Reprendre pied sur le terrain de la com'
Dans les Balcons du Dauphiné, on ne veut pas compter pour des prunes. Les agriculteurs présents à la réunion de territoire organisée par la FDSEA de l'Isère l'ont clairement fait ressortir. Mais, la plupart des exploitants présents se sentent découragés par le manque de considération qu'ils perçoivent. Dernière illustration : Les derniers versements relatifs à la PAC 2015 (mesures agri-environnementales et aides bio) viennent tout juste d'être réglés. « Mais vous n'avez pas encore reçu les lettres de fin d'instruction », souligne Sylvie Fanjat, animatrice spécialisée dans le dossier au sein du syndicat. Et de rajouter : « Une partie des aides bio de 2016 n'est toujours pas arrivée. Je ne parle pas des aides PAC 2017... »
Des retards pénalisants
« Les blabla sur les explications de cet état de fait ne sont pas entendus par les services des impôts ou les fournisseurs quand on leur doit quelque chose », rappelle un agriculteur dans la salle. Un autre ajoute : « Il n'y a que les agriculteurs qui supportent de tels retards. Tout le monde supporte des pénalités en cas de non-paiement dans les temps. Là, les payeurs ne sont pas sanctionnés. Nous, quand nous sommes à découvert, cela nous coûte cher. » Le discours a déjà été entendu, mais le lieu est propice à vider son sac et à rappeler quelques vérités très prosaïques. Surtout que même si les services administratifs font preuve de bonne volonté, tous les bénéficiaires confirment la complexité pour retrouver ses petits dans les sommes finalement versées. Des avances, des retenues sur les versements, des soldes qui viennent clôturer le dossier. « Nous avons perçu les sommes qu'il faut pour les MAE, mais nous ne retrouvons pas de ligne justificative comptable à présenter à notre expert », font remonter plusieurs d'entre eux. De quoi se sentir découragés en effet.
Une présence à réaffirmer
Dans la nouvelle organisation administrative des collectivités locales, les agriculteurs ne s'y retrouvent pas non plus. Les territoires tels que les a définis la FDSEA dans son découpage de l'Isère, correspondent à ceux des découpages réalisés par le Département et la Région. D'autant plus que désormais, légalement le conseil départemental n'a plus vocation à intervenir en matière économique et qu'une partie des budgets agricoles sont gérés par les Régions. « Lorsque vous avez un projet collectif, il doit être présenté au conseiller régional de votre secteur, rappelle Jérôme Crozat, secrétaire général de la FDSEA de l'Isère. Les intercommunalités peuvent également avoir des interventions financières et supporter des projets. N'hésitez pas à réclamer la création de commissions agricoles à ce niveau-là si elles n'existent pas. Et s'il y en a, soyez dedans. Si vous ne le faites pas, l'agriculture n'existera pas dans la tête des gens. » Un mouvement d'autant plus important que les sommes payées par les agriculteurs en matière de taxe foncière sur le non bâti peuvent être importantes et qu'il est donc légitime que les payeurs puissent bénéficier d'un minimum de reconnaissance.
Si les professionnels agricoles ont le moral en berne, c'est aussi en raison de l'image qu'un certain nombre de groupes de pression leur renvoient ou plus précisément diffusent. « On laisse parler des groupuscules ultra-minoritaires comme L214, c'est une honte. Ils s'appuient sur des pros de la communication et ont des moyens que nous n'avons pas », s'énervent quelques uns qui espèrent un appui de la FNSEA. Mais Jérôme Crozat les incite à faire un travail de fourmi auprès de leur environnement, voisins, amis, élus locaux. Sylvain Juppet, un responsable local de la FDSEA, préconise « d'éduquer les enseignants dans nos écoles rurales », citant l'exemple de sa fille qui avait parlé de sa passion, l'agriculture. Normal. Sauf que l'enseignant a considéré que c'était hors sujet (!) Les comices peuvent être un endroit idéal pour remonter le courant de la désinformation et apporter une vision plus réaliste des pratiques agricoles. Rendez-vous est pris pour celui des Balcons du Dauphiné les 24 et 25 août prochains.
Jean-Marc Emprin
Exergue« Si vous le mangez, c'est qu'un agriculteur l'a produit »