculteurs et exploitants forestiers font partie des premiers concernés.

 

Pour une agriculture viable en Chartreuse

Le constat pourrait sembler inquiétant, 37 fermes disparaisssent chaque année pour seulement quatre à cinq nouvelles installations (1). Ceci étant, lorsque on prend le cas de la filière laitière, une des plus touchées par les fermetures d'exploitations, on constate que le volume en litres est peu ou prou celui observé les années passées, signe que les fermes laitières en activité s'agrandissent. Certains secteurs « résistent bien », comme celui des Petites Roches ajoute Laurent Fillion, chargé de la mission agriculture du parc.

Si l'agriculture a encore un avenir qui se dessine en Chartreuse, elle connaît néanmoins des difficultés. Constituée de grands espaces vallonés ou plus accidentés, la Chartreuse manque drastiquement de terrains agricoles et particulièrement en plaine. Face au phénomène croissant d'urbanisation, il n'y a « pas de marge de manœuvre sur le foncier », concède Laurent Fillion. Il mène donc au sein de sa mission, des campagnes d'information et de sensibilisation auprès des collectivités locales afin de convaincre que les nouveaux arrivants ne sont pas que « des doux rêveurs », mais bien des porteurs de projets concrets et réalisables.

L'espace, il faut aussi le partager avec les touristes et les promeneurs. Cohabiter n'est pas toujours chose aisée. Le massif de Chamechaude en est le parangon. Aujourd'hui un site de randonnées privilégié des Isérois, c'est aussi un haut lieu de pâturage qui voit d'années en années ses ressources fourragères s'amenuiser en raison du trop grand nombre de visiteurs prenant leurs libertés dans les alpages. Il convient donc de mieux informer et sensibiliser les promeneurs à leur bon usage.

En parallèle, de nouveaux modèles se développent. De plus en plus d'agriculteurs se regroupent dans des coopératives en gestion directe à l'image de celle des Entremonts qui compte aujourd'hui 23 membres. Ils se tournent également davantage vers les circuits courts et la vente directe, pour 42% d'entre eux, chiffre nettement supérieur à la moyenne nationale (25%). C'est justement le cas des producteurs des Plateaux des fermes de Chartreuse qui font découvrir leurs produits locaux lors de buffets. 

Repenser l'agriculture peut également passer par certaines expérimentations à l'instar du retour à une agriculture plus patrimoniale. C'est l'esprit de l'initiative menée par le Centre de ressource de botanique appliquée (CRBA)  qui veut remettre au goût du jour les variétés autrefois cultivées dans le massif.

 

Trouver un équilibre forestier

L'autre chantier majeur auquel doit répondre la nouvelle charte est de concilier l'exploitation des ressources sylvicoles et la sauvegarde des paysages et de la biodiversité. Dans un parc ayant un taux de boisement de 60%, la question de « l'acceptabilité des coupes » est cruciale, indique Fabien Bourhis, chargé de mission forêt bois. La gestion du bois par futaie irrégulière, avec des rotations allant de dix à quinze ans, qui est déja la marque de fabrique des sylviculteurs de Chartreuse, y est ainsi préconisée. Il s'agit d'éviter au maximum les coupes rases qui sont souvent, selon Fabien Bourhis, « la conséquence du retard de gestion d'exploitations ».

La dernière interrogation sur laquelle Fabien Bourhis met l'accent est celle de l'exploitation du bois énergie qui bien que n'étant pas d'actualité en raison de la difficulté d'accessibilité aux ressources, se posera lorsque le cap de la rentabilité sera franchi.

 

AOC : le parc touche du bois

L'obtention de l'AOC bois de Chartreuse doit parachever la mise en valeur de la forêt locale. Elle devrait avoir lieu d'ici la fin de l'année. Cette AOC est avant tout la symbiose d'un « facteur naturel » (en raison des qualités du bois de Chartreuse), et d'un « facteur humain », celui du savoir-faire des sylviculteurs. affirme Jeanne Véronique Davesne du comité interprofessionnel des Bois de Chartreuse.

Symbole de cette mise en avant du bois local, la future maison du parc de Chartreuse devrait voir le jour en 2020 et compte bien devenir le reflet d'une exploitation forestière réussie dans le parc. Naturellement le bois de Chartreuse (qui est un bois d'intérieur) devrait y avoir sa place, soutient Laure Belmont, chargée de la mission biodiversité et aménagement paysage du parc.

 

Jordan Dutrueux

(1) pour la période 2009-2013

 

« Faisons la Chartreuse de demain »

Le ton est donné, le plan paysage et la charte du parc naturel régional de Chartreuse doivent être l'œuvre d'une pléiade d'acteurs, de ceux qui participent ponctuellement ou plus régulièrement à la vie du parc. Le plan ainsi que la charte seront finalisés et présentés d'ici la fin de l'année, deux ans après le lancement du processus. Celui-ci à commencé par une grande concertation s'étant traduite par un forum diagnostic, un forum prospectif, divers ateliers ainsi que par des « Café du Parc ».
Les grandes thématiques ont été exposées lors du deuxième comité de copilotage du 26 juin dernier. Une fois présentée, le 20 novembre, la nouvelle charte n'aura pas fini pour autant son chemin. S'en suivra une période de délibération impliquant les différents acteurs, chacun de leur côté, pour un examen final du ministre à l'automne 2020.
 JD