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Cultures

Réussir ses lentilles et pois chiches en bio

Des essais variétaux et des suivis de parcelles de lentilles et de pois chiches bio ont lieu en Isère et permettent de réaliser les premières observations.
Réussir ses lentilles et pois chiches en bio

Pas facile de cultiver des lentilles et des pois chiches sans les connaître finement. C'est la raison pour laquelle la chambre d'agriculture de l'Isère, la coopérative Dauphinoise et l'Adabio travaillent en partenariat sur des suivis de parcelles et des essais variétaux de ces légumineuses en agriculture biologique.

Mi-juin, les techniciens de ces organismes ont effectué un tour de plaine dans la Bièvre pour observer l'évolution des cultures. « Ce sont des cultures salissantes, aléatoires et notre objectif est de mieux les connaître à toutes les étapes », explique Jean-François Perret, spécialiste des cultures bio à La Dauphinoise. Du semis au tri, en passant par la récolte, les lentilles et les pois chiche ont encore quelques révélations à faire.

Faucher sur les lentilles

En Isère, une seule variété de lentille verte est observée car c'est aussi la principale, il s'agit d'anicia, qui est la lentille verte du Puy. Dans le pays viennois des essais portent sur des lentilles blondes et corail, mais il semble que le climat se prête mieux à la verte.

La première parcelle visitée, à Saint-Siméon-de-Bressieux, fait apparaître une lentille peu développée et supportant mal la concurrence des adventices (rumex, ambroisie etc.). Elle a été semée le 20 mars avec un semoir à céréale, à raison de 105 kg/ha sur un précédent blé. Elle a reçu un passage de herse étrille le 20 avril. C'est après la pluie que la parcelle s'est dégradée. Pour éviter la catastrophe et parvenir à récolter quelque chose, il est conseillé de faucher.

Sur ces lentilles de printemps, les techniciens proposent d'associer une avoine, soit 15 kg/ha, pour servir de tuteur. L'avoine talle et est facile à trier, mais dans ce cas elle ne sera pas valorisée.

La récolte de lentilles aura lieu en Isère entre le 14 juillet et la fin du mois. Même s'il y a beaucoup d'ambroisie dans les lentilles, il n'y a pas de risque allergène car elle n'est pas encore en fleur. Il faut viser juste pour atteindre l'optimum de maturité car la lentille peut mûrir en l'espace de 48h puis "virer " au trop sec. « On récolte trop sec depuis trois ans, constate Jean-François Perret. Au laboratoire, le taux d'humidité n'est que de 10%. »

Sol séchant

Dans la deuxième parcelle de lentilles visitée, chez Jean-François Veyron à Balbins, la légumineuse est là aussi peu développée. « C'est la première fois que je suis autant embêté. Normalement, la lentille monte à 30 ou 40 cm », note l'agriculteur. Chénopodes en quantité, mais aussi chardons, folle avoine et ambroisie concurrencent la culture. « Je vais faucher, broyer ou passer l'écimeuse », explique l'exploitant.

Le précédent était un méteil et les techniciens se demandent si le sol n'est pas trop riche. Il s'agit d'un sol argileux et compact qui a bénéficié d'un labour, d'un faux semis et d'un grattage, avant le semis à raison de 90 kg/ha. « C'est un climat particulier cette année, explique Jean-François Perret. Les lentilles aiment les sols légers et séchants. Il convient d'éviter les terrains hydromorphes et de privilégier les terrains pauvres car la lentille a un potentiel à aller chercher de l'azote dans l'air. »

Association de caméline

Olwen Thibaud, technicienne à la chambre d'agriculture, suggère l'association de caméline. C'est une crucifère qui tapisse le sol en formant une rosace et empêche les adventices de se développer. Elle sert aussi de tuteur. Elle ne sera pas forcément récoltée car ses graines, très petites, nécessitent un trieur adapté. Avec un bon équipement, son huile peut être valorisée en alimentation humaine.

La dernière parcelle de lentilles, observée à Gillonnay chez Frédéric Pellet, est plus rassurante. Le développement de la légumineuse s'est effectué sans encombre et il y a peu d'adventices. Le sol a été labouré le 8 janvier puis déchaumé le 9 mars. La lentille a été semée le 13 mars à raison de 100 kg/ha. Il y a eu deux passages de herse étrille : le 12 avril au stade 3-4 feuilles et 10 jours après. C'est une première expérience réussie pour l'EARL du Village.

Les pois chiches

Il existe neuf variétés de pois chiche en agriculture conventionnelle et pratiquement aucune en bio. Une de celles plus largement cultivées (en agriculture biologique comme conventionnelle) est twist. La coopérative Dauphinoise indique qu'elle peut aussi fournir la variété cicerone.

La première parcelle de pois chiches visitée à Saint-Siméon-de-Bressieux chez Jean-François Gourdain, présente une levée homogène. « La culture est jolie, même s'il y a des adventices », détaille Olwen Thibaud, de la chambre d'agriculture. La légumineuse a été semée le 19 mars à raison de 80 kg/ha, ce qui est peu. « Je suis revenu et j'ai ressemé », explique d'ailleurs l'exploitant. 180 kg/ha ont finalement été implantés à 3 cm sur un sol humide avec un semoir à céréales sur un précédent orge/méteil. Il a ensuite passé la herse étrille le 15 avril et un outil une dent le 9 mai. La plante s'est rapidement développée. Fin juin, les gousses étaient déjà formées. Elle sera récoltée au mois d'août, après les blés. L'exploitant espère un rendement de 15 quintaux.

La deuxième parcelle, à Balbins, était prometteuse. Semé à 60 d'écartement le 23 mars sur un précédent soja, elle sera récoltée fin août. Le désherbage s'effectue à la houe mécanique. L'agriculteur fait également un binage. On détecte dans cette jolie parcelle la présence de morelle, une plante classée comme peste végétale.

Maladies et ravageurs

En cas de conditions pédoclimatiques humides, le risque sanitaire est le développement de l'ascochytose, un champignon qui occasionne des brûlures rondes sur les feuilles en agriculture biologique et peut entraîner des chutes de rendement. Les autres maladies possibles sont la fusariose qui est une nécrose des racines et se traduit par un nanisme de la plante.
Les ravageurs sont l'héliothis, une chenille verte striée de bandes brunes, qui dévore les gousses de l'intérieur, qu'il est conseillé de traiter en biocontrôle au stade jeune au BT ou bacille de Thuringe, Bacillus thuringiensis.

Par ailleurs, il est préconisé une conduite avec un écartement à 40, voire 60, 80 étant trop élevé. L'idéal pour l'implantation du pois chiche est le semoir à céréales.

L'avantage du pois chiche est sa capacité à conserver l'humidité dans les feuilles. Son inconvénient est qu'il est souvent long à lever et que l'exploitant se demande s'il réussira à passer par-dessus les herbes. En raison de son potentiel infectieux (c'est aussi le cas de la lentille et de certaines légumineuses), il est recommandé d'espacer les cultures de quatre ans.

Quant à la récolte, comme pour les lentilles, il faut trouver le bon moment car il reste toujours des gousses encore vertes en haut de la plante. Il est préconisé de récolter deux semaines après la lentille, en fonction de la date du semis.

 

Collecte, rendements et stockage

La Dauphinoise annonce des rendements moyens de 8 quintaux/ha une fois les lentilles triées. La meilleure maîtrise de la culture permettrait d'atteindre les 10 quintaux espérés. Les lentilles sont valorisées 1 300 euros/tonne triée.
Le rendement moyen attendu en pois chiches est de 10 quintaux par hectare. Il est valorisé 900 euros/tonne en acompte par La Dauphinoise, qui peut payer jusqu'à plus de 1 000 euros.
La coopérative collecte les lentilles et pois chiche bio depuis trois ans seulement. Les acheteurs sont régionaux. Les graines sont récoltées dans des bennes ventilées déposées chez les adhérents. Le tri s'effectue à la station de semences de Beaurepaire. Les légumineuses bénéficient des installations de la station : table de tri optique et trieur densimétrique. Elles sont stockées dans des big bag thermosoudés dans lesquels le vide a été effectué avant d'insuffler du CO2 pour éliminer les insectes et afin que les graines non traitées ne se dégradent pas. L'adjonction de CO2 est autorisée en agriculture biologique.