S'adapter au changement climatique
Hasard du calendrier, le réchauffement climatique était au cœur des préoccupations le jeudi 27 février. Que ce soit aux Philippines, pays choisi par François Hollande pour appeler à la mobilisation internationale, ou à Murinais, à l'occasion de l'assemblée générale du comité de territoire du sud-Grésivaudan, le changement météorologique fait réfléchir. Pour les agriculteurs, la question n'est plus de savoir si le phénomène est en cours ou la simple conclusion d'affabulations. C'est une réalité qui déjà les exploitations et avec laquelle il faut composer. Bruno Neyroud, éleveur laitier à Varacieux, l'a constaté très concrètement : « la pousse de l'herbe n'est plus la même aujourd'hui. Comme elle ne pousse pas au dessus de 25°C, nous devons nous adapter. C'est d'ailleurs pour cette raison, que nous cultivons autant de maïs, et qu'au sein du cahier des charges de l'IGP saint-marcellin, nous nous sommes laissés une marge de manœuvre concernant l'alimentation des vaches (un minimum de 50 % d'herbe) ». Car l'enjeu est important ; il s'agit de sécuriser l'alimentation des troupeaux, aussi bien l'été quand les animaux pâturent, que l'hiver quand ils sont à l'intérieur.
Echanges entre céréaliers et éleveurs
Loin d'attendre des solutions toutes faites, les agriculteurs du sud-Grésivaudan cherchent déjà des moyens pour s'adapter. Mais, Olivier Gamet, président du comité de territoire, est très clair : « les agriculteurs ne pourront adhérer à ces pratiques que si elles présentent suffisamment d'intérêts, que ce soit sur les plans technique, économique ou en termes de temps de travail ». La question de l'autonomie alimentaire des exploitations, grâce à la structuration des échanges entre céréaliers et éleveurs, les essais réalisés sur la luzerne et la chicorée (qui ont des systèmes racinaires qui se développent en profondeur pour aller puiser l'humidité du sol) sont autant de pistes et d'alternatives à affiner qui peuvent compléter la culture du maïs.
Optimiser les apports azotés
Le territoire est également propice aux essais concernant l'introduction de couverts hivernaux sous noyers. Il s'agit de mélanges de légumineuses (féverole et pois) et de graminées (avoine, triticale et orge) semés dans les parcelles de noyers après la récolte, et broyés au moment de la formation du fruit. Selon Ghislain Bouvet, conseiller en production de noix à la chambre d'agriculture, cette pratique peut permettre, entre autres, « un enrichissement du sol en matière organique fraîche, qui engendrera une meilleure fertilisation pour optimiser les apports azotés sur les derniers passages, et une limitation du lessivage du fait de l'amélioration de la stabilité structurale, elle-même favorisée par le développement de l'activité biologique ». Mais, « pour que ces essais soient probants, qu'ils permettent véritablement une diminution des consommations d'énergie, et une meilleure capacité de rétention de l'eau dans le sol, un minimum de trois saisons d'observations est requis », souligne Ghislain Bouvet.
Isabelle Brenguier