Reprendre son destin en main
Janvier
Mobilisation générale face au Plan loup
Il y a longtemps que les éleveurs et les bergers savent que le combat est inégal. La consultation lancée par le gouvernement en janvier 2018, en amont de la révision du Plan loup, en est encore un exemple. Prônant le « zéro attaque sur les troupeaux », la Fédération nationale ovine, la FNSEA et JA ont invité les professionnels à demander que « les prélèvements soient possibles au regard de la pression de la prédation » (et non d'un taux défini), que « les tirs de défense renforcée et de prélèvement soient valables toute la campagne », et qu'il n'y ait « aucune gestion différenciée entre les territoires (...) ». La très forte participation à cette consultation a surtout été nourrie par une grande majorité des internautes se prononçant contre les tirs de loup. Des messages poignants, décrivant la réalité du pastoralisme sont pourtant parvenus à se faire entendre. Parallèlement, des collectifs d'élus, de professionnels et de citoyens touchés par le loup se sont créés. Parviendront-ils enfin à faire entendre leur voix et leurs mises en garde ? En cette fin d'année, la pression est telle (12 000 animaux prédatés) et le seuil des 500 loups forcément dépassé, qu'il est déjà question de réviser le Plan loup.
Février
La noix fait parler d'elle
Le mois de février a été plutôt agité pour l'agriculture iséroise. D'abord du côté du Grésivaudan où les noyeraies ont fait l'objet d'attaques en règles d'opposants à cette production et aux traitements phytosanitaires qui y sont pratiqués. Aussi une opération séduction pédagogique s'est déroulée à Vinay en présence de plus de 200 personnes. Au final, un dialogue a été renoué entre deux mondes qui ne se comprenaient plus. La profession a annoncé l'élaboration d'un guide des bonnes pratiques pour rappeler à chacun l'importance d'une bonne prise en compte du voisinage.
La discussion n'avait plus lieu en revanche à Apprieu où la mairie continuait à s'opposer au projet de méthaniseur agricole. Une manifestation a été organisée par les agriculteurs et des habitants favorables à cette installation. Les rapports de force locaux se sont inversés.
Mars
Changement à la tête de la FDSEA Isère
Après six ans à la tête de la FDSEA, Pascal Denolly a passé le relais à Jérôme Crozat. Le nouveau président a exposé ses projets : le suivi des Etats généraux de l'alimentation dont il dira, en fin d'année, que la profession agricole était la seule à rester impliquée dans les discussions ; la réappropriation, par les agriculteurs, de leurs filières ; mais aussi de la transformation ; la reconquête de la valeur ajoutée ; et aller vers une segmentation au niveau du département avec le pôle agroalimentaire. Dès le mois de mars, il a affiché les objectifs du syndicat pour la prochaine mandature de la chambre d'agriculture : l’appui à la vente directe, l’irrigation ou encore la défense du foncier. Enfin, il a lancé un message aux agriculteurs : « Je souhaite que chacun continue de s’investir dans son exploitation, mais qu’il s’investisse aussi plus largement, en essayant de partager des projets avec d’autres agriculteurs ». Le sens du collectif.
Avril : Christiane Lambert en Isère
Le congrès annuel de la FDSEA a réuni plus d’une centaine d’exploitants agricoles, le 12 avril, à La Frette en présence de Christiane Lambert, présidente de la FNSEA. Lors de la table ronde, les agriculteurs ont exploré les pistes pour « aller chercher la marge là où elle se trouve ». Pour cela, ils avaient un invité de marque, Martial Darbon, fondateur de « C’est qui le patron ?! » en 2016. Payé autrefois 20 centimes le litre, le lait de Martial Darbon est passé à 39 centimes sous la nouvelle marque. En Isère, les intiatives fleurissent aussi pour que les producteurs reprennent la main sur leurs productions, à l'image des Eleveurs de saveurs iséroises ou des Agneaux d'alpage, mais aussi du lancement, avec le Département, de la marque de produits locaux Is(h)ere.
Christiane Lambert a fait remarquer que les consommateurs sont en train de changer leurs comportements d’achat et que la profession gagnerait à surfer sur cette attention nouvelle portée à l’origine et à la qualité des produits. Elle a par ailleurs, rappelé le « travail de titan » qu’ont généré les Etats généraux et salue, au travers du projet de loi, de réelles améliorations.
Mai : Le Département fier de ses champions
La noix de Grenoble, le bleu du Vercors-Sassenage, la bière iséroise... L'Isère a été récompensée une nouvelle fois cette année au Concours général agricole qui s'est déroulé fin février à Paris. Le conseil départemental a réuni les producteurs et les artisans médaillés au mois de mai pour les remercier. L’Isère a remporté 20 médailles, dont cinq d’or, sept d’argent, deux de bronze, ainsi que quatre premiers prix dans les concours bovins et équins et deux prix d’excellence en agro-écologie. Une mention spéciale pour Ecriture, une vache de race montbéliarde du Gaec de Sarapin à Panissage qui a été sacrée grande championne de sa catégorie : une performance exceptionnelle.
Juin : 80 ans de noix haut de gamme
L’AOP Noix de Grenoble fête ses 80 ans d’existence en grande pompe à Chatte. L’occasion de recueillir des avis extérieurs, notamment de responsables professionnels du comté AOP. L’absence de prix différenciés entre AOP et la noix du Dauphiné ou bien une cohésion insuffisante des différents acteurs de la filière sont deux points soulignés comme de vrais faiblesses à long terme. Consciente de cela, la filière se promet de réagir car la concurrence mondiale est rude. Mais les débats internes ne le sont pas moins.
Juillet : trois AOP dans la grande boucle
Du Bourg-d'Oisans à Saint-Romans, les agriculteurs du département ont imprimé leur marque au passage de la 13e étape du Tour de France. Au village départ, ils ont fait déguster leurs produits à quelques centaines de visiteurs ; à Saint-Romans, ils les ont présentés aux téléspectateurs du monde entier grâce à une main géante, index pointé vers les trois productions sous signe de qualité locales : le saint-marcellin, le bleu du Vercors-Sassenage et la noix de Grenoble. Deux initiatives pour un même objectif : promouvoir l'agriculture et les produits du département. La fresque de Saint-Romans s’inscrit dans le cadre d’un partenariat entre la FNSEA et la société organisatrice du Tour, Amaury sport organisation (ASO). Il se traduit par un concours de visuels géants réalisés dans les champs qui se trouvent sur le parcours du Tour.
Août : La marque Is(h)ere dans les comices
La marque Is(h)ere a été officiellement lancée par le Département et les partenaires du Pôle agroalimentaire isérois en juin. Avec trois mots-clé : origine, qualité et rémunération. Ses promoteurs ont mis à profit l’arrivée des comices pour aller à la rencontre des consommateurs. Début en fanfare lors de la fête du bleu du Vercors-Sassenage à Lans-en-Vercors. Présente dans de nombreux comices de l’été, grâce à des stands spécifiques, la marque cherche à sensibiliser les clients locaux ou les touristes à tout l’intérêt que présente l’apposition du logo sur des produits agroalimentaires. Fruits, charcuterie et autres produits lactés ont su régaler les badauds.
Septembre : Premier Prix de l'excellence agricole et rurale
Ils sont sept. Sept lauréats de la première édition du Prix de l’excellence agricole et rurale organisé par Terre Dauphinoise et remis lors de la 799e édition de la Foire de Beaucroissant. Ce challenge met en lumière des innovations mises en œuvre par l’agriculture iséroise au quotidien. Terre dauphinoise et ses partenaires, Cerfrance, chambre d'agriculture, ARB/Apasec, Isère conseil élevage/Adice, GDS/Agrodirect, Coopérative La Dauphinoise et Groupama ont ainsi fait connaître quelques « pépites » iséroises, des exploitations aux profils très variées et qui, au quotidien, tirent l'agriculture vers le haut. « Il faut communiquer sur ces innovations car l’agriculture doit donner une image positive d’elle-même à l’encontre de tous les messages colportés par ses détracteurs », a déclaré Jérôme Crozat, président de la FDSEA et gérant de Terre dauphinoise.
Octobre : Le ministre de l'Agriculture à Chatte
Aussitôt nommé ministre de l'Agriculture, le drômois Didier Guillaume a réservé son premier déplacement à la MFR de Chatte en Isère et à la station de recherche sur la noix Senura, après un passage dans son fief, au lycée du Valentin dans la Drôme. Le ministre a fait de la formation sa priorité en insistant sur sa participation à la transition agroécologique « pour répondre à une demande sociétale ainsi qu’à une volonté de toute la profession agricole ». Lorss du temps d'échange avec la profession agricole, il a été interpelé par la FDSEA sur les dossiers du TODE et de la reconnaissance de calamité sécheresse, lesquels ont évolué favorablement en fin d'année. A la station Senura, c'est la question criante des fonds alloués à la recherche qui a été posée alors que l'injonction sociétale n'a jamais été aussi forte pour l'application de solution alternatives à l'utilisation des intrants en agriculture.
Novembre : La Nuit de l'agriculture à La Côte-Saint-André
La Nuit de l’agriculture a réuni 400 personnes au château Louis XI de La Côte-Saint-André. Au menu, deux tables rondes, l’une avec des élus politiques dont Michel Dantin, député européen, l’autre avec des responsables professionnels départementaux. Chacun a apporté sa pierre à l’édifice pour rassurer une profession en manque de repères stables, secouée par des évolutions réglementaires, économiques et sociétale nombreuses. Le tout avec mise en avant des produits de la marque Is(h)ere dont le nombre de références augmente.
L’événement a aussi été l’occasion de proposer aux élus, mais également à tous les participants qui le désiraient, de signer le Manifeste pour l’élevage isérois. La profession, très chahutée par des attaques incessantes tout au long de l’année sur ses pratiques d’élevage, veut reprendre la main et ne plus laisser le champ libre de la communication à ses seuls détracteurs.
Décembre : Travailler en montagne
Jeunes agriculteurs Isère ont organisé leur session nationale montagne à Méaudre, dans le Vercors. Il a largement été question du partage des usages, entre tourisme, économie et présence du loup. Les JA se sont interrogés sur la place laissée alors à l’agriculture en montagne, et notamment dans les parcs nationaux et régionaux. Les débats ont porté sur l'impossibilité d'effectuer des tirs de défense dans les cœurs de parc, sur la cohabitation entre les chiens de défense et les promeneurs, sur la possible révision du Plan loup, sur l'indemnisation des bêtes prédatées ou perdues et sur la mise en place d'un futur code de la montagne. Mais l'inquiétude chez JA montagne est palpable parce que le pastoralisme est en souffrance et que le loup est à ses aises. Les mots d'ensauvagement des espaces et de financiarisation de la nature ont enfin été prononcés, pointant l'abîme entre une montagne fantasmée et la réalité de ceux qui la font vivre.
Rétrospective réalisée par Isabelle Doucet et Jean-Marc Emprin